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"500 000 formations de qualité ? Invraisemblable...", selon l'économiste Pierre Cahuc

Publié le , mis à jour le 19/01/2016 À 10H47

Entretien Le président de la République a annoncé, le 18 janvier, un plan d’urgence pour l’emploi. Pour l’économiste Pierre Cahuc, seule une baisse massive des cotisations sociales sur les bas salaires peut inverser la courbe du chômage.  


Crédits Guittet Pascal

L'Usine Nouvelle : Que pensez-vous des annonces de 500 000 formations de chômeurs et de nouvelles primes à l’embauche ?

Pierre Cahuc : Elles sont déprimantes ! Ce gouvernement, comme le précédent, joue sur le traitement social du chômage, d’abord avec les emplois d’avenir, et maintenant avec la formation des chômeurs et le service civique. Il est bien connu que les emplois aidés dans le secteur non marchand ont des effets négatifs, à moyen terme, sur les parcours professionnels de leurs bénéficiaires. .Ils en sortent sans possibilité de s’insérer dans le secteur marchand.
Contrairement aux autres emplois aidés, les emplois d’avenir devaient être accompagnés de solides formations, mais cela n’a pas été le cas. Faire du chiffre est incompatible avec la qualité. Ces emplois d’avenir préparent le chômage futur, c’est dramatique !
La formation de 500 000 demandeurs d’emploi pourrait être une bonne nouvelle. Mais, avec le fonctionnement actuel de la formation professionnelle, il est invraisemblable de proposer 500 000 formations de qualité.


La réforme de la formation professionnelle, en 2014, n’a pas suffi ?

Elle est très marginale. Il manque un système efficace et transparent de certification de la qualité des formations. L’Allemagne en a un, qui attribue aux formations des labels en fonction de leur qualité, de la formation de leurs formateurs, de leurs débouchés.
En France, cette certification est déléguée à des organismes impliqués dans la formation. C’est une aberration ! Le système reste très administré, manque de réactivité, fonctionne par silos, ne facilite pas la mobilité entre branches. Beaucoup de branches n’y ont pas intérêt… De toute façon, la formation ne permet pas d’accroître l’emploi à très court terme.


A-t-on vraiment tout essayé contre le chômage ?

Aujourd’hui, le principal levier pour lutter rapidement contre le chômage est le coût du travail. C’est l’objectif du Cice qui est un véritable gâchis ! Son étalement jusqu’à 2,5 smic, qui recouvre 75 % des salariés, est une énorme erreur. Les taux de chômage des salariés payés au-dessus de 1,5 smic sont faibles, de l’ordre de 5 à 6 %. La majorité des chômeurs sont des personnes à bas salaire. Il fallait concentrer les baisses de charges sur eux.
Au voisinage du smic, une baisse de 1 % du coût du travail a un impact de + 1 à + 2 % sur l’emploi. Au-delà de 1,5 smic, cette baisse a surtout pour effet d’augmenter les salaires. Cette erreur est en grande partie la conséquence du lobbying de l’industrie.
Le rapport Gallois préconisait d’alléger les charges jusqu’à 3,5 smic ! Le patronat s’est mobilisé pour que toutes les entreprises profitent de ce pactole de 20?milliards… Quant aux syndicats, ils représentent d’abord les salariés les mieux insérés. Syndicats et patronat ont une très forte responsabilité sur les effets très dilués du Cice.


Les allégements de charges sur les salaires élevés ne permettent-ils pas aux entreprises industrielles de faire face à la concurrence internationale ?

L’industrie a d’autres problèmes que le coût du travail, comme la montée en gamme. Les coûts de production sont aussi dus au coût des inputs, aux salaires versés dans les services et à la réglementation. Le coût structurel élevé du travail en France est lié à la formation des salaires.
Le système repose sur l’extension systématique, par la direction du Travail, des conventions collectives de branche à toutes les entreprises de la branche, au-delà des seuls adhérents aux organisations signataires.
Ces conventions, négociées par des syndicalistes et des représentants patronaux issus de grosses entreprises, prévoient de bonnes conditions de travail, coûteuses.
Pour des raisons liées à la paix sociale, la direction du Travail refuse de limiter leur extension. Ce serait pourtant un levier efficace pour baisser le coût du travail. Pour le patronat, étendre les conventions collectives est une manière de limiter la concurrence des nouveaux entrants, d’éviter un "dumping social". En Allemagne, 1 % seulement des conventions collectives sont étendues aux non-signataires d’un accord. Adhérer à une branche devient, pour l’entreprise, un label de qualité pour attirer les salariés.


