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À quoi servent les économistes d’entreprise ?

Solène Davesne , , , ,

Publié le

Les banques ne sont pas les seules à employer des économistes. Dans les grandes entreprises industrielles, ils ont aussi un rôle à jouer.

À quoi servent les économistes d’entreprise ?
Grâce à son propre modèle de prévision économique, Renault peut affiner ses scénarios pour ses différents marchés dans le monde.
© éric PIERMONT

Les entreprises citées

En partenariat avec Industrie Explorer

La question hante bon nombre de patrons. Combien de temps encore l’activité française va-t-elle stagner ? À défaut de boule de cristal, c’est vers les économistes qu’ils se tournent. Et parfois, ceux-ci sont dans les murs. Toutes les banques disposent de services de recherche qui font tourner leurs modèles économétriques. Les grandes entreprises industrielles, pour l’essentiel faisant partie du CAC 40, disposent aussi de leurs économistes internes. C’est le cas de Total, Saint-Gobain ou PSA. "Les entreprises ont supprimé beaucoup de postes pour outsourcer à des cabinets indépendants. Nous étions beaucoup plus nombreux il y a vingt ans", reconnaît Hugues Chevalier, le président de l’Association française des économistes d’entreprise (Afede), regroupant une centaine de membres dans les banques et l’industrie. "Ce n’est pas là que l’on investit le plus en ce moment. Cela permet pourtant de montrer que l’entreprise sait réfléchir et d’être financé par le crédit impôt recherche", concède Pascal de Lima, un économiste longtemps en entreprise, notamment chez Altran.

Les alternatives à un économiste maison

  • Employer à plein-temps un doctorant en économie est hors de portée pour les entreprises de taille moyenne. La solution ? Faire appel à des cabinets indépendants, comme IHS Global insight ou Oxford economics, qui font tourner leurs propres modèles de prévision. Pour la France, le Bipe ou Xerfi réalisent aussi des analyses sectorielles.
  • Une autre solution est de faire appel aux fédérations professionnelles qui, pour la plupart, emploient également en leur sein des économistes. C’est le cas de la chimie ou de la mécanique, qui tous deux réalisent un baromètre mensuel détaillé des perspectives d’activité de chacun de ses secteurs.

Inutile d’embaucher un économiste interne ? Depuis le début de la crise en 2008, ceux-ci sont pourtant sollicités comme jamais par les directions stratégiques. "Avant, les prévisions de conjoncture se résumaient à prévoir si l’investissement des entreprises ferait + 1 ou + 2% une année. Maintenant, on doit répondre à des inquiétudes sur le court terme", affirme Catherine Girard, l’économiste corporate de Renault. Recrutée par Nissan il y a dix ans, elle partage depuis 2009 son temps entre les deux constructeurs de l’alliance. Son rôle ? Affiner les scénarios du constructeur dans la quarantaine de pays où il est présent en chiffrant la taille des marchés automobiles, mais aussi l’évolution du cours des matières. Pour élaborer ses prévisions, Renault peut puiser dans les bases de données et les estimations chiffrées mises à disposition par les banques ou des institutions comme le Fonds monétaire international ou l’OCDE. Mais le constructeur dispose aussi de son propre modèle de prévision. "Le FMI, par exemple, ne publie ses estimations de croissance que tous les trimestres. Or la direction a besoin d’évaluations des risques au mois le mois pour chaque pays", détaille Catherine Girard, qui confronte ensuite ses résultats avec ceux d’autres économistes d’entreprise pour vérifier la fiabilité de son modèle.

Proposer une méthodologie

Elle planche aussi sur les variations de taux de change à court ou moyen terme. Stratégique pour un constructeur qui vend hors de la zone euro, au Brésil, en Russie ou en Inde. Mais l’économiste corporate de la marque au losange ne se contente pas de modéliser les évolutions du contexte financier ou des immatriculations sur chaque marché. Elle a aussi contribué à une méthodologie plus scientifique. Par exemple sur l’épineux sujet du coût du travail dont les définitions retenues aux États-Unis ou par Eurostat ne sont pas identiques. "On peut tout faire dire aux chiffres. Mais dans un référentiel sur les capacités de production, il faut utiliser un indicateur cohérent dans chaque pays", reconnaît Catherine Girard, qui s’appuie sur son réseau de chercheurs pour affiner ses analyses. Dernier domaine de compétence : détecter des tendances économiques plus structurantes. Elle a ainsi mené, en partenariat avec des sociologues et d’autres directions maison, une étude pour estimer le potentiel de la classe moyenne des pays émergents pour le marché automobile. Résultat : en Inde, où les ménages appartiennent à la classe moyenne à partir de 500 euros de revenus par mois, 18% d’entre eux peuvent acheter une voiture. Ils sont 30% au Brésil et 50% en Russie. Des données précieuses pour aiguiller la stratégie du constructeur.

Traduire les prévisions conjoncturelles

"On n’est pas là pour faire du bla-bla et de la prévision de conjoncture classique", résume Mourad Ayouz, chercheur en macroéconomie chez EDF, qui emploie à lui seul près de 80 personnes (macro ou microéconomistes, spécialistes du réseau électrique…) dans son département économie. Plutôt que de seulement prédire l’évolution de la production manufacturière, Mourad Ayouz la traduit en termes d’activité pour l’énergéticien. Car l’activité économique est le plus important déterminant de la consommation d’énergie. "Dire que l’Italie va être à nouveau en récession cette année ne veut rien dire pour l’opérationnel. Ce qui intéresse EDF est de savoir ce qu’un point de PIB en moins représente en térawattheures de consommation électrique perdue", explique l’ingénieur de formation et docteur en économie.

Devant l’absence de reprise en France, l’énergéticien s’est aussi mis ces derniers temps à tester l’impact d’une désindustrialisation plus prononcée de la France pour sa production d’électricité… Quant aux modèles, réalisés dans le cadre de partenariats avec le CNRS, leurs hypothèses ont été révisées pour tenir compte des effets pour l’Europe de l’évolution du prix de la tonne de CO2 ou de l’arrivée du gaz de schiste. L’énergéticien participe aussi, avec Renault, Schneider et ParisTech, à une chaire afin d’améliorer la modélisation de la transition énergétique. Être plus près du terrain n’est pas pour autant une garantie de réussite. "Nous avons des modèles pour travailler sur des scénarios de crises, mais, par définition, celles-ci sont difficilement prévisibles", reconnaît Mourad Ayouz. 

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