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Apollo, le fonds qui aimait l’industrie

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Avec Verallia et Latécoère, il a encore mis la main sur deux industriels français. Le fonds américain Apollo fait partie des rares financiers à s’intéresser à l’industrie lourde. Explications.

Apollo, le fonds qui aimait l’industrie
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© Apollo a racheté cette année Verallia, la filiale emballage en verre de Saint-Gobain, pour près de 3 milliards d’euros. Il lorgnait l’entreprise depuis 2007.

Il fait partie des géants de la finance. Il gère des sommes colossales pour le compte de fonds de pension américains, de fonds souverains ou de personnes fortunées, et n’hésite pas à investir plusieurs milliards de dollars dans une entreprise s’il pense pouvoir faire un profit. On le qualifie de bien des noms qui, de ce côté-ci de l’Atlantique, hérissent le poil des plus libéraux. Alternatif, spéculatif, voire vautour. Le fonds Apollo Global Management n’est pas toujours accueilli avec le tapis rouge. Et sa discrétion assumée n’aide pas à améliorer sa réputation.

Pourtant, depuis quelques années, son palmarès parle pour lui. En 2015, il a mis la main sur deux fleurons industriels français : Verallia, la filiale emballage en verre de Saint-Gobain et l’équipementier aéronautique Latécoère. Mais avant cela, c’est l’opération dans Constellium, l’ancienne filiale de Pechiney passée entre les griffes successives d’Alcan puis de Rio Tinto, qui a mis Apollo sous les feux des projecteurs. Le fabricant d’aluminium a été racheté en 2011 par le fonds américain, à un moment où ses opérations consommaient du cash et enregistraient des pertes. « C’était un actif non stratégique au sein de Rio Tinto, se souvient Michaël Maninge, le responsable des relations avec le capital investissement chez Société générale CIB. Apollo a réussi à le repositionner clairement, à le rendre plus profitable et plus performant, tout en investissant. Le fonds a organisé une restructuration avec sortie d’actionnaires. » Avec succès. En 2013, il l’introduisait en Bourse et cédait ses parts en deux temps l’année suivante, empochant plus de 900 millions de dollars au passage.

Une expertise multisectorielle

Pour investir loin de ses bases, l’américain a su s’entourer des bonnes personnes. Sa taille conséquente et ses nombreux chargés d’investissement – plus de 300 sur 869 salariés dans le monde – lui a permis de développer des expertises sectorielles. Robert Seminara, associé senior dans la branche « private equity » d’Apollo, est spécialiste du secteur de l’emballage au niveau mondial et porte ainsi le projet d’investissement dans Verallia. Mais dans le milieu feutré des affaires, l’entregent compte au moins autant que le savoir-faire financier. Pour la France, Jean-Luc Allavena joue le rôle de « passeur de culture » entre les industriels français et les financiers new-yorkais… depuis Londres. Il a lui-même dirigé Techpack, une entreprise d’emballage, dans les années 1990. Fin connaisseur des us et coutumes français, il sait que rien ne se passe sans que l’État ne veille au grain. En 2011, c’est lui qui a opéré le rapprochement avec le Fonds stratégique d’investissement (FSI), devenu Bpifrance, lors de l’acquisition de Constellium. Ces deux entités que tout semble opposer ont fonctionné main dans la main pendant trois ans et demi. « Ce ne sont pas des gens qui font des coups, explique Bertrand Finet, le directeur exécutif chargé de la division fonds propres des grandes entreprises de Bpifrance. Ils sont impliqués dans les conseils d’administration et apportent de la valeur. » Quitte à se faire un peu plus rudes. Ils n’hésitent pas à se séparer des managers qui ne conviennent plus, comme chez Constellium, où le fonds a remercié Christel Bories, la directrice générale, avec qui il ne s’entendait plus.

La recette ne marche pas toujours. Avec Ascometal, acheté à l’italien Lucchini en 2011, Apollo a bu la tasse. « C’est une question de timing, estime un proche du dossier. Personne ne pouvait imaginer que les volumes automobiles s’effondreraient en 2012, et Ascometal réalisait 50 % de son activité dans ce secteur. Cela a épuisé toute sa trésorerie. » Malgré les plans de réduction des coûts, puis la tentative de renégociation de la dette avec les banques, Apollo a dû jeter l’éponge et enregistrer ses pertes. Placé en redressement judiciaire en mars 2014, le sidérurgiste a finalement été repris par un autre investisseur.

LyondellBasell, l’un de ses plus beaux coups

Ce qui caractérise Apollo, c’est sa capacité à dénicher des pépites. Même Ascometal était considéré comme détenant un grand savoir-faire dans les aciers spéciaux. « Ce sont de très grands professionnels dans la phase de “due diligence”, ou d’investigation, estime Bertrand Finet. On l’a vu pour Constellium ou Verallia. » Ils savent détecter un actif, en imaginer le potentiel et le réaliser. Le fonds d’investissement a d’ailleurs développé une véritable compétence dans le domaine du « carve-out », cette technique consistant à sortir une activité d’une grande entreprise pour en faire une entité indépendante. S’il a remporté l’appel d’offres lancé cette année par Saint-Gobain pour le rachat de sa filiale, c’est parce qu’il s’y intéressait depuis longtemps. Il a commencé dès 2007 à marquer son intérêt pour Verallia auprès du groupe français, en affinant son offre au fil du temps. Il s’est notamment engagé à ne pas faire de casse sociale, comme le souhaitait Saint-Gobain, et repart avec l’équipe de management en place. Le tout pour une somme estimée à près de 3 milliards d’euros.

