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Après Alstom, la feuille de route de Christophe Sirugue secrétaire d'Etat à l'industrie

Solène Davesne

Publié le

Entretien Le secrétaire d'Etat à l'industrie Christophe Sirugue a détaillé son plan d'action à l'Usine Nouvelle. Parmi ses priorités, il entend  renforcer la concertation avec les filières industrielles 

Après Alstom, la feuille de route de Christophe Sirugue secrétaire d'Etat à l'industrie © PS Flickr CC

L'Usine Nouvelle - Avez-vous le sentiment d’avoir désamorcé le scandale créé par le sauvetage d’Alstom ?

Christophe Sirugue - L'objectif était de maintenir l'activité ferroviaire à Belfort et cet objectif est rempli. Le scandale aurait été de ne rien faire. Quand j’ai rencontré Henri Poupart-Lafarge, je lui ai dit que je comprenais la situation de l’entreprise mais que la décision qui avait été annoncée n’était pas acceptable. Au-delà de la mobilisation de l’Etat pour apporter de la commande, la question centrale était de savoir quel serait l’engagement d’Alstom pour le site. C’est pour cela que nous avons pris le temps d’élaborer ce plan. A Belfort, l’investissement annuel était de 500 000 euros par an. Avec la participation de l’Etat et les engagements d’Alstom, ce sont 70 millions d’euros d’investissement qui sont désormais prévus.

Est-ce qu’on n’empêche pas malgré tout Alstom de se restructurer ?

Alstom, comme toute entreprise, doit s'adapter à l'évolution de ses marchés. Mais l'Etat est légitime quand il s'oppose à des décisions brutales de fermeture de sites alors qu'il existe des perspectives de développement pour l'entreprise.

La direction d’Alstom a-t-elle fait un chantage pré-électoral ?

Je me suis posé beaucoup de questions mais, après tous les échanges que nous avons eus avec la direction d’Alstom, je réfute cette idée. Le PDG d’Alstom était intimement convaincu que la réorganisation de ses sites de production était nécessaire au vu du plan de charge à venir. Notre rôle a été d’ouvrir de nouvelles perspectives, de faire bouger les lignes.

Votre plan garantit-il la pérennité du site ?

Très vite, nous avons pris conscience que la pérennité du site de Belfort passerait nécessairement par une diversification de ces activités, ce qui suppose à la fois des investissements et du temps pour les mettre en œuvre. Les commandes que nous avons annoncées donnent cette visibilité à moyen terme. Les investissements prévus donneront corps à la diversification de deux manières : dans les services, avec la mise en place du centre de maintenance par Alstom et dans le développement d’autres productions comme le bus électrique. Par ailleurs quand certains avancent des ratios entre les millions d’euros de commande et le nombre de salariés de Belfort, le raisonnement est absurde : Il ne s’agit pas de subventions à fonds perdus  mais de commandes de matériel pour équiper des lignes ferroviaires utiles pour le transport des Français. Par ailleurs, le développement du TGV du futur concerne 5000 emplois directs et indirects sur six sites Alstom répartis dans toute la France.

L’Etat doit-il engager une réflexion sur l’avenir du ferroviaire en France ?

C’est à la filière de réfléchir et à l’Etat d’être en échange avec elle. Le conseil national de l’Industrie travaille actuellement sur les enjeux de la filière et rendra ses préconisations à la fin de l’année. J’entends bien m’en saisir pour que l’Etat prenne ses responsabilités. L’organisation de la filière et les échanges entre entreprises doivent être renforcés. Je suis convaincu que la filière ferroviaire a un avenir.

Est-ce que Bombardier ne va pas connaître les mêmes problèmes qu’Alstom?