Le patronat propose de modifier le contrat de travail. Est-ce un bon levier de création d’emplois ?

Les études menées à l’étranger montrent que les coûts du licenciement ont un impact sur les mouvements d’emplois. Quand ces coûts sont importants, il y a moins de destructions d’emplois, mais également moins de créations.
Or, en France, il est difficile de rompre les CDI. Dans la logique du code du travail, une entreprise ne peut pas licencier pour un motif économique tant qu’elle n’est pas au bord de la faillite.
Il faut réécrire le code du travail et non se contenter de le simplifier. Il ne permet pas une bonne sécurisation du parcours professionnel du salarié. Mieux vaut penser de façon cohérente l’articulation entre assurance chômage et rupture du contrat de travail, ce qui n’est pas fait. Le bon modèle est la flexisécurité.


Que reprochez-vous à l’assurance chômage ?

Elle sort progressivement de son rôle d’assurance et dérive vers le complément de revenus. Près de 40 % des demandeurs d’emploi indemnisés sont en activité réduite. Cela peut leur permettre de retrouver un emploi plus rapidement, mais ils peuvent aussi y rester ad vitam aeternam, en travaillant un jour sur deux et en gagnant 85 % d’un plein-temps.
Les entreprises, qui les réembauchent plusieurs fois, utilisent ce système, coûteux (5?milliards d’euros par an) et créateur de précarité et de chômage.


La France doit-elle faire un choix de société entre un chômage élevé et des travailleurs pauvres, comme c’est le cas en Allemagne et en Grande-Bretagne ?

Baisser le coût du travail nécessite des salaires plus faibles, mais ne s’accompagne pas forcément de travailleurs pauvres. Il faut laisser le coût du travail s’ajuster et redistribuer les revenus par des outils fiscaux, plus appropriés pour réduire les inégalités et plus efficaces sur l’emploi.
La France a fait le choix des insiders, protégés par un contrat de travail très protecteur, des salaires élevés et des réglementations qui limitent l’entrée dans les secteurs et les professions. Ce choix crée du chômage, de la précarité pour ceux qui n’ont pas décroché un CDI, creuse les déficits des comptes sociaux et défavorise les jeunes.
Le patronat et les syndicats ont une énorme responsabilité en la matière. Ils disposent, dans le cadre du paritarisme, du monopole de la négociation collective et de gestion d’organismes censés représenter des intérêts collectifs (prévoyance, retraite, chômage, sécurité sociale), mais défendent leurs intérêts et ceux des insiders, comme l’illustre récemment la généralisation de la complémentaire santé. Le paritarisme à la française n’est pas un bon modèle, il faut le changer.


Propos recueillis par Anne-Sophie Bellaiche, Pascal Gateaud et Cécile Maillard

 

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2 commentaires

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19/01/2016 - 15h21 -

Donc pour Monsieur CAHUC, l'avenir c'est l'émergence d'une "sous classe" de salariés, il y aurait ceux qui auront la chance d'être embauché dans une entreprise qui adhérerait à une Convention Collective et les autres qui regarderaient!
Il y a assez d'inégalités sociales entre les grand groupes et les plus petites entreprises, actuellement, pas la peine d'en rajouter. De plus ne vous inquiétez pas, cela fait un moment que le patronat a lancé les grandes manœuvres pour un nivellement par le bas.
De plus êtes vous sûr que le problème c'est le niveau des salaires? comparez leur augmentation (en moy < à 2% dans l'industrie ces dernières années) à celle des dividendes sur les 20 dernières années en après on en reparle.
Il est assez amusant que ce soit ceux qui en ont le + qui explique à ceux qui en ont le moins comment ils peuvent et doivent s'en contenter!
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19/01/2016 - 11h27 -

Incroyable : une des personnalité qui demandaient (en 2006, "la formation professionnel un système à la dérive") la fin des formations courtes (le DIF) pour des formations longues et qualifiantes critique désormais celui qui a pris le risque de casser le système ancien (pour improviser il est vrai un nouveau système).
Il faudrait savoir ce qu'on veut : des formations longues et qualifiantes ou des formations courte pour maintenir son employabilité.
En attendant les chômeurs ne verront rien venir sans doute mais les salariés du privé eux ont beaucoup perdu avec leur Droit Individuel à la Formation transformé en un impossible CPF.
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