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Adidas revient au made in Germany

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Pour monter en gamme, l’équipementier sportif allemand construit une usine entièrement robotisée en Bavière.

Adidas revient au made in Germany
Grâce à l’impression 3D, fabriquer des chaussures sur mesure ne devrait pas prendre plus d’une journée.

Adidas est de retour sur sa terre natale. Après avoir délocalisé sa production de chaussures en Asie depuis 1993, la marque aux trois bandes a lancé la construction d’une nouvelle usine à Ansbach, en Bavière. Cette unité de 4 600 mètres carrés sera d’un genre nouveau : alors que la fabrication dans les ateliers asiatiques est exclusivement faite à la main, celle-ci sera entièrement automatisée, n’employant que 160 personnes. Baptisée Speed Factory, elle s’inscrit dans le cadre de l’industrie 4.0, une stratégie du gouvernement allemand visant à déployer des usines intelligentes et connectées sur tout le territoire. L’équipementier sportif a confié la gestion de son projet à l’allemand Oechsler, spécialisé dans l’ingénierie de procédés et la robotisation. Ce dernier s’appuie sur un consortium de compétences allant de l’automatisation des bâtiments (Johnson Controls) à la fabrication des machines de pointe (KSL Keilmann), en passant par la recherche sur le textile, grâce au centre de recherche ITA RWTH.

Course contre la montre pour les nouveautés

Les 500 premières paires de baskets devraient sortir du site pilote à l’automne. La production à grande échelle démarrera courant 2017. L’Allemagne serait-elle en train de vivre une relocalisation que tant de pays occidentaux espèrent ? Pas pour l’instant. L’usine d’Ansbach ne produira pour commencer que 50 000 paires annuelles. D’ici deux à trois ans, l’objectif est de porter ce chiffre à un demi-million. Une goutte d’eau par rapport aux 301?millions de pièces qui sortent des usines Adidas en Chine, au Vietnam et en Indonésie. Le groupe espère par ailleurs en fabriquer 30?millions de plus pour parvenir à ses objectifs de croissance à l’horizon 2020.

Il ne s’agit pas d’une relocalisation à proprement parler, mais d’un nouveau business model [lire l’encadré ci-contre]. « Nous le savons bien, seule la vitesse gagne, a déclaré Herbert Hainer, le patron du groupe lors de la présentation du projet. Speed Factory innove avec une production flexible, automatisée et décentralisée. Grâce à cela, nous pourrons être au plus près de nos consommateurs. » À l’heure actuelle, entre l’idée d’un nouveau design de baskets et son arrivée dans les magasins, il peut s’écouler jusqu’à dix-huit mois. Le géant ne veut pas voir ses produits se démoder trop vite. « Notre modèle actuel est fondé sur un approvisionnement en matières premières dans des pays éloignés de nos marchés clés, poursuit Katja Schreiber, la responsable de la communication. Nous voulons réduire les temps de conception, les temps de transport et la taille des stocks. » Adidas veut sortir de son usine bavaroise des nouveaux modèles en quelques semaines seulement. Cerise sur le gâteau, il a promis que ceux-ci seraient vendus au même prix que ceux produits en Asie du Sud-Est. Dans sa course avec ses concurrents, notamment avec le numéro?un mondial Nike, qui planche sur une usine prototype similaire, l’allemand espère avoir pris une longueur d’avance.

Et ce n’est que la première étape. Dans un second temps, il mise sur la fabrication à la demande, sur laquelle travaille en parallèle une équipe de 35 personnes. Le client, dont les pieds auront été mesurés en magasin, achètera une paire de chaussures exactement à sa taille et selon le design choisi. Grâce aux imprimantes 3D en cours de test, la fabrication ne devrait pas prendre plus d’une journée. « Nous voulons mettre en place une production de série, mais avec laquelle chacun obtient ce qu’il veut, quand il veut, beaucoup plus rapidement qu’auparavant », s’enthousiasme Gerd Manz, le responsable de l’innovation.

Décentralisation des usines

Le concept n’est pas nouveau et intéresse de plus en plus de fournisseurs d’articles grand public. En Allemagne, le fabricant de tongs de luxe myVale propose au consommateur d’envoyer par la poste le moulage de son pied afin de s’adapter à sa morphologie. Malgré un prix de 140 à 300?euros la paire de sandales, l’entreprise implantée à Homberg vend chaque année près de 7 000 paires dans le monde entier. Pour fêter ses 20 ans, la marque américaine Under Armour a elle aussi testé la fabrication de baskets à l’aide d’imprimantes 3D à frittage de poudre. Les 96 prototypes sont partis comme des petits pains. Preuve que la demande est bien là.

Poursuivant cette stratégie de montée en gamme, Adidas envisage de multiplier les usines décentralisées. Un site similaire de 6 900 mètres carrés, également géré par Oechsler, verra le jour à Atlanta (États-Unis) courant 2017 pour une production qui devrait atteindre 500 000 paires d’ici deux à trois ans. D’autres emplacements pourraient suivre en Europe, en France et au Royaume-Uni.

La Chine est-elle en train de perdre son attractivité et son titre d’« usine du monde » ? Il est vrai qu’avec la pression syndicale et celle de l’opinion publique, les salaires y ont progressé, bien qu’ils restent inférieurs aux standards européens. Pour autant, les experts ne voient pas de relocalisations massives dans les prochaines années, ne serait-ce que pour une question de demande. « Le marché chinois est énorme et très attractif, souligne Yun Schüler-Zhou, chercheuse à l’Institut d’études asiatiques à Hambourg. À moyen ou long terme, il sera aussi intéressant que les marchés occidentaux, d’où l’intérêt pour les entreprises de conserver des positions sur place. Des sociétés allemandes essaient même d’implanter l’industrie 4.0 dans leurs usines chinoises. » Le grand perdant risque d’être l’ouvrier, qui entrera en concurrence directe avec cette nouvelle main-d’œuvre docile et opérationnelle 24?heures sur 24. ??

« L’industrie 4.0 nous permet de renforcer notre compétitivité »


Frank Bünting,

expert en gestion d’entreprises au sein de l’organisation allemande des fabricants de machines (VDMA)

Voyez-vous dans le projet d’Adidas une tendance à la relocalisation vers l’Allemagne ?

Une relocalisation, je ne pense pas. Avec sa Speed Factory, Adidas s’attaque à une nouvelle tendance, l’individualisation de la production. Dans le domaine de la robotique, de nombreuses entreprises travaillent déjà sur ce concept. Par exemple, les groupes SEW et Kuka fabriquent déjà des robots individualisés et uniques, exclusivement en Allemagne.

C’est donc une chance pour les pays occidentaux ?

Oui, tout à fait. L’industrie 4.0 nous offre la possibilité de renforcer notre compétitivité par rapport aux pays à bas coût. La Chine, qui a lancé des initiatives un peu similaires, a peut-être déjà une bonne infrastructure, mais l’Allemagne a encore une longueur d’avance avec sa main-d’œuvre qualifiée et son savoir-faire technologique.

Pensez-vous que les robots produiront à terme moins cher que les hommes ?

C’est déjà le cas. Pas dans tous les secteurs cependant. Sur des produits de masse, à très faible valeur ajoutée, l’ouvrier reste moins cher que la machine. Mais sur des produits plus sophistiqués, le robot peut produire à moindre coût. Avec une bonne automatisation, il est en effet très flexible et peut changer les paramètres de fabrication très rapidement. Par ailleurs, les plus intelligents remplacent plusieurs ouvriers à la fois. ??

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