Après Engie, quelles participations céder pour l’Etat ?

Bercy devrait poursuivre les cessions de participation dans les prochains mois, afin d’abonder le futur fonds d’innovation de 10 milliards d’euros. L’Etat pourrait aussi engager des privatisations

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Après Engie, quelles participations céder pour l’Etat ?

Qui sera le prochain sur la liste ? Depuis des mois, le gouvernement ne faisait pas mystère de sa volonté de réduire ou de céder certaines de ses participations dans des entreprises, afin de dégager 10 milliards d’euros pour doter son futur fonds d’innovation. En cédant 4,5 % d’Engie, l’Etat a réussi à engranger 1,53 milliard d’euros. L’Etat avait déjà réduit sa participation de 4,1 % début 2017, afin de financer les besoins de recapitalisation de la filière nucléaire. Reste à trouver lesquelles céder parmi les 80 entreprises détenues par l’Etat, dont 12 cotées en Bourse.

Céder des participations cotées

L’Etat a un atout dans sa manche. La loi Florange a renforcé ses marges de manœuvre en permettant à l’Etat de maintenir son pouvoir au sein des conseils d’administration des entreprises dont il est actionnaire, tout en réduisant sa participation au capital, grâce au mécanisme des droits de vote double. C’est ce qu’il vient d’ailleurs de faire chez Engie. Alors que la loi oblige l’Etat à conserver une minorité de blocage de 33 % des droits de vote dans les entreprises énergétique, celui-ci est tombé à 24 % du capital. L’Etat pourrait donc réduire sa participation dans certaines entreprises en portefeuille sans rien changer à leur gouvernance.

Le gouvernement a promis de se désengager de façon plus générale des secteurs jugés non stratégiques. Parmi les candidats potentiels à une cession de participation : Renault. L’Etat possède 19,6 % de la régie, valorisé 4,3 milliards d’euros et s’est déjà engagé à revendre 5 % du capital acquis récemment pour obtenir des droits de vote double. Seul hic : la valorisation a reculé de 11 % depuis le début de l’année, ce qui en ferait une très mauvaise opération financière. La vente de l’intégralité des 14 % détenus par l’Etat dans Orange pourrait aussi potentiellement rapporter 5 milliards d’euros à l’Etat. La piste est d’autant plus sérieuse qu’Emmanuel Macron était favorable à une sortir du capital de l’opérateur, alors qu’il était ministre de l’économie, estimant que l’Etat pouvait déjà exercer un contrôle suffisant sur le secteur via son rôle de régulateur.

Au-delà, les marges de manœuvres sont plus restreintes. Réduire, même un peu, la participation dans EDF s’apparenterait aussi à une mauvaise affaire financière pour l’Etat, alors que la valorisation a baissé de 25 % en un an. La cession d’une partie d’Engie n’est déjà pas la meilleure opération financière. En janvier, l’Etat avait cédé au pire moment. Depuis le cours est remonté de 15 % mais il reste inférieur à 4,5 % à ce qu’il était en septembre dernier.

Il sera aussi difficile à l’Etat de céder ses participations dans les entreprises de la défense et de l’aéronautique, jugées stratégiques. Chez Airbus, la participation de l’Etat fait l’objet d’un pacte d’actionnaire très strict avec l’Etat allemand et espagnol, quasi impossible à modifier en l’état. Un pacte d’actionnaire tout aussi strict avec Dassault complique aussi tout recul de l’Etat dans le capital de Thalès. Quant à Safran, l’Etat n’en possède déjà plus que 14 %.

Lancer des privatisations

Dans son portefeuille côté, l’Etat dispose d’une autre piste que le gouvernement étudie de près : ADP. L’Etat en détient encore 50,6 %, ce qui représente une manne de près de 7 milliards d’euros. Mais pour les céder, l’Etat devra d’abord en passer par une loi de privatisation car la législation l’oblige pour l’heure à conserver le contrôle de l’entreprise. Le processus risque donc de prendre plusieurs mois. Mais le mouvement a déjà été largement engagé avec la privatisation successive ces dernières années des aéroports régionaux de Nice, Toulouse et Lyon.


Les privatisations sont d’ailleurs l’autre piste que n’exclut pas le gouvernement et pourraient concerner aussi les entreprises non côtées: celle de la Française des jeux, qui a rapporté toutefois 130 millions d’euros de dividende l'an dernier à l’Etat, hors prélèvements sur mises semble probable. Mais là aussi, il faudrait en passer par une loi, forcément politiquement délicate. Plus simple : L’Etat pourrait aussi réduire sa présence dans DCNS, dont il dispose 62 %.

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