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L'Usine Maroc

"Au Maroc, les défaillances d'entreprises vont croître à nouveau de 10% en 2015", selon Ludovic Subran d'Euler Hermes

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Publié le

Entretien Euler Hermès anticipe un ralentissement mondial de la baisse des faillites en 2015 à -3%. Il est moins optimiste pour le Maroc où il prévoit une augmentation des défaillances d’entreprises de 10%, soit plus de 5 500. Soit la même progression que cette année. Ludovic Subran, chef économiste chez l'assureur-crédit Euler Hermes explique pourquoi. Et livre son avis son l'état de l'économie marocaine qui doit accélérer en 2015.

Au Maroc, les défaillances d'entreprises vont croître à nouveau de 10% en 2015, selon Ludovic Subran d'Euler Hermes
Ludovic Subran, chef économiste de l'assureur-crédit Euler-Hermès
© DR

Rebelote. Après 10% de croissance des défaillances d'entreprises en 2014, le Maroc va continuer à connaitre le même rythme en 2015 selon le rapport publié par Euler Hermès concernant les prévisions 2015 sur les délais et retards de paiement, impayés et défaillances d'entreprises intitulé "Le ver est dans le fruit" (voir étude à la fin de cet article).

L'Usine Nouvelle a demandé à Ludovic Subran, chef économiste de l'assureur-crédit Euler-Hermès de commenter pour le Maroc ce rapport du spécialiste mondial des solutions d'assurance. Il revient sur les causes des défaillances d'entreprises et fait le parallèle avec les données économiques comme la croissance, le déficit ou la baisse récente du taux directeur de la banque centrale marocaine BAM.

L'Usine Nouvelle : Que prévoyez-vous l'an prochain concernant les défaillances d'entreprise au Maroc dont le niveau dépasse 5 500 par an selon vos données?    

Ludovic Subran : Selon nous, les défaillances vont continuer de croitre de 10% au Maroc en 2015, mais sans pour autant s'inscrire dans le long terme à un tel niveau de progression. Par ailleurs, si l'on regarde les créations nettes d'entreprise c'est un peu moins inquiétant. Le rythme de création d'entreprises au Maroc reste dynamique.

Quels sont les facteurs principaux de défaillance au Maroc?

La consommation privée des ménages et la consommation publique ont baissé en 2014. Des retards de paiement ont été enregistrés dans les sphères publiques et privées. Il y a eu aussi la moindre performance du secteur agricole. Quand l'économie passe de 4 à 3% de croissance voire moins, cela se voit tout de suite. La "décompensation" [réduction des subventions publiques aux produits de base, énergétiques notamment. NDR] a coûté en termes de facture énergétique aux entreprises même si avec un prix du pétrole plus bas, cela se verra moins en 2015 et aura un effet positif sur l'économie du pays.

Quels sont les secteurs les plus touchés par ces défaillances ? 

Ceux qui sont proches du consommateur comme l'habillement, le textile, l'hôtellerie, la restauration, les épiceries, l'immobilier, le BTP et les services aux entreprises. L'évolution des habitudes de consommation crée aussi de la "casse" dans les entreprises qui ont du mal à suivre le mouvement. C'est une image très proche de la théorie darwiniste où le plus fort survit.

Et par taille ?

Les petites entreprises souffrent sensiblement plus que les grandes.

Quels sont les autres facteurs qui concourent à la défaillance des entreprises ?

La volatilité des politiques publiques que ce soit l'ajustement budgétaire ou la décompensation qui ne sont pas appréciées par les entreprises car elles limitent leur visibilité. Globalement, je vous l'ai dit, les entreprises marocaines sont surtout victimes de la volatilité de la demande domestique. Leur capacité de financement en est ainsi affecté.

Que pensez-vous de la deuxième baisse en l'espace de trois mois du taux directeur décidé par la banque centrale du Maroc ?

C'est plutôt une bonne chose. D'autant que le Maroc n'a plus aujourd'hui de problème d'inflation. Devant une économie ralentie par la baisse de la consommation, il y avait là à mon avis une carte à jouer à ce niveau de la liquidité monétaire dans l'économie.

Le crédit bancaire sera-t-il plus accessible ?

Cet assouplissement monétaire, s'il se traduit au niveau bancaire devrait permettre aux PME, notamment, d'avoir un accès au crédit intérieur à de meilleures conditions, les très grandes entreprises marocaines ayant pour leur part les moyens d'avoir recours au crédit à des niveaux favorables notamment à l'extérieur.

Donc cela mettra de l'huile dans les moteurs car il y a peu d'alternatives pour le financement des entreprises au Maroc. Les entreprises familiales doivent utiliser souvent leur propre argent. Il n'y a pas de marché obligataire, pratiquement pas de capital risque ni encore de capital investissement. Et peu de sociétés marocaines sont cotées en bourse.

Pourquoi, selon vous, le projet de PLF 2015 marocain ne comprend pas de mesures de relance  ?

Le Maroc et la France dans le même groupe
Au niveau mondial, le rapport Euler Hermès anticipe "un ralentissement de la baisse des faillites en 2015, à -3 %, la  croissance, les échanges et le financement ne s’amélioreront que modérément, tandis que des menaces potentielles planent sur la demande, les liquidités et les politiques." Euler Hermès a affiné ensuite son étude en classant les différents pays en cinq groupes car selon ses économistes ceux-ci "devront être surveillés de manière distincte". Le Maroc a été classé avec la France dans le groupe 4, celui où "les défaillances d’entreprises atteignent un point haut (souvent historique) et qui peinent à les stabiliser".
Cela ne m'étonne pas outre mesure. Le déficit courant du Maroc s'est beaucoup creusé ces dernières années. Le solde budgétaire du Maroc est en 2014 entre -4,5 et -5% du PIB alors qu'en 2008 il était positif. L'effort d'ajustement se fait à vitesse modérée pour éviter de casser la croissance surtout au vu de la faiblesse de la demande extérieure et intérieure qui a tendance à stagner. Mais sans mesure de relance pour autant.

Quelles incidences aura la baisse du prix du pétrole sur les pays du Maghreb?

Pour le Maroc en 2015, cela donnera +1 point en solde budgétaire et +1 point en solde de la balance courante. La Tunisie reste positive en solde de la balance courante et enregistre un solde fiscal négatif. La balance fiscale de l'Algérie sera à -3% et son solde des comptes courants sera à -5% dans notre scénario.

Comment voyez-vous l'année 2015 pour l'économie du Maroc ?

L'ajustement du solde budgétaire va continuer. Notre prévision en 2015 est à – 4,6% du PIB de déficit public. En 2014, on était à -5%. C'est un ajustement assez lent car un ajustement plus rapide par le passé avait généré du mécontentement social.

Enfin, que pensez-vous de l'arrivée de plein exercice de votre concurrent direct Coface au Maroc ?

Ce n'est pas à moi qu'il faut poser cette question, même si c'est toujours positif d'avoir de la concurrence. Euler Hermes vient de fêter ses 25 ans. Nous détenons au Maroc 70% de part de marché et cela se passe plutôt bien.

Propos recueillis par Nasser Djama

 

Variation des défaillances d'entreprises en 2014 et en 2015 au Maroc, en France et en Espagne 

Défaillances (variation annuelle en %)

     Maroc

     France

     Espagne

Indice mondial des défaillances

Estimations 2014

     +10%

     +1%

     -27%

     -12%

Prévisions 2015

     +10%

       0%

      -6%

       -3%

source : Euler Hermes  - 12/2014

 

Rapport Euler Hermes sur les défaillances dans le monde "Le ver est dans le fruit"

 

 

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