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L'Usine Maroc

Au Maroc, une croissance asséchée

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Au Maroc, une croissance asséchée © Pascal Guittet

La semaine dernière, dans toutes les mosquées du Maroc, ont été prononcées des prières surérogatoires (supplémentaires) à la demande expresse du roi et commandeur des croyants, Mohammed VI. Cette imploration du Très-Haut avait un but très terrestre : faire pleuvoir. Chaque semaine qui passe accroît en effet l’inquiétude. Le déficit de pluies comparé à une année normale est de moitié. Il est déjà assuré que la prochaine récolte de céréales sera médiocre.

Elle pourrait être désastreuse si le ciel reste obstinément sec au-dessus des terres agricoles de l’ouest ou de l’Atlas. L’affaire est d’importance. On connaît le mot attribué à Lyautey : "Au Maroc, gouverner, c’est pleuvoir." Un siècle après, il reste d’actualité. L’an dernier, il avait beaucoup plu, et après une moisson record de 11 millions de tonnes, le PIB avait fait un bond de 4,7 %. Cette année, le gouvernement de l’islamiste modéré Abdelilah Benkirane table sur 3 % de croissance, mais personne n’y croit vraiment et la Banque centrale anticipe au mieux 2,1 %.

Pour certains, elle pourrait chuter à 1,2 %. Inédit depuis quinze ans. Bref, en dépit d’une volonté de modernisation accélérée de l’économie du royaume, le secteur agricole (environ 15 % du PIB) donne encore le la en matière de croissance.

Dans cette perspective sombre, la bonne nouvelle, c’est que la situation macroéconomique du pays est plutôt bonne. La plongée des prix de l’or noir a permis au gouvernement de supprimer, sans douleur pour les consommateurs, les coûteuses subventions ("compensations") aux carburants et d’alléger ainsi le déficit budgétaire, qui sera contenu à 3,2 % cette année, selon le FMI. Il en va de même pour le traditionnel déficit commercial, au plus bas depuis dix ans. Le déficit de la balance courante ne devrait pas dépasser 0,7 % du PIB cette année.

Dix fois moins qu’en 2011 ! Quant aux investisseurs, ils continuent d’affluer. Dans le sillage de Renault à Tanger, PSA a décidé d’implanter un site à Kenitra. Et il ne se passe pas une semaine sans qu’un industriel européen ou américain (comme récemment Daher, Thales et Hexcel) n’annonce une usine à Casablanca ou à Tanger. Tout irait donc pour le mieux sans cette sempiternelle question agricole.

Mais il ne faudrait pas oublier qu’une part des industries de base du royaume est aussi à la peine. Trop peu productifs face à la concurrence mondiale, des groupes comme le raffineur Samir et le sidérurgiste Maghreb Steel sont au bord de la faillite. Abdelilah Benkirane doit faire face à cette équation délicate. Cinq ans après son arrivée comme premier chef de gouvernement islamiste au Maroc, il se représentera lors des législatives, en septembre. Même si beaucoup le donnent déjà gagnant, nul doute qu’il a imploré le ciel pour reverdir un peu la croissance. 

Pierre-Olivier Rouaud

 

(chronique parue dans L'Usine Nouvelle du 28 janvier)

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