Areva : le retour vers une organisation Cogema-Framatome se dessine

[ACTUALISE] A Bercy et à l’Elysée, on réfléchit à la transformation du modèle intégré d’Areva. Plusieurs scénarii sont envisagés. Celui de la séparation des activités combustibles et conception de réacteurs semble se confirmer, si l'on en croit les Une des Echos et du Figaro de ce 27 mars. Les deux titres de presse évoquent une potentielle prise de contrôle par EDF de l'ingénierie des réacteurs et de la fabrication des composants nécessaires aux centrales. 

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Areva : le retour vers une organisation Cogema-Framatome se dessine

Actualisation du 27 mars : Le 4 mars, Areva, en grande difficulté, a annoncé près de 5 milliards d’euros de pertes sur l’année 2014. En conséquence, un nouveau plan stratégique est déployé. Il est élaboré par Philippe Varin, le nouveau président, et Philippe Knoche, le directeur général. "Ce qui est sûr, c’est que l’Areva d’avant le 4 mars et celui d’après ne seront pas les mêmes", explique une source interne.

Le modèle intégré d’Areva (issu de la fusion de Cogema et Framatome en 2001) va de la mine à la construction de réacteurs. Il a été défendu sans relâche par sa fondatrice, Anne Lauvergeon. Aujourd’hui, le manque d’efficacité opérationnelle et financière, dans un monde nucléaire bouleversé depuis l’accident de Fukushima, le remet en cause.

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Le plan stratégique est désormais sur le bureau de l’Elysée et de Bercy qui doivent décider d'un scénario de transformation du groupe. L'Etat envisage notamment de séparer les activités combustibles et conception de réacteurs. Selon Les Echos et Le Figaro datés du 27 mars, cette piste semble se confirmer : les deux quotidiens évoquent une potentielle prise de contrôle par EDF de l'ingénierie des réacteurs et de la fabrication des composants nécessaires aux centrales.

Cette option, radicale, consisterait dans le détail à séparer Areva NC du reste du groupe. Areva NC, qui n'est autre que l’ancienne Cogema, spécialisée dans le cycle de l’uranium (mines, enrichissement, retraitement). C’est une activité forte de la société, qui est l’un des premiers producteurs d’uranium au monde. Son isolement permettra à l’actionnaire principale d’Areva, le CEA, de la sanctuariser afin de répondre à l’une de ses missions : garantir l’approvisionnement de la France en uranium.

Séparer Areva NP et NC

De l’autre côté resterait Areva NP, l’ex-Framatome, qui regroupe la conception de réacteurs et la chaudronnerie nucléaire. Cette dernière branche pourrait alors être rapprochée d’EDF à travers des collaborations, voire une joint-venture évoquée par plusieurs sources. Quid des activités restantes ? Le nucléaire militaire pourrait être réintégré dans le CEA. L’activité énergies renouvelables, essentiellement de l’éolien offshore, serait vendue.

Le rapprochement avec EDF est une certitude. D’ailleurs des groupes de travail communs sont déjà en place. La ministre de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie, Ségolène Royal, déclarait ce lundi 23 février : "Ma préoccupation en tant que ministre chargée de l’Energie c’est de constituer une filière forte du nucléaire en créant des synergies et cela, c’est très nouveau, entre EDF, Areva et le Commissariat à l’énergie atomique." "Le rapprochement dépendra beaucoup de jusqu’où EDF est prêt à aller. On ne peut pas demander à l’électricien de passer des commandes à perte, uniquement pour soutenir l’industrie nationale", tempère de con côté une source syndicale.

Un international indépendant

Une source interne fait état d’un autre scénario de division : la séparation du groupe entre l’activité nationale et internationale. Elle permettrait de soutenir le grand carénage d’EDF (prolongation de la durée de vie des réacteurs) et la construction de nouveaux réacteurs dans l’Hexagone, voulus par EDF et le gouvernement. L’intérêt serait de mettre à part des projets difficiles comme l’EPR d’Olkiluoto en Finlande, qui grève les résultats d’Areva depuis plusieurs années. Ce modèle demeure assez improbable car très complexe à mettre en place, les périmètres des activités France et hors France étant très entremêlées.

Il n'est d'ailleurs pas certain que le gouvernement validera l'un de ces deux scénarios ou l’une des multiples variantes imaginables. Mais il va devoir questionner le modèle existant d’Areva. D’autant plus que ce dernier a toujours été remis en cause par les grands patrons d’EDF comme Pierre Gadonneix, Henri Proglio et surtout François Roussely, qui auraient aimé intégrer une partie de l’ingénierie nucléaire dans leurs rangs.

En 2010, François Roussely a été l’auteur d’un rapport, en partie secret, sur la filière nucléaire française. Il prévoyait entre autres de mettre EDF à la tête de la filière nucléaire française et de reléguer Areva au rôle de simple sous-traitant. Jusque-là, les deux anciens dirigeants d’Areva, Anne Lauvergeon et Luc Oursel, ont protégé le modèle intégré. A minima, le groupe devra réaliser plusieurs cessions d’actifs pour au moins deux milliards d’euros. Reste à ne pas vendre les bijoux de famille. Rappelons que la vente d’Areva T&D à Schneider Electric et Alstom en 2010, qui représentait 30% du chiffre d’affaires d’Areva, apparaît aujourd’hui comme une source d’affaiblissement du "champion de l’atome".

Interrogé sur ces scénarios, Areva n’a pas souhaité apporter de commentaires.

Ludovic Dupin

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