Arnaud Montebourg quitte le gouvernement : son bilan

Solène Davesne ,

Publié le , mis à jour le 26/08/2014 À 19H18

Analyse Le ministre de l’Economie, du Redressement productif et du Numérique "reprend sa liberté" et quitte le gouvernement après deux ans et demi à Bercy. Il laissera surtout la trace du volontarisme industriel et d’un engagement pour développer des secteurs d’avenir en coopération avec les chefs d’entreprise.

Arnaud Montebourg quitte le gouvernement : son bilan © Pascal Guittet

[ACTUALISATION - mardi 26 août à 19h21] - La composition de la nouvelle équipe gouvernementale conduite par Manuel Valls a été dévoilée ce 26 août peu après 18h45. Surprise : l'ancien conseiller économique de François Hollande, Emmanuel Macron, récupère le portefeuille d'Arnaud Montebourg.

Son avenir ? "Retourner à ses champs et à ses charrues" , revendique Arnaud Montebourg. L’alliance stratégique des contraires entre Manuel Valls et lui aura finalement tenu cinq mois. Les dernières prises de position du ministre de l’Economie contre la ligne défendue par le Premier ministre et le Président François Hollande lui ont finalement coûté son poste.  Arnaud Montebourg ne fera pas partie du nouveau gouvernement que Manuel Valls doit présenter, mardi 26 août.

L’ancien ministre de l’Economie assume sa ligne économique. "Il est désormais établi, connu et partagé que les politiques d’austérité sont aujourd’hui la cause de la prolongation et de l’aggravation inutile de la crise économique", estime Arnaud Montebourg pour qui la poursuite de la politique menée par François Hollande constitue "un risque pour la politique".

Une prise de distance avec l’exécutif dès juillet

Le feu couvait depuis le début de l’été. Dans son grand discours de politique économique en juillet, quelques jours avant celui du président de la République, le ministre de l’Economie avait tenu à faire entendre sa différence en critiquant l’ "austérité sur-calibrée" et réclamait la mise en place d’une règle des trois tiers pour l’utilisation des 50 milliards d’économies prévues d’ici 2017– un tiers   pour la réduction du déficit, un tiers pour la baisse des charges des entreprises et autant pour la fiscalité des ménages –.

Mais Arnaud Montebourg, qui continuait à soutenir la politique de l’offre en parallèle du soutien à la demande, n’avait pas franchi la ligne rouge, en prenant fait et cause pour les frondeurs socialistes.

Le chantier des professions règlementées en plan

Avec son départ du gouvernement, le ministre laisse à Bercy un chantier inachevé : sa grande loi de "croissance et de pouvoir d’achat" qu'il préparait pour la rentrée devait mettre en œuvre une trentaine de mesures pour relancer le pouvoir d’achat et s’attaquer aux rentes et à la réforme des professions réglementées. Arnaud Montebourg en espérait "l’équivalent de 6 milliards d’euros de pouvoir d’achat aux Français".

Un volontarisme finalement apprécié par les industriels

En deux ans et trois mois de présence à Bercy, le ministre du Redressement productif puis de l’Economie a malgré tout  réussi à se faire apprécier progressivement du patronat. A la tête d’un portefeuille inédit, les débuts ont pourtant été houleux. Ses attaques contre les dirigeants de PSA ou de Sanofi ont hérissé une partie du patronat. Autre sujet de crispation : ses prises de position contre la vente de Dailymotion ou contre l’offre de reprise de SFR par Numericable ont nourri les critiques contre son interventionnisme.

Son bilan pour redresser l’industrie reste mitigé. A l’été, il a certes arraché la participation de l’Etat au capital d’Alstom, mais il n’a pas réussi à éviter le rachat de l’entreprise par General Electric, auquel il était initialement opposé. Son combat pour maintenir l’activité des haut-fourneaux d’Arcelor-Mittal à Florange n’a pas non plus permis d’infléchir la décision du groupe sidérurgique.

Au ministère, Arnaud Montebourg a cependant réussi à incarner la bataille en faveur de la réindustrialisation. Offensif, il n’a pas non plus hésité à mouiller la chemise pour soutenir les intérêts du secteur et les savoir-faire. Pour défendre le "made in France", il n’hésite pas à poser en marinière ou à arriver au Conseil des ministres au volant d’une voiture électrique Zoé. Depuis un an, ses shows des "objets de la nouvelle France industrielle" où des ingénieurs un peu tremblotants venaient présenter leurs produits révolutionnaires à la manière de Steve Jobs, faisaient le plein à Bercy.

Une impulsion pour promouvoir de nouveaux secteurs

Au-delà de la bataille pour éviter les fermetures d’usines, la principale réalisation du ministre tient au lancement des 34 plans de la Nouvelle France industrielle, dont la mise en place a été confiée à des chefs d’entreprises plutôt qu’à des représentants de l’administration. En incitant les entreprises à coopérer entre elles, le "colbertisme participatif" cherche à impulser une nouvelle dynamique.

A la décharge du ministre, ses marges de manœuvre sont restées limitées, même si le remaniement de mars lui avait permis de monter en grade et d’élargir son portefeuille à l’économie et au financement de l’économie. Les conflits entre le "Bercy d’en bas" et le "Bercy d’en haut" représenté par Pierre Moscovici ou les hauts fonctionnaires de la direction générale du Trésor n’ont cessé d’émailler les deux ans à la tête du ministère du Redressement productif. 

Dans les mois qui viennent, Arnaud Montebourg n’entend pas pour autant déserter l’industrie. Il a promis de continuer le combat en faveur de la défense du "made in France".

Solène Davesne 

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