Economie

"Au Maroc, il subsiste beaucoup d’obstacles à l’acte d’entreprendre", selon Hicham Zoubaïri, président du Centre des jeunes dirigeants

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Le cinquième Global Entrepreneurship Summit s'ouvre ce 19 novembre à Marrakech en présence du vice-Président américain Joe Biden et du roi du Maroc et de centaines de personnalités et participants de toute la planète. Initié par Barack Obama, ce sommet tournant vise à promouvoir l'entreprenariat au sein des pays musulmans. A cette occasion, L'Usine Nouvelle a demandé à Hicham Zoubaïri, président du Centre des jeunes dirigeants (CJD) du Maroc de dresser les enjeux de l'entreprenariat dans le royaume. Et d'identifier les barrières.

Au Maroc, il subsiste beaucoup d’obstacles à l’acte d’entreprendre, selon Hicham Zoubaïri, président du Centre des jeunes dirigeants
Hicham Zoubaiti, Président du CJD Maroc.

Le Maroc accueille cette semaine le Global entrepreneurship summit, une initiative américaine. Le Centre des jeunes dirigeants (CJD) que vous présidez y est associé. Qu’en attendez-vous ?

C’est vraiment une manifestation très importante. Elle souligne d’abord la place que doit jouer l’entrepreunariat dans notre pays ! Il s’agit aussi d’un sommet mondial qui illustre le partenariat étroit entre le Maroc et les États-Unis. Cela va contribuer au rayonnement international de Marrakech, de notre pays et de sa politique économique orientée depuis l’indépendance vers la liberté d’entreprendre. Ce dont au CJD on se félicite bien sûr;

Et au-delà du symbole ?

Les participants marocains vont pouvoir rencontrer des entrepreneurs d’autres pays, confronter les expériences, établir des benchmarks, parler de sujets spécifiques comme l’entrepreneuriat féminin. Tout cela est passionnant. Cela va donner confiance dans les potentialités de nos jeunes entrepreneurs ou ceux qui veulent le devenir.

Vous savez, les marocains sont depuis toujours des négociants dans l’âme du fait de notre histoire et de notre géographie, mais il manque parfois à certains jeunes cette confiance pour créer et aller de l’avant. Il faut casser ce complexe. C’est ce nous essayons de promouvoir au sein du CJD.

Un exemple : pourquoi voir petit ? même une TPE peut faire de l’international que ce soit avec des produits agricoles du terroir ou un savoir-faire de développeur informatique !

J’ajoute que l’Etat à fait des efforts d’accompagnement ces dernières années dans les structures de soutien (Maroc Export, ANPME, etc..). nous avons d’ailleurs de bonnes relations avec Mamoun Bouhdoud, le ministre chargé des PME et de l'informel au sein du gouvernement.

Comment le CJD va-t-il participer au sommet ? 

Nous sommes partenaires de réseau, cela porte bien son nom. Notre but est d'échanger le plus possible, de faire connaître notre action, de trouver des idées. Une soixantaine de JD (Jeunes dirigeants) seront présents. Nous attendons des JD internationaux venus d'Algérie, de Tunisie, de  France, du Sénégal, du Bénin... Nous serons aussi présents sur le Village de l'innovation.

Que représente le CJD au Maroc aujourd’hui ?

Il a été créé en 2001. Notre mouvement s'inscrit dans la lignée du Centre des Jeunes dirigeants créé en France voilà plus de soixante-dix ans et qui a essaimé ensuite au plan international. Notre fondement, c’est celui d’une économie qui soit au service de l’homme. Les valeurs des entrepreneurs et dirigeants au sein du CJD s’articulent autour d'une triple performance, à la fois économique, sociale et sociétale.

Le CJD Maroc compte 150 adhérents directs mais bien plus si on compte les sympathisants ou les anciens membres. Nous échangeons beaucoup avec le réseau CJD international qui est très vaste et riche de 5 000 membres : Tunisie, France, Algérie, Mauritanie, Afrique sub-saharienne, Québec...

Le cinquième Global Entrepreneur Summit (GES) s'ouvre ce 19 novembre à Marrakech en présence du vice-Président américain Joe Biden et du roi du Maroc, jusqu'au 21. Il succède à celui de l'an dernier qui s'est tenu à Kuala Lumpur en Malaisie. Initié par Barack Obama en 2009 lors de son fameux discours du Caire, le GES vise à promouvoir l'entrepreneuriat au sein des pays musulmans et aussi évidemment les bonnes relations avec les Etats-Unis.
La rencontre de Marrakech, au programme très riche, va rassembler des centaines de personnalités et participants venus de toute la planète. Une bonne part du gouvernement marocain sera de la partie. Tout comme les grands noms du monde des affaires... ou de jeunes entrepreneurs, bien sûr. Le Maroc est le premier pays africain à accueillir ce sommet.

