A Fos, ArcelorMittal intoxique les riverains... mais aussi ses salariés

Un rapport de l’Inspection du travail des Bouches-du-Rhône alerte sur la très forte sur-exposition des salariés d’ArcelorMittal à Fos-sur-Mer à des gaz toxiques. La direction du groupe affirme que le problème sera réglé en avril.

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A Fos, ArcelorMittal intoxique les riverains... mais aussi ses salariés
Les salariés de la cokerie sont exposés à des concentrations de benzo(a)pyrène de 3,5 à 32 fois supérieures aux limites légales.

Coup de tonnerre à Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône). L’usine d’ArcelorMittal, accusée depuis de nombreuses années de pollution environnementaleplusieurs actions en justice sont en cours – fait l’objet d’un rapport accablant de l’Inspection du travail des Bouches-du-Rhône, révélé par le site d’actualité Marsactu et Médiapart.

Selon des contrôles effectués en octobre, les salariés de la cokerie – 126 fours où le charbon est converti en coke - sont exposés à des concentrations de benzo(a)pyrène de 3,5 à 32 fois supérieures aux limites légales. Une substance classifiée cancérogène, mutagène et toxique. L’Inspection du travail évoque une situation "dangereuse" pour les salariés : les portes des fours fuient et laissent échapper des fumées, les cabines de conduite des enfourneuses, dans lesquelles les salariés sont censés être protégés, ne sont pas hermétiques et pas toujours équipées de capteurs de contrôle, les salariés ne portent pas leurs équipements de protection respiratoire, ils mangent, boivent, fument dans ces cabines, ingérant, en plus de les respirer, les molécules dangereuses.

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Une réaction tardive

Selon un syndicaliste, les salariés ont commencé à alerter leur direction sur ces émanations toxiques en 2012, le CHSCT et l’inspection du travail ont embrayé en 2016. Un contrôle, en juin 2017, avait déjà révélé des taux d’exposition au benzo(a)pyrène supérieurs à la limite, mais dans des proportions moindres (de 3 à 8 fois supérieurs). La situation s’est donc dégradée entre 2017 et 2018. Cette fois, l’administration a mis en demeure l’entreprise de prendre des mesures immédiates pour protéger ses salariés. Faute de réaction, elle menace l’usine d’un arrêt temporaire d’activité.

Comme pour les pollutions environnementales, ArcelorMittal a attendu les menaces pour réagir - le site a été condamné fin décembre 2018 à 15 000 euros d'amende pour pollution de l'air et une astreinte de 1 500 euros par jour court jusqu'au respect des normes environnementales. Depuis octobre, tous les salariés et intervenants de la cokerie portent leur équipement de protection respiratoire, des masques ventilés, autour des fours et dans les cabines. Des mesures ont été prises pour renforcer l'étanchéité de celles-ci.

La direction annonce avoir démarré, en 2016, un investissement de 150 millions d'euros pour reconstruire les 126 fours de la cokerie. 108 d’entre eux sont revenus aux normes, les 18 derniers, pour lesquels les travaux ont pris du retard, le seront fin avril, a indiqué le directeur général d’ArcelorMittal Europe, Aditya Mittal.

Investissements reportés avec la crise de 2008

"Cette année, nous avons souffert d'incidents qui ont provoqué des dépassements dans les valeurs limites de nos installations, a-t-il reconnu le 7 février, lors de la présentation des résultats du groupe. Nous mettons en œuvre évidemment des investissements supplémentaires et nous prévoyons de régler tous ces problèmes d'ici la fin avril cette année". Parmi les investissements, l’arrivée d’une enfourneuse de dernière génération, "qui privilégie l’environnement et la santé des salariés", est prévue pour la fin 2019.

Il était temps... Quelques jours après les révélations de Marsactu, au matin de la diffusion d'un documentaire à charge de France 3, Bruno Ribo, le directeur du site de Fos, a expliqué dans La Provence que des investissements dans les installations de Fos avaient été décidés avant la crise de 2008, mais que "cette crise a eu des effets négatifs sur le fonctionnement même du site (…), en mode survie pendant quelque temps. Des investissements ont donc été décalés".

Un représentant syndical rappelle que "l’installation, qui a commencé à produire en 1976, était prévue pour durer quinze ans et est toujours en activité. Pour sauver le site, au moment de la crise, il a fallu faire des efforts drastiques, et notamment couper dans la maintenance et l’investissement. Or une installation comme ça doit être entretenue régulièrement, sinon on accélère son vieillissement. On essaie de rattraper le retard, mais ça prend du temps…"

Protéger les salariés et leurs enfants

Pour Alain Larose, secrétaire national de la CFDT métallurgie, qui suit le dossier de Fos de près, "on ne peut pas dire qu’ArcelorMittal n'a rien fait, ils investissent, mais ils doivent investir à la fois très rapidement pour que l’installation ne soit pas un danger pour les salariés et l’environnement, et pour l’avenir du site, qui ne peut passer que par la transition écologique. Si ArcelorMittal ne le fait pas, les riverains vont demander sa fermeture… ".

Les syndicats de Fos marchent sur des œufs… "On cherche à défendre l’emploi, bien sûr, mais quand on commence à taper dans l’essentiel, la santé, ce n’est plus acceptable, elle ne peut pas être sacrifiée pour la compétitivité, on est en Europe", souligne un représentant du personnel. Qui rappelle que les familles des salariés vivent dans les environs, que leurs enfants viennent travailler à l’usine l’été… "Nous devons les protéger."

Cécile Maillard Journaliste relations sociales et enseignement supérieur

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