Le fonds n’hésite cependant pas à revenir à ses vieilles amours. Apollo s’illustre, depuis sa création en 1990, dans l’activité de « distressed debt ». Il rachète les dettes d’entreprises en difficulté aux banques puis, à l’occasion d’une restructuration financière, échange ces dettes contre une part de capital pour en prendre le contrôle. La crise de 2008 lui a offert de belles opportunités. Aux États-Unis, il a fait l’une de ses plus belles culbutes avec LyondellBasell. Il a investi près de 2 milliards de dollars dans la dette du chimiste avant sa banqueroute en 2009, l’a restructuré et l’a revendu en plusieurs étapes à partir de 2013, amassant plus de 10 milliards de dollars. En France, Apollo espère faire la même chose avec le groupe Monier (ex-Lafarge Couverture), dont il a pris le contrôle en 2009 et qu’il a coté en Bourse en 2014, ainsi qu’avec Latécoère. L’équipementier aéronautique croule sous une dette de 320 millions d’euros qui plombe sa rentabilité. Apollo et le britannique Monarch ont négocié avec l’entreprise pour convertir leur créance en capital et en prendre le contrôle cet été. Une augmentation de capital de 280 millions d’euros lancée en juillet doit aboutir le 11 septembre. Elle permettra d’accentuer le désendettement et de renforcer les fonds propres.

« C’est un fonds de vrais industriels, qui investit dans l’industrie lourde. Ils ont peu de compétiteurs dans ce domaine », résume un observateur. C’est peut-être ce qui en fait un fonds si atypique… Il commence cependant à se diversifier en France et à lorgner l’immobilier. En 2013, il a racheté Logicad, un portefeuille de onze entrepôts, pour 145 millions d’euros. 

Les personnes clés


  • Leon Black Principal fondateur d’Apollo Management. Il a créé, en 1990, le fonds alternatif à la suite de la banqueroute de Drexel Burnham Lambert, la banque d’investissement américaine dont il était le directeur général. Pur produit de la finance, il a marqué l’histoire du « private equity ».
     
  • Robert Seminara L’associé senior chargé du secteur de l’emballage au niveau mondial pour Apollo Management est fortement impliqué dans le dossier Verallia. Ce spécialiste du capital investissement avait notamment participé à l’acquisition du groupe américain Berry Plastics en 2006.
     
  • Jean-Luc Allavena Il s’occupe des entreprises françaises. L’associé de la branche londonienne y a fait une grande partie de sa carrière. Notamment chez Techpack, le spécialiste de l’emballage de produits de cosmétique, au moment où Pechiney le rachetait. Mais aussi dans le groupe Lagardère.

La puissance financière

  • 163 milliards de dollars d’actifs sous gestion
  • 18,4 milliards de dollars levés sur le dernier fonds
  • 869 salariés
  • 16 bureaux dans le monde

Les concurrents français, loin derrière


  • PAI Partners : Le spécialiste du LBO

    Le fonds d’investissement spécialisé dans le LBO détient 7,5 milliards d’euros d’actifs sous gestion. PAI Partners a levé, en mars, son sixième fonds pour un total de 3,3 milliards d’euros, au-delà des 3 milliards d’euros espérés, avec lequel il a déjà investi dans six sociétés, dont le groupe Labeyrie.
     
  • Ardian : Le nouvel indépendant

    L’ex-Axa Private Equity, qui s’est émancipé en 2013, revendique aujourd’hui 50 milliards d’euros d’actifs gérés ou conseillés et 130 sociétés en portefeuille. Une grosse partie de l’activité d’Ardian est cependant réalisée en fonds de fonds, en investissant dans des sociétés de gestion tiers, pour lesquelles il a levé 10 milliards d’euros en 2014. Il investit aussi en direct via différents véhicules dédiés à toute taille d’entreprise. Son fonds consacré au LBO, en cours d’investissement, a levé 2,8 milliards d’euros en 2013.
     
  • Eurazeo : Il investit dans toutes les tailles d’entreprise

    La société d’investissement cotée à la Bourse de Paris détient près de 5 milliards d’euros d’actifs en portefeuille. Originalité, elle investit sur ses fonds propres et peut garder une participation aussi longtemps que nécessaire pour la rentabiliser. Elle dispose d’environ 1,5 milliard d’euros de liquidités qu’elle investit dans toute taille d’entreprise, de la start-up au grand groupe. Sa dernière réussite : l’introduction en Bourse d’Europcar.

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