Quel type d’action menez-vous ?

Nous assurons la promotion de l’entrepreneuriat au Maroc et des valeurs que je vous ai cité. Le CJD, c'est un réseau d'échanges mais il mène aussi des actions concrètes dans l’accompagnement des entrepreneurs. Nous avons une petite équipe de permanents et nous organisons des sessions de formation notamment pour les phases post-création d’entreprise, 6 mois après le passage à l’acte. 

L’entrepreneur a alors besoin de conseil pour poursuivre dans de bonnes conditions. Vous savez, au Maroc comme ailleurs, les chefs d’entreprises ont souvent une compétence technique ou commerciale mais peu d'outils en matière de management ou de conduite d’une société. Nous menons aussi des programmes de "mentorat" où des chefs d’entreprises expérimentés "matchent" les performances de JD. Ceci représente la formation d’environ 200 JD par an et existe grâce au soutien de "sponsors" ou partenaires publics ou privés.

Quelle est la situation du jeune entrepreneur au Maroc ?

L’économie du Maroc s’inscrit dans le libéralisme et c’est une bonne chose. Mais, il subsiste beaucoup d’obstacles à l’acte d’entreprendre. C'est vrai chez nous comme ailleurs. Vous savez j’ai assisté récemment à une grande assemblée du CJD en France et je me retrouvais totalement dans les propos des JD français !

Au Maroc, des progrès ont été faits depuis quelques années. Le CJD qui dialogue beaucoup avec les pouvoirs publics y contribue activement. Exemple : le capital minimal d’une société qui était de 100 000 dirhams (9 000 euros) est maintenant à 10 000 dirhams, voire zéro dans certaines conditions. C'est le type d'idée que nous portons.

Le projet de loi de finances 2015 prévoit la création d’un statut de l’autoentrepreneur au Maroc, y êtes-vous favorable ?

Bien sûr et pour cause : nous avons imaginé ce statut il y a quatre ans et nous avons beaucoup poussé en ce sens. C’est donc pour nous un peu un aboutissement. Cela va libérer l’acte d’entreprendre. Le but est de faire comprendre aux jeunes marocains que le monde du travail ne se résume pas seulement au salariat ! Et aussi contribuer à intégrer le secteur informel, ce qui est un enjeu important pour notre pays.

Les points noirs selon vous ?

Il en reste beaucoup. Au CJD, nous les regroupons sous le terme "Quatre F" : foncier, financement, fiscalité et formation. Je détaille…Le foncier est trop cher au Maroc, c’est un réel souci même pour une TPE pour trouver un simple local par exemple. Le futur statut de l’autoentrepreneur permettra de débuter à domicile, mais ce n’est pas une solution durable.

En matière de financement, nos banques restent souvent dans une logique commerciale pure sans soutien à la création. Je note cependant des inflexions au sein de certains réseaux via à vis des TPE comme Attijariwafa ou Banque Populaire, mais c’est récent.

Les autres soucis ?

La fiscalité, je vous l’ai dit. Elle n’encourage pas au développement d’entreprises du secteur formel au Maroc. Le futur statut de l'autoentrepreneur là encore devrait apporter un vrai "plus" grâce à la création d'un forfait fiscal et social de 3% des ventes avec des plafonds de 200 000 ou 500 000 dirhams du chiffre d’affaires selon l’activité. C’est une très bonne chose.

Dernier point : la formation, avec un déficit de compétences notamment en matière de conduite d'entreprise pour les dirigeants ou les salariés. Comme je vous l’ai dit le CJD tente de jouer un rôle en la matière.

Enfin, vous dirigez à titre personnel à Marrakech, une entreprise de distribution de conserves alimentaires d'une quarantaine de personnes, comment vont les affaires ?

A dire vrai, la situation est très différente des périodes de très forte croissance connues par le Maroc voilà quelques années. Mais ce ralentissement c'est un peu une donnée mondiale. Il ne faut pas se plaindre mais innover et s'adapter à cette situation nouvelle. Par exemple, nous nous sommes mis à chercher de nouveaux clients dans le Golfe. Et cela répond plutôt bien !

Propos recueillis par Pierre-Olivier Rouaud

 

Le site du GES à Marrakech

 

 

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