Au Japon, la chute de Carlos Ghosn ravive les tensions autour de l’Alliance

Le fragile équilibre des pouvoirs dans l’Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi est scruté à la loupe au Japon. L’arrestation de Carlos Ghosn, ancienne icône de la presse japonaise, pourrait permettre à Nissan de réaffirmer son indépendance.

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Au Japon, la chute de Carlos Ghosn ravive les tensions autour de l’Alliance
Carlos Ghosn, PDG de Renault et président de Nissan, était l'homme fort de l'Alliance avant son arrestation.

Il a été porté aux nues par la presse japonaise lorsque, au début des années 2000, il a redressé un Nissan au bord de la faillite. Carlos Ghosn va-t-il être voué aux gémonies maintenant qu’il est suspecté par le parquet japonais d’avoir sous-déclaré ses revenus issus du constructeur automobile japonais ? L’ancienne icône de la presse japonaise fait aujourd’hui la une des journaux nippons sous un jour beaucoup moins favorable. "Il ne faut pas passer du tout blanc au tout noir", a prévenu Agnès Prunnier-Runacher, la secrétaire d’Etat auprès de Bruno Le Maire, dans la soirée du 20 novembre au cours d’une conférence de presse tenue à l’Ambassade de France au Japon pendant son déplacement dans l’Archipel.

Selon le Nikkei Asian review, l’affaire Carlos Ghosn met en lumière le "manque de gouvernance de Nissan". La rémunération du dirigeant de Nissan, jugée excessive, faisait notamment grincer des dents les actionnaires du constructeur japonais.

Au Japon, outre le train de vie de Carlos Ghosn, c’est la question de l’équilibre des pouvoirs au sein de l’alliance entre Renault, Nissan et Mitsubishi qui se trouve au cœur des préoccupations. Avec la crainte sous-jacente que l’Etat français n’intervienne trop dans les affaires nipponnes. "Le remplaçant de Carlos Ghosn sera-t-il français ou japonais ?", demande ainsi une journaliste japonaise à la ministre. "Je préfère le meilleur patron possible à la tête de l’Alliance, répond prudemment Agnès Pannier-Runacher. C’est un poste où il faut un industriel solide avec une vision très claire du marché."

Questions sur la place de l’Etat français

La position de l’Etat français au sein de l’Alliance fait aussi l’objet de questionnements de la part des Japonais. L’actionnaire public demeure souvent perçu au Japon comme tirant les manettes de Renault. "L’Etat est actionnaire minoritaire chez Renault, nous avons deux administrateurs qui siègent au sein du conseil d’administration qui en compte dix-sept", rappelle Agnès Pannier-Runacher. L’Etat détient 15 % du capital de Renault et 28 % des droits de vote.

Le "Meti", l’acronyme anglais du ministère japonais de l’Economie, du commerce et de l’industrie, a affirmé conjointement avec les autorités françaises son attachement à l’alliance entre les trois constructeurs. Une déclaration qui n’est pas innocente. Une poussée d’indépendance de la part des dirigeants de Nissan, souvent agacés de l’omniprésence de Renault dans l’alliance et par les pouvoirs étendus que s’était octroyés Carlos Ghosn, pourrait mettre à mal le fragile équilibre de l’accord noué en 1999 par Louis Schweitzer, alors patron de Renault.

Selon le Japan Times, l’Alliance ne devrait toutefois pas être affectée par l’arrestation de Carlos Ghosn. Les trois constructeurs bénéficient chacun des synergies de l’alliance sur les achats, la production et la technologie. Détricoter l’ensemble pourrait les mettre en risque.

Un projet de fusion

Le renforcement de l’Alliance, en revanche, semble mis à mal. Carlos Ghosn travaillait sur le moyen de rendre l’accord tripartite plus solide, pour s’assurer notamment qu’il survive à son départ. Selon le Financial Times, l’ancien homme fort de l’Alliance envisageait pour cela une fusion entre Renault et Nissan, Renault détenant déjà près de 44 % des actions de Nissan et Nissan 15 % de celles de Renault.

Un projet de fusion qui n’était sans doute pas du goût des dirigeants japonais de Nissan, fermement attachés à leur indépendance. L’arrestation de Carlos Ghosn tue dans l’œuf toute idée de rapprochement capitalistique. En France, le conseil d’administration de Renault a installé Thierry Bolloré, numéro 2 de Renault, aux manettes de façon transitoire, le temps que la lumière soit faite sur l’affaire. Hiroto Saikawa, le directeur général de Nissan, n’a quant à lui pas pris autant de précautions. Il a annoncé dès lundi soir à Tokyo qu’il proposerait jeudi 22 novembre au conseil d’administration du constructeur de démettre Carlos Ghosn de sa fonction de président. Le numéro 2 de Nissan se présente, au passage, comme le nouvel homme fort du constructeur nippon.

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