22 branches industrielles unissent leur force sur la formation

Vingt-deux branches industrielles, pesant 2,7 millions de salariés, se sont regroupées pour créer un seul opérateur de compétences, l’OPCO 2i. Fusion de plusieurs OPCA, ce nouvel organisme accompagnera les PME dans leurs opérations de formation et assurera le financement de l’apprentissage.

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22 branches industrielles unissent leur force sur la formation
La ministre du Travail Muriel Pénicaud présentant la réforme de la formation professionnelle.

L’industrie parle de plus en plus d’une seule voix. Après le regroupement de ses différentes composantes dans France Industrie, 22 branches, représentant la quasi-totalité de l’industrie, ont décidé de s’unir pour créer un seul opérateur de compétences, l’OPCO inter-industriel ou OPCO 2i.

Le gouvernement ne leur avait pas laissé vraiment le choix : dans le cadre de la réforme de la formation professionnelle (loi Avenir), les anciens organismes collecteurs de l’argent de la formation, les OPCA, sont appelés à disparaître et à être remplacés, le 1er avril

2019, par des "opérateurs de compétences". Ils auront trois missions : assurer le financement de l’apprentissage, aider les branches à construire des certifications professionnelles, accompagner les PME dans la définition de leurs besoins en compétences. Ils perdent la collecte des cotisations formation qu'assuraient les OPCA, reprise par l'URSSAF.

Remis en septembre au gouvernement, le rapport Marx-Bagorski, qu’a décidé de suivre le gouvernement, préconisait de passer de 20 OPCA à 11 OPCO, en respectant des logiques sectorielles : un opérateur de compétences pour la banque/assurance, un OPCO pour la construction, un pour l’agriculture et l’agro-alimentaire…. Et un OPCO unique pour l’industrie.

Accord sur la gouvernance

Les branches avaient jusqu’au 31 décembre 2018 pour créer leur OPCO, sous peine de voir l’Etat imposer les regroupements. Or, souligne Pascal Le Guyader, directeur des affaires générales, industrielles et sociales du Leem (entreprises du médicament), "mieux vaut être maître de son destin que le subir". L’OPCA de la pharmacie - chimie - pétrole - plasturgie avait déjà fusionné, en juillet 2018, avec celui de l’ameublement, bois, papier, cartons, dans une structure couvrant 750 000 salariés. "Après le rapport Marx-Bagorski, nous avons compris que l'Etat souhaitait un OPCO unique de l'industrie, alors nous nous sommes rapprochés de la métallurgie et avons été rejoints par les industries électriques et gazières", poursuit Pascal Le Guyader.

En décembre, le projet était présenté aux partenaires sociaux des branches concernées, et l’affaire pliée en deux séances. L’OPCO 2i couvre les entreprises de 22 branches, employant 2,7 millions de salariés, ce qui en fera sans doute le plus gros des opérateurs de compétences. Représentants patronaux et syndicaux des branches se sont mis d’accord sur la gouvernance : la métallurgie, avec ses 1,7 million de salariés, occupe 10 des 20 sièges patronaux du conseil d’administration, les organisations syndicales se partagent 20 autres sièges. 2i a depuis été rejoint par une partie de l’industrie textile. D’autres petites branches, comme le verre et la cristallerie, pourraient arriver d’ici le 1er avril. Ne manqueraient plus que l’industrie nautique et l’autre partie du textile, alors que les matériaux de construction se divisent pour savoir s’ils adhèrent à 2i ou à l’OPCO de la construction… Le ministère du Travail doit trancher dans les jours qui viennent les derniers différends.

Des synergies entre secteurs industriels

Pour l’industrie, disposer d’un seul opérateur de compétences permettra de multiplier les synergies entre secteurs. Première tâche importante dévolue aux OPCO : définir les "coûts-contrats", montants que percevra un centre de formation des apprentis (CFA) pour chaque contrat signé entre un jeune et une entreprise, et qui dépendra de la formation et de son niveau. Une réunion de 2i se tenait d’ailleurs mercredi 23 janvier sur ce sujet. "Notre objectif est d’éviter qu’il y ait une quinzaine de coûts-contrats différents pour former un opérateur de production", indique Pascal Le Guyader.

Deuxième mission des OPCO : analyser les besoins des branches et les aider à construire leurs certifications professionnelles. L’industrie pourrait enfin aller plus loin sur la transversalité de ses métiers et de ses formations, en mettant en place des diplômes reconnus par plusieurs secteurs. Les branches vont aussi pouvoir mettre en commun leurs observatoires des métiers. Sur un territoire donné, l’évaluation des besoins en compétences pourra donc se faire pour toute l’industrie.

Surtout, les PME de l’industrie devraient être mieux accompagnées dans leurs actions de formation. Les OPCO doivent aider celles de moins de 50 salariés à faire monter en compétences leurs salariés. Mis ensemble, les services des anciens OPCA industriels ont plus de chance de couvrir tout le territoire. "Nous allons mettre en commun les bonnes pratiques de chacun des anciens OPCA", conclut Pascal Le Guyader. Il faudra toutefois attendre que les salariés en question aient été formés à leurs nouvelles missions, élargies à des secteurs industriels qu’ils ne connaissent pas.

Medef, CPME et U2P: chacun veut son OPCO

Le gouvernement attendait pour fin décembre 11 propositions d’OPCO. Il en a reçu 13. Deux OPCO se battent pour représenter les "entreprises de proximité" : l’OPCO "de l’économie de proximité" porté par la CPME, qui essaie de conserver dans son giron certaines branches d’Agefos PME, son ancien OPCA ; l’OPCO Pepss, porté par l’U2P, pour les artisans et les professions libérales. Deuxième OPCO non prévu : Wellcom, porté par le Medef, regroupe les branches anciennement affiliées à Opcalia (ex OPCA du Medef) et qui n’ont pas rejoint un opérateur de compétences sectoriel. Dans un communiqué publié le 22 janvier, le Medef affirme que le gouvernement lui demande de fusionner son projet avec celui de la CPME. Non seulement les deux organisations patronales vont s'y opposer, mais cela reviendrait, de la part du gouvernement, à acter l’existence d’un OPCO interprofessionnel. Au risque de faire éclater toute la logique sectorielle du nouveau découpage.

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