Ne mélangeons pas tout. Les enjeux de concurrence nécessitent d’avoir une réflexion avec les acteurs industriels. Je suis allé au salon Innotrans à Berlin en septembre. La surface du stand chinois est deux fois plus importante qu’il y a deux ans. Avec Sigmar Gabriel, le ministre de l’économie allemand, nous avons parlé de l’acier chinois mais pas uniquement. Nous ne sommes pas en guerre contre la Chine. Mais réfléchir ensemble aux outils dont on a besoin pour défendre notre industrie est une vraie priorité.

Comment l’Etat peut-il se doter d’une stratégie industrielle de long terme ?

Depuis quelques jours, je réunis les comités stratégiques de filière un par un. Le rôle de l’Etat n’est pas de faire à la place de la filière mais plutôt de l’interpeller et avec des points d’étape beaucoup plus réguliers. J’ai vu la filière automobile cette semaine et je leur ai donné rendez-vous à nouveau avant la fin de l’année. Le problème, c’est qu’on a des filières qui fonctionnent plutôt bien et d’autres non. C’est le cas du ferroviaire. L’expérience que je retire d’Alstom Belfort, c’est que l’Etat possède la capacité de mettre tous les acteurs autour de la table. Nous devons l’utiliser. Je suis convaincu qu’il faut qu’on remette l’industrie au cœur de la société. Je ne crois pas au fatalisme d’un recul de l’industrie. Par contre, notre objectif ne doit pas être de reconstituer l’industrie telle qu’elle existait hier. Le vrai chantier qu’il nous faut réussir c’est la question de l’industrie du futur.

Vous avez huit mois seulement devant vous. Quelles sont vos priorités ?

La question de la compétitivité est au centre de mes priorités. Quand on regarde le coût du travail entre l’Allemagne et la France, on a fait des progrès. Ma feuille de route tient en trois axes. Je pense qu’il appartient au secrétaire d’Etat de porter le message de la place de l’industrie dans la société. Il faut aussi l’aider à innover  en particulier dans le numérique. Le dernier axe est d’être présent localement : il faut épauler les commissaires au redressement productif. Le législateur a aussi donné plus de place aux régions dans les compétences économiques. Renforcer la coopération avec les régions est une nécessité.

Faut-il aller plus loin au niveau européen dans les mesures anti-dumping sur l’acier ?

Les mesures adoptées cet été par la Commission sont encourageantes, il faut poursuivre ce qui a été fait en particulier en accélérant les procédures et en renforçant les mesures anti-dumping.
Par ailleurs, le plan Juncker est intéressant, mais nous avons interpellé avec les Allemands la Commission européenne pour qu’ils nous expliquent leur objectif en termes de politique industrielle car pour moi elle n’est pas encore assez présente. La Commission s’était fixée un objectif de ramener le poids de l’industrie à 20 % du PIB mais cet objectif a disparu depuis. Est-ce parce qu’il était trop ambitieux ? Dans ce cas-là, disons-le mais redonnons-nous des objectifs communs.

L’apprentissage ne décolle pas. Comment faire ?

Il y a un chantier qui est vital : répondre à la problématique que plus personne n’est assuré de faire le même métier tout au long de sa vie, particulièrement dans l’industrie. Cette adaptation aux évolutions potentielles des métiers, par la formation initiale et continue, est indispensable. C’est d’ailleurs l’objet de travaux du Conseil national de l’industrie dont nous attendons les préconisations avec Myriam El Khomri.

Une note personnelle : cela ne doit pas être facile de succéder à Emmanuel Macron et Arnaud Montebourg…

J’ai l’avantage de ne pas avoir d'ambition présidentielle. Cela change tout. Mon parcours ne m’amène pas à faire des déclarations intempestives et je suis par nature pragmatique. Je n’aspire à être ni Macron, ni Montebourg mais je suis convaincu qu’il y a un rôle à jouer dans ces mois qui viennent.. Je ne vais pas lancer de grands chantiers législatifs certes, mais j’aurai du temps à consacrer aux relations avec les filières et les entreprises.

Propos recueillis par Christine Kerdellant et Solène Davesne

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