2015, année zéro de la prolongation nucléaire

En 2015, l’Autorité de sûreté nucléaire va émettre des premières pistes de travail pour prolonger des réacteurs nucléaires français au-delà de 40 ans. Mais tandis qu'EDF et le gouvernement comptent aller jusqu’à 50 ou 60 ans, le gendarme de l'atome assure qu'il ne fera aucune concession sur la sûreté.

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2015, année zéro de la prolongation nucléaire

Le sujet de la prolongation des réacteurs nucléaires du parc français au-delà de 40 ans est sur la table depuis des années. Mais 2015 devrait marquer la rentrée de ce sujet "dans le dur", en tout cas en ce qui concerne l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Lors de ses voeux à la presse ce mardi 20 janvier, le président de l'ASN, Pierre-Franck Chevet, a fait de ce sujet la priorité de l'année à venir : "Les installations industrielles et de recherche approchent des 40 ans, c'est un enjeu de sûreté considérable."

Du côté d'EDF et du gouvernement, la prolongation est déjà engagée à travers le programme d'investissements de 55 milliards d’euros, dit grand carénage. "Je n’ai pas mis dans la loi sur la transition énergétique une limitation à quarante ans comme le voulaient les écologistes. Ce n’est pas une bonne façon de procéder vis-à-vis de notre industrie [...]. Certaines centrales peuvent vivre plus longtemps", expliquait la ministre de l'Ecologie, du Développement durable et de l'Energie, Ségolène Royal, dans une interview à L’Usine Nouvelle. Quelques jours plus tard, devant la commission des Affaires économiques du Sénat, le nouveau PDG d'EDF Jean-Bernard Lévy a affirmé : "Le parc existant en France a 30 ans d’âge moyen et je suis confiant sur la capacité d’EDF à prolonger, avec ses grands partenaires et en toute sécurité, la durée de fonctionnement de ce parc jusqu’à 50 ans, voire jusqu’à 60 ans."

L'ASN prête à stopper des réacteurs

Les choses ne sont pas si simples pour Pierre-Franck Chevet, qui affiche un planning de travail très serré. Après une concertation avec EDF fin 2014, l'ASN doit donner un premier avis cette année sur la prolongation. Il s'agit d'indiquer quels sont les points de sûreté à améliorer pour envisager une prolongation de la durée de vie au-delà de 40 ans. L'idée est d'augmenter la sûreté des réacteurs existants au plus près des standards de l'EPR, l'un des réacteurs les plus modernes au monde. Il s’agit par exemple d’être en mesure de récupérer un corium (cœur nucléaire fondu) dans le fond du réacteur en cas d'accident ou de pouvoir refroidir les enceintes de bétons du réacteur.

Ces options de sûreté ont été prévues dans la conception de l'EPR et des systèmes équivalents doivent être implantés dans les réacteurs existants. C’est un considérable enjeu d'ingénierie qui échoit ainsi à EDF et ses partenaires. L'électricien national doit remettre un dossier complet de solutions techniques d'ici à 2018 pour que l'ASN donne un avis générique sur la prolongation. Ensuite, dès 2019, la centrale du Tricastin vivra la première visite de sûreté de 40 ans d'un réacteur français. Fessenheim viendra quelques mois plus tard. L'ASN autorisera alors la prolongation de la durée de vie au cas par cas sous réserve de travaux. Le travail est gigantesque puisque 26 des 58 réacteurs français atteindront 40 ans d'ici à 2025.

"Je le répète encore une fois : pour nous, la prolongation est non acquise. Et je rappelle que, dans le cas du réacteur de recherche Osiris du CEA, la prolongation au-delà de 50 ans à travers des améliorations de sûreté n'a pas abouti", a martelé Pierre-Franck Chevet. En marge des vœux, un responsable de l'ASN traduit les mots de son président : "Nous avons prévenu, nous refuserons de nous faire tordre le bras pour autoriser une prolongation parce que les autorités n'ont pas assez anticipé cette échéance !" Un autre tempère : "Les dernière déclarations de la ministre montrent que nous commençons à être écoutés".

En effet, Ségolène Royal affirme aussi dans sa dernière interview : "Il faut aussi programmer la construction d’une nouvelle génération de réacteurs, qui prendront la place des anciennes centrales lorsque celles-ci ne pourront plus être rénovées."

Ludovic Dupin

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