Economie

Affaire Lepaon : personne n'a intérêt à une CGT affaiblie

Cécile Maillard , , ,

Publié le

La commission exécutive de la CGT, réunie mardi 9 décembre, a décidé de convoquer le "parlement" de l’organisation en janvier, pour décider de l’avenir de son secrétaire général Thierry Lepaon. Qu’il soit mis dehors ou non, la CGT restera fragilisée, ce qui ne fait les affaires de personne.

Affaire Lepaon : personne n'a intérêt à une CGT affaiblie © johninnit - Flickr- C.C

Le vent du boulet a soufflé une nouvelle fois, ce mardi 9 décembre, sur la tête de Thierry Lepaon, à l’occasion de la réunion de la Commission exécutive (56 membres) de la CGT. Le secrétaire général a dû s’expliquer sur les trois affaires qui entachent son image de leader syndical : plus de 100 000 euros de travaux dans son appartement de fonction, 62 000 euros pour la rénovation de son bureau, et 30 000 euros environ d’indemnités de licenciement lorsqu’il a quitté la CGT Basse-Normandie pour son poste de secrétaire général.

Un premier fusible a sauté en début de réunion : Eric Lafont, trésorier de la CGT, a présenté sa démission. Cela n’a pas suffi à calmer la grogne. Selon Le Monde, la Commission exécutive a décidé de convoquer, en janvier, un comité confédéral national (CCN) extraordinaire. Ce "parlement" de l’organisation, une centaine de membres représentant les 33 fédérations et les structures départementales, est le seul habilité à destituer le secrétaire général. Thierry Lepaon avait tout fait pour éviter cette convocation…

Les trois affaires qui lui sont reprochées ont suscité une avalanche de courriers au siège de la confédération, des syndicats ou des unions départementales de la CGT appelant à sa démission, certains adhérents rendant leur carte ou refusant de payer leur cotisation tant qu’il resterait à la tête de la confédération. Effet des affaires ? La CGT essuie un recul de 2,3 points aux élections professionnelles dans la fonction publique, selon les résultats publiés ce mardi, mais reste en tête avec 23, 1% des voix.

La tempête est violente. Elle ébranle un édifice fortement fragilisé par la guerre de succession à Bernard Thibaut en 2012. Après une année d’incertitudes, coups bas, rebondissements, candidatures soutenues ou sabotées par l’ancien secrétaire général, Thierry Lepaon avait été élu, en mars 2013. Candidat "par défaut" - son nom était le quatrième proposé pour la tête de l’organisation - il n’a pas, depuis, réussi à s’imposer. Sans légitimité, ni autorité, il est la tête d’un bateau depuis trop longtemps à la dérive. Personne n’y a vraiment intérêt.

La CFDT furieuse d’une image des syndicats ternie

Laurent Berger, patron de la CFDT, est furieux. Au moment de la fuite sur les travaux dans l’appartement de Thierry Lepaon, le secrétaire général de la CFDT se disait "harcelé", jusque dans la rue, par des gens qui reprochent aux syndicats de sombrer dans les affaires, de gaspiller l’argent des adhérents. Même si officiellement il ne veut pas commenter une affaire qui regarde la seule CGT, devant l’Association des journalistes de l’information sociale (AJIS), début novembre, Laurent Berger avait lâché un petit "moi j’habite un pavillon de banlieue".

Fâché, surtout, d’être obligé de justifier son train de vie. Il est allé plus loin au moment où sont sorties les informations sur le bureau du secrétaire général de la CFDT : "Je n’ai pas changé de bureau", au moment de succéder à François Chérèque, a-t-il indiqué. Surtout, la CFDT a besoin de la CGT pour opposer deux types de syndicalisme et faire entendre sa différence. Or là, plus personne ne sait où se situe la CGT.

Le patronat face à un interlocuteur imprévisible

La CGT se cherche une ligne : contestataire ou négociatrice ? Alors que ses bastions s’effritent faute de combattants - dans l’industrie par exemple - ou dans la fonction publique, la CGT n’a pas pris le temps de se doter d’une nouvelle doctrine, de réfléchir, de débattre de son orientation stratégique. Emblématique de ce pas de deux, l’attitude de la confédération lors de la négociation sur la formation professionnelle. Les négociateurs ne voulaient pas signer, alors que plusieurs membres de la direction souhaitaient entériner l’accord.

Thierry Lepaon, partisan du oui, a finalement choisi de ne pas signer. Mais la centrale de Montreuil continue de participer à toutes les négociations, arrive même à la table des discussions avec des propositions. Dernièrement, les représentants CGT à la négociation sur le dialogue social ont proposé de renoncer aux délégués du personnel dans les entreprises de 10 à 50 salariés, en échange d’une représentation des salariés de toutes les entreprises de moins de 50 salariés au niveau territorial. Très étonnant, alors que Thierry Lepaon avait affirmé fin août que la CGT ne lâcherait rien sur ce sujet. Dès le lendemain de la présentation de sa proposition, la CGT ramait d’ailleurs pour en minimiser la portée.

Le gouvernement craint une CGT débordée par sa base

La CGT Cheminots avait préparé la réforme, sa base n’en a pas voulu, et organisé plusieurs journées de grève. Les intermittents se sont engagés dans un mouvement long. A la SNCM, dans l’agroalimentaire, les adhérents CGT font ce qu’ils veulent. Quand la CGT ne maîtrise pas ses troupes, le gouvernement n’a plus de visibilité sur les mouvements sociaux. Et plus aucune raison de traiter la CGT en partenaire de choix.

Pour calmer ses troupes, Thierry Lepaon n’a pas manqué de rappeler une réalité :  personne n’est prêt à prendre sa succession, et sa révocation ne ferait que rouvrir les plaies de 2012. Qu’il reste ou parte, la CGT restera fragilisée encore un certain temps.

Cécile Maillard

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