24 heures du Mans : ce que la voiture de série doit à la compétition

A l’occasion de l’annonce des participants à l’édition 2015 des 24 Heures du Mans, jeudi 5 février, les responsables des divisions sportives de Toyota, Audi, Nissan et Michelin reviennent sur les passerelles qui existent entre les mondes de la compétition et de la voiture de série.

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24 heures du Mans : ce que la voiture de série doit à la compétition

"Les 24 Heures du Mans ont toujours été un laboratoire de recherche pour les constructeurs", introduit Pierre Fillon, le Président de l’Automobile Club de l’Ouest. A l’occasion de l’annonce des participants à la 92e épreuve des 24 Heures du Mans, plusieurs constructeurs étaient réunis pour parler compétition automobile, et en particulier de l’influence du monde de la course sur les véhicules de série.

Un grand nombre d’innovations ont été éprouvées sur la piste sarthoise avant de se voir déclinées sur les routes. Parmi les plus notables : les essuie-glaces, les jantes amovibles, les freins à disques, les pneus radiaux ou encore les phares à iode. Même le moteur turbocompressé a fait ses débuts au Mans.

L’histoire d’Audi, vainqueur de l’épreuve en 2014, est étroitement liée à celle des 24 Heures. "Nous avons lancé le premier moteur à injection directe essence au Mans en 2001, la technologie s’est retrouvée sur l’A2 deux ans plus tard et aujourd’hui elle est déployée sur toute la gamme, indique le docteur Wolfgang Ulrich, directeur d’Audi Motorsport. De même, notre technologie de phares laser utilisée l’an dernier est en train d’être appliquée à nos modèles de série."

Les divisions sportives ne font plus bande à part

Les constructeurs s’organisent pour favoriser les ponts entre compétition et grande série. Ils suppriment les barrières qui peuvent exister entre les deux. "Notre département Motorsport appartient au département développement du groupe, commente le docteur Wolgang Ulrich. Nous échangeons des informations, des idées, et quand nos collègues de la série s’intéressent à nos travaux nous leur donnons toutes les informations. Ainsi nos derniers moteurs diesel intègrent des technologies qui ont été développées pour la compétition. Ce sera pareil dans les années à venir pour les systèmes hybrides."

Même constat chez Toyota. La division Motorsport est également centre de recherche européen pour le groupe. La collaboration s’effectue dans les deux sens : d’une part les développeurs du système hybride de la voiture de course viennent de la division hybride du groupe, et d’autre part les chefs de projets de Toyota Motorsport travaillent une partie de leur temps sur des projets de véhicules de série.

Nouveau règlement

Le règlement des 24 Heures a été conçu pour favoriser la transmission de technologies. "La plupart des courses revendiquent cette capacité à générer des ponts entre course et série, mais seul le règlement des 24 Heures le permet vraiment", confirme Pascal Vasselon, directeur technique de Toyota Racing. Ce règlement a d’ailleurs fait l’objet d’un changement majeur en 2014, en imposant une réduction des consommations de l’ordre de 30% par rapport à l’année précédente, tout en laissant une liberté totale sur le choix de la technologie d’hybridation. Une manière de laisser les constructeurs explorer de nouveaux chemins sans léser le spectateur, selon Darren Cox, directeur de Nissan Motorsport : "On a des voitures aux caractéristiques très différentes, avec des diesel et des essence, des moteurs V4, V6 et V8, et quatre technologies d’hybridation différentes, et pourtant toutes ces voitures se tiennent en quelques secondes au tour."

Des voitures responsables

Derrière ces impératifs de diminution des consommations, la volonté que les constructeurs affichent une image responsable. L’Automobile Club de l’Ouest a ainsi créé un groupe de travail avec la FIA et les constructeurs pour que les coûts de développements des nouveaux véhicules restent acceptables, et que ce ne soit pas forcément celui qui met le plus d’argent sur la table qui gagne. C’est le "Cost saving working group". "Pour tenir le budget, notre écurie compte désormais deux voitures au lieu de trois, ajoute Pascal Vasselon. Nous limitons les durées d’essais, le nombre d’ingénieurs affectés au projet, et le temps passé en soufflerie qui peut vite exploser, comme c’est le cas en F1."

Les 24 Heures du Mans tirent aussi vers le haut l’industrie du pneumatique. "Les pneus d’endurance se rapprochent aujourd’hui de la série, contrairement aux pneus de F1 dont les caractéristiques n’ont rien à voir, note Pascal Couasnon, directeur de la division Compétition du groupe Michelin. De plus, le règlement 2014 limite le nombre de changements de pneus et impose des pneus plus étroits, ce qui va dans le sens de nos développements : moins de poids et moins de résistance au roulement, donc des économies de carburant".

Au final, tous les constructeurs sont unanimes : le sport automobile n'est plus un passe-temps consistant à brûler du carburant et des pneumatiques. Les 24 Heures du Mans font partie de ces courses qui tirent l’ensemble de l’industrie automobile vers le haut, en performances comme en respect de l’environnement.

Frédéric Parisot

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