Le futur de l'industrie

Le blog de Vincent Champain

La fin de la transformation numérique, le début de l'ère du "digital lean"

Publié le

La fin de la transformation numérique, le début de l'ère du digital lean
© DR

La transformation numérique se transforme

Toutes les entreprises s'interrogent sur leur transformation numérique, au point que ce thème dépasse désormais les méthodes d’excellence opérationnelle et de progrès continu (comme le "lean manufacturing"), de relocalisation de la chaîne de valeur (notamment la relocalisation des capacités de production, ou "offshoring") ou la refonte radicale des processus ("reengineering").

Evolution des recherches des termes liés à la transformation d'entreprise


Mais si la transformation digitale est sur toutes les lèvres, tout le monde ne parle pas de la même chose et sa nature évolue d'une entreprise à l'autre - de la démarche d'évangélisation, voir de communication, d'entreprises qui se limitent à désigner un responsable du digital sans ressources ni compétences technologiques précises, à des démarches incluant des investissement massifs dans les compétences, les infrastructures et les logiciels pour les groupes qui se fixent les ambitions les plus fortes.

Avec le temps, les versions les plus superficielles de la transformation numérique, basées sur un buzzword (plan big data, programme blockchain ou stratégie IA) plutôt que sur une réelle stratégie pour rendre l'entreprise plus performante, disparaissent progressivement. C’est le cas du "big data" : derrière ce concept il y avait l’idée qu’il suffisait de concentrer les données pour trouver de la valeur, largement poussé par les éditeurs ou les consultants disposant d'activité dans le domaine. Cette approche consistant à investir avant de réfléchir s’efface progressivement au profit d’une approche plus pragmatique : d’abord trouver l’aiguille de valeur dans les bottes de données, ensuite regrouper les données qui ont une réelle valeur. Le terme de "big data" est donc passé de mode, après un pic enregistré en 2014.

Evolution des recherches sur le terme "big data" (États-Unis)

Le "digital lean" : mettre le digital au service de la performance

Est-ce pour autant l’effacement du lean par le numérique ? A long terme, il est probable que ce soit l’inverse : les entreprises continueront à mettre l’accent sur la recherche d'efficacité des processus, l'utilisation optimale de la "boîte à outils" numérique devenant l’une des voies parmi d’autres pour y arriver. Cette méthode porte un nom : le "digital lean".

Par rapport aux méthodes traditionnelles de performance opérationnelle, le digital lean constitue une véritable révolution. En effet, les premières se sont longtemps appuyées sur l’utilisation d’outils simples et robustes (papier, crayons, systèmes "poka yoke", dont la simplicité d’utilisation facilite l'adoption et évite les risques d’erreur), qui permettent également de laisser plus de souplesse aux opérateurs pour adapter leurs outils aux besoins de la production. A l'inverse, les puristes du "lean" ont longtemps considéré les outils numériques comme une source de rigidité et de complexité (ce qui n'est pas totalement faux s'agissant des progiciels industriels), et poussé pour les limiter au strict minimum.

Or, les méthodes de développement logiciel agile ont précisément été développées pour lutter contre la complexité et la rigidité qui avaient envahi le monde du logiciel. Elles permettent désormais de réaliser rapidement des applications, co-construites avec leurs futurs utilisateurs, et d'offrir un niveau de souplesse et de simplicité d'utilisation que n'offrent pas les progiciels d'hier, dont un grand nombre peuplent encore les usines.

Les outils numériques sont donc devenus moins rigides et plus proches des besoins des opérateurs. Le digital lean en tire les conséquences en donnant davantage de place à ces outils dans la démarche d'amélioration. Sans entrer dans les détails, qui feront l'objet d'un article prochain, il est basé autour des principes suivants :

1. Ne jamais numériser le "muda" : réfléchir sur les tâches qui génèrent réellement de la valeur ajoutée afin de ne jamais automatiser des actions qui ne servent à rien (par exemple des rapports sans valeur ajoutée, ou des vérifications qui devraient être remplacées par des actions pour produire un produit de qualité du premier coup) ;
2. Penser comme un architecte, pas comme un plombier. Le premier raisonnera comme Elon Musk lorsqu'il s'est attaqué à l'industrie des lanceurs spatiaux : qu'est-ce qui correspondra le mieux aux besoins du client ? que peut-on trouver sur le marché ? comment peut-on faire de façon le plus efficace possible ce qui se situe entre les deux ? Au contraire, le plombier restera prisonnier des habitudes ou des organisations existantes, et n'améliