Economie

"A aucun moment, il n'y a eu de rupture dans la relation de partenariat économique entre la France et le Maroc" selon Mohamed Boussaïd

, , ,

Publié le

A l'occasion de sa participation au  Forum franco-africain "Pour une croissance partagée" à Paris le 6 février, Mohamed Boussaïd, ministre de l'Economie et des Finances du Maroc a fait un point sur la situation économique du royaume dont la croissance devrait accélérer cette année. Par, ailleurs, selon lui, la brouille diplomatique d'un an entre le Maroc et la France qui s'est achevée par la rencontre ce 9 février entre le roi Mohammed VI et François Hollande à l'Elysée n'a pas eu de répercussions négatives sur les relations économiques entre les deux pays.

A aucun moment, il n'y a eu de rupture dans la relation de partenariat économique entre la France et le Maroc selon Mohamed Boussaïd
Mohamed Boussaid, ministre de l'économie et des finances du Maroc
© finances.gov.ma

Sans conséquences sur l'économie et les affaires... C'est ce que pense le ministre marocain de l'Economie et des Finances, Mohamed Boussaïd de la brouille diplomatique qui a marqué les relations franco-marocaines depuis un an, interrogé sur ce point, lors d'une rencontre avec la presse à l'occasion de son passage à Paris le 6 février pour le Forum Afrique - France à Paris Bercy,

Selon lui, "entre la France et le Maroc existe une longue histoire. il y a toujours eu des affaires et des investissements français au Maroc. A aucun moment, il n y a eu de rupture au plan économique. A aucun moment je n'ai senti qu'il y avait un revirement ou un changement d'attitude ou de comportement de la part de nos amis français. Mais, cette page tournée doit nous interpeller. Une relation de partenariat doit reposer sur le respect et la confiance ".

Pour rappel, la France est avec l'Espagne, le premier partenaire commercial du royaume. La France est aussi, de loin, le premier investisseur étranger au Maroc et représente de l'ordre de 40% du stock total d'IDE du royaume. avec des investissements phares comme Renault à Tanger ou encore Danone dans Centrale Laitière, leader de son secteur.

Mohamed Boussaïd a surtout saisi l'occasion de ce point presse pour revenir sur le parcours économique du Maroc et sa transformation sur la base des plans de développement sectoriels démarrés en 2009.

Après avoir vanté son attractivité pour les IDE, ses accords de libre-échange signés avec 55 pays ou le développement de la coopération sud-sud vers les marchés sub-sahariens, le ministre a évoqué une année 2015 encourageante. Celle-ci devrait connaitre un taux de croissance autour de 4,8% contre un score médiocre de 2,5% en 2014 qui vient de provoquer une hausse du taux de chômage officiel à 9,9%, au plus haut depuis 10 ans.

Pour rappel, de 2008 à 2013, le Maroc a connu un rythme de croissance moyen de 4,5%.

Devant la presse à Paris, le ministre a aussi mis en exergue la maîtrise des comptes publics avec un déficit budgétaire passé de 7,1% en 2012 à 4,2% en 2014. Il a ainsi noté la confiance du FMI qui vient de renouveler avec le royaume une ligne de précaution... tout en l'appelant à poursuivre ses réformes..

Le ministre a également appelé les investisseurs français à se saisir des opportunités offertes par CFC, la place financière de Casablanca associée au nouveau cluster finance France Afrique annoncé lors du Forum de Paris Bercy.

A l'occasion de sa rencontre avec la presse, L'Usine Nouvelle a pu demander à Mohamed Boussaïd de réagir sur le vif sur quelques autres sujets d'actualité.

 

L'Usine Nouvelle :  Concernant la situation économique de ce début d'année, la baisse des prix du pétrole a des effets positifs sur l'économie marocaine. Quels en sont les impacts principaux ?

Mohamed Boussaid : La baisse du prix du baril a effectivement des effets positifs. Elle va avoir un impact extrêmement important sur le compte courant de la balance des paiements, sur la compétitivité du pays et celle des entreprises et sur le pouvoir d'achat du consommateur marocain. Comme vous le savez, nous avons mis en place des procédures de décompensation [baisse des subventions NDR] sur les produits pétroliers et sur le budget différencié.

Cette même baisse a aussi des effets négatifs dans le sens où elle provoque un manque à gagner des recettes fiscales de l'ordre de 3 milliards de dirhams (277 millions d'euros). Quel est votre avis de ministre des Finances ?

C'est vrai que nous allons perdre une partie des recettes exonérées par la TVA à l'importation des produits pétroliers parce que cette TVA est indexée sur les prix du baril de pétrole. Il reste cependant encore un produit compensé [subventionné NDR] qui est le gaz butane et sur lequel les prix sont en train de baisser. Ces mesures permettront de compenser le manque à gagner sur le plan des recettes fiscales.

Autre sujet, la montée en puissance de Renault Tanger vient en 2014 de faire de l'automobile le premier secteur d'exportation du Maroc, ce qui est inédit. Malgré ce succès, le secteur de l'automobile reste peu intégré ou encore cantonné à la fabrication de produits à faible valeur ajoutée comme le câblage. Comment dépasser cet état de fait ?

Aujourd'hui, le taux d'intégration pour l'usine Renault Tanger est de 45%. Nous avons pour objectif d'augmenter ce taux d'intégration à 60% à très court terme et l'améliorer rapidement, donc de 15 points.  Ceci sera possible grâce à la stratégie "d'accélération industrielle" mise en place par le ministre de l'Industrie Moulay Hafid Elalamy. Celle-ci va permettre une approche du secteur par écosystème pour installer autour de l'usine Renault ou de ses grands fournisseurs un certain nombre d'unités qui produiront des composants électroniques dans le câblage, la fabrication de batteries, des pneus, des rétroviseurs, de la housse, des sièges etc...

Sur le plan de l'aménagement du territoire, votre gouvernement vient d'approuver un nouveau découpage territorial. Quels sont les enjeux ?

La réforme des régions doit apporter une réponse à la problématique de distribution des richesses au niveau régional. Cette réforme s'appuie bien évidemment sur le nouveau découpage en 12 régions qui vient d'être finalisé. Elle s'appuiera également sur les instruments financiers qui vont être mis en place et notamment un Fonds de solidarité régionale. Il s'agit d'un fonds de mise à niveau des régions. Il mettra des moyens à la disposition des régions pour que celles qui sont les moins favorisées puissent rattraper leur retard à travers des mécanismes de péréquation.     

Propos recueillis par Nasser Djama

Le communiqué de la rencontre François Hollande - Mohammed V
A l'issue de rencontre François Hollande - Mohammed V à l'Elysée le 9 février, la France et le Maroc ont publié un communiqué dont voici la teneur.
"Au cours de leur entretien, les deux chefs d’Etat ont abordé l’ensemble des questions régionales et internationales. Ils ont souligné la pleine vigueur du partenariat d’exception qui lie le Maroc et la France. Ils se sont félicités de l’accord bilatéral du 31 janvier qui crée les conditions d’une coopération judiciaire plus efficace entre les deux pays".
Le Président de la République et le Roi Mohamed VI poursuit le communiqué "ont également souligné la détermination de la France et du Maroc à lutter ensemble contre le terrorisme et à coopérer pleinement dans le domaine de la sécurité. Dans cet esprit, un programme intense de visites ministérielles permettra de préparer la prochaine Réunion de Haut Niveau entre les deux gouvernements".
Le texte conclut que les deux chefs d’Etat "se sont réjouis que les conditions soient réunies pour une nouvelle dynamique de coopération confiante et ambitieuse entre la France et le Maroc dans tous les domaines". Pour rappel, les tensions entre la France et le Maroc étaient nées le 20 février 2014 lorsqu'à Neuilly des policiers avaient voulu remettre une convocation judiciaire à Abdellatif Hammouchi, directeur général de la surveillance du territoire du Maroc de passage en France, et ce suite à une plainte en France pour torture d'un citoyen marocain.

 

 

Réagir à cet article

Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte