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Attentats, la vie d’après…

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Attentats, la vie d’après…

Midi, mercredi 18?novembre. Cinq jours après les attentats, alors qu’un assaut des forces de l’ordre contre des terroristes se poursuit à Saint-Denis, une petite réunion se tient au premier étage du siège parisien de Pernod Ricard. Les participants s’aperçoivent subitement que la place des États-Unis (XVIe arrondissement), qu’ils surplombent, est en train d’être évacuée. Un militaire leur fait signe de s’écarter des fenêtres. Tout le monde se replie vers une salle plus sécurisée, le rez-de-chaussée est fermé. Scène de la vie ordinaire dans une France en guerre, mais qui doit se remettre au travail.

Des entreprises au ralenti

Lundi 16?novembre, la semaine a débuté par l’annulation du Salon des maires et des collectivités locales, au parc des Expositions de la porte de Versailles, à Paris. Ce grand rendez-vous des élus locaux et de l’achat public, où se pressent chaque année de nombreux industriels, est reporté au 31?mai 2016. Engie avait déjà déprogrammé la soirée qu’il organise, chaque année, pour un millier d’élus au Carrousel du Louvre. Les autres salons sont maintenus, mais le Midest, le grand salon de la sous-traitance, a accusé à partir de mardi une légère baisse de fréquentation par rapport à l’an passé.

La prolongation de l’état d’urgence pour trois mois donne aux préfets des pouvoirs accrus pour instaurer des couvre-feux, prononcer des assignations à résidence mais aussi interdire des rassemblements et fermer des lieux publics. La Fête des lumières de Lyon, qui accueille chaque année deux à trois millions de visiteurs et met en valeur une dynamique filière rhône-alpine des techniques d’éclairage, ne s’allumera pas entre le 5 et le 8?décembre. Gérard Collomb, le maire de Lyon, a décidé de la remplacer par un hommage aux victimes des attentats du 13 novembre. Les grandes entreprises ont pour leur part renforcé les mesures de sécurité. Au siège de Thales, à la Défense, la fouille des sacs et la présentation des badges sont systématiques et l’un des accès a été fermé. Les demandes de renforts d’agents de sécurité affluent aux standards des entreprises spécialisées. Non armés, ils ne sont pas là pour lutter contre d’éventuels assaillants, mais forment un maillon indispensable pour repérer les dangers, orienter personnels et clients vers les sorties de secours et éviter les mouvements de panique.

Car il faut surtout faire face à l’inquiétude des collaborateurs. Chez Microsoft, « le télétravail a été encouragé cette semaine ». Thales est allé plus loin en autorisant ses collaborateurs à ne pas assister à des réunions ou à des événements de l’entreprise, s’ils ne souhaitaient pas se déplacer. L’Oréal a demandé à tous ses collaborateurs étrangers de reporter leur déplacement professionnel en France, jusqu’au 23?novembre. L’entreprise de cosmétiques a été directement touchée par le décès de l’un de ses collaborateurs au Bataclan.

Pour donner des conseils concrets aux PME, le Medef a monté un groupe de travail sur la sécurité piloté par Claude Tarlet, le président de l’Union des entreprises de sécurité privée (USP), ainsi qu’un autre sur le management « pour une gestion constructive et apaisée de la diversité notamment religieuse ». Du côté du transport de marchandise, pas de souci. Malgré les contrôles renforcés des personnes aux frontières, la société XPO logistics (ex-Norbert Dentressangle) confirme que ses « véhicules circulent sans rencontrer de difficultés de nature à perturber les transports de ses clients. Si des ralentissements peuvent être ponctuellement observés, les temps d’attente restent maîtrisés… » En revanche, les voyageurs d’affaires doivent s’armer de patience dans les aéroports puisque des contrôles ciblés sont désormais effectués pour les vols au départ et à l’arrivée de l’espace Schengen.

Les sites sensibles en vigilance maximale

La vigilance est maximale dans les 1 200 usines françaises classées Seveso. La moitié d’entre elles hébergent des produits chimiques jugés dangereux. La menace s’est transformée en réalité depuis les attaques terroristes, cet été, contre le site Airproducts de Saint-Quentin Fallavier (Isère) et les cuves de produits chimiques de LyondellBasell à Berre-L’Étang (Bouches-du-Rhône). L’Union des industries chimiques (UIC) vient de demander urgemment au ministère de l’Écologie le droit de retirer les informations sensibles des sites internet. Les Plans de prévention des risques technologiques (PPRT) imposaient aux entreprises de pousser à l’extrême la carte de la transparence pour rassurer les riverains des sites Seveso. Une mine d’informations était en libre accès sur le web… L’UIC a obtenu gain de cause afin que soit réalisé un nettoyage. Par exemple, indiquer la quantité de produits dangereux hébergés, sans préciser en détail le type de produits ou le bâtiment concerné.

Contrôle systématique des badges, rondes renforcées, coffres de voitures fouillés, caméras infrarouges, barbelés, livreurs accueillis à l’extérieur des sites… Sur le terrain, la souplesse n’est plus de mise. Le renforcement des mesures a suivi la publication d’une instruction gouvernementale rendue publique le 30?juillet, par Ségolène Royal. Dès le samedi 14?novembre, les industriels concernés étaient à nouveau en contact avec les préfets, les forces de gendarmerie et le service du renseignement territorial. Les investissements et les audits s’étaient heureusement multipliés ces derniers mois. « Il y a eu un avant et un après Berre-L’Étang », reconnaît Philippe Prudhon, le directeur des affaires techniques de l’UIC.

La solidarité des entreprises étrangères

Plusieurs délégations d’investisseurs étrangers, notamment en provenance du Japon et des Émirats arabes unis, ont différé leur voyage en France après les attentats. « Plus par respect pour la période de deuil national que pour des raisons de sécurité », souligne-t-on chez Business France, l’agence chargée de la promotion de l’économie tricolore. Les investisseurs étrangers ont multiplié les messages de solidarité envers leurs filiales françaises.

Plusieurs grandes entreprises, comme l’assureur AIG, ont battu le rappel de leurs salariés pour s’assurer qu’ils étaient sains et saufs. « Dans un groupe mondial, ce type d’événement est maintenant fréquent. Il faut avoir conscience que tout le monde souffre à un moment où à un autre », souligne Jean-Pierre Letartre, le responsable d’EY pour la France et le Maghreb. En signe de solidarité, le siège de Procter & Gamble, implanté à Cincinnati (Ohio, États-Unis) a mis son drapeau en berne. « J’ai été très ému du soutien de mes collègues », souligne Christophe Duron, le président de Procter & Gamble en France.

Le géant allemand Siemens a diffusé un message interne pour demander le respect d’une minute de silence sur tous ses sites dans le monde. Les patrons de groupes étrangers doutent que les attaques du 13 novembre portent atteinte à l’attractivité de l’Hexagone. Derrière leur volonté de faire bloc, ils savent qu’aucun pays ne peut se dire à l’abri du risque. « Les images de la chemise arrachée du DRH d’Air France sont beaucoup plus dévastatrices pour l’attractivité du pays », souligne un industriel.

Le terrorisme, une taxe sur l’économie

Les attentats sont-ils en mesure de casser la reprise, alors que la croissance avait retrouvé un peu de vigueur au troisième trimestre ? Les industriels du tourisme, la grande distribution et dans une moindre mesure le transport aérien craignent des baisses de fréquentation à un moment stratégique : les fêtes de fin d’année. « Si ça s’arrête là, cela aura des effets minimes sur l’économie et à court terme. Les effets psychologiques, qui pèsent sur la consommation des ménages, se dissipent rapidement et la vie reprend son cours », rassure Daniel Mirza, professeur d’économie à l’université de Tours.

Après le 11?septembre 2001, aux États-Unis, ou après les attentats de Madrid de 2004, l’impact avait rapidement été absorbé. Si les actes terroristes devaient se répéter en France ou en Europe, le coût économique pourrait en revanche s’envoler. C’est ce qui explique le pessimisme des économistes de Barclays, pour qui « toute comparaison avec Madrid ou Londres n’est pas forcément pertinente ».

En réalité, ce n’est pas tant la baisse de consommation des ménages qui coûte le plus cher à l’économie. La facture la plus lourde vient de la hausse des coûts induits par les mesures prises par les pouvoirs publics et les entreprises pour renforcer la sécurité. « Le terrorisme s’apparente à une taxe pour la société. Mais contrairement aux taxes redistributives, c’est une perte sèche, qui augmente les coûts des entreprises », souligne Daniel Mirza. Les 8 500 postes supplémentaires annoncés dans la police et la défense représenteront un surcoût de « 600?millions d’euros », en 2016, selon Michel Sapin, le ministre des Finances. 

« Des formations à la sécurité »

Jean-Louis Fiamenghi, directeur de la sûreté chez Veolia, ancien patron du Raid


 
Que changent les attentats du 13 novembre pour Veolia ?

Nous sommes un opérateur d’intérêt vital. Depuis les attentats de janvier et de Saint-Quentin-Fallavier (Isère), nous avons mis en place des consignes de renfor­cement de la sécurité en matière de contrôles d’accès aux bâti­ments, de moyens humains et de vidéosurveillance. Les attentats de vendredi ne vont rien changer.

Pourtant, ces derniers attentats sont exceptionnels…

Oui, mais les modes opératoires des terroristes ont changé. Les assaillants visent des « cibles molles » comme des salles de spectacles, des bars… Cela pose davantage de problèmes à l’État qu’à des industriels comme Veolia. Pour répondre aux demandes de nos salariés, qui veulent des conseils de sécurité, nous avons mis en place des formations d’une heure et demie à trois heures, que nous dispensions avant unique­ment aux expatriés. Désormais, nous les proposons à tous.
 

Quels types de risques terroristes ont été identifié sur les sites de Veolia ?

Il y a par exemple un risque identifié sur les atteintes à l’eau. Dans le cadre de la COP 21, nous sommes associés au Raid et au GIGN pour sécuriser les réseaux. Les mesures que nous prenons sont bien sûr classifiées. 

 

Les réseaux sociaux ennemis malgré eux


Afficher sa photo de profil en bleu-blanc-rouge et activer le safety check de Facebook, cette fonction qui permet d’indiquer à ses proches que l’on est sain et sauf, ne va pas suffire. Après les attentats, les réseaux sociaux sont dans la ligne de mire… Utilisés comme outils de propagande, ils sont concernés par le vote du Parlement prolongeant l’état d’urgence pour trois mois et qui autorise, notamment, l’interruption de tout service de communication en ligne incitant à la réalisation d’actes de terrorisme ou en faisant l’apologie. La décision du russe Telegram, qui a annoncé le 18 novembre avoir bloqué 78 chaînes de discussion dans 12 langues liées à Daech, ne suffira pas non plus. Les réseaux sociaux sont la cible de cyberattaques de pirates, des Anonymous notamment, qui veulent mettre hors d’usage les comptes des partisans de l’État islamique. Les Anonymous revendi­quent avoir piraté plus de 5 500 comptes Twitter de djihadistes. Une action à double tranchant. Si les terroristes savent se cacher derrière des outils de cryptage pour commu­niquer sans laisser de trace, ces réseaux restent une source d’infor­ma­tion pour les services de renseignement. 

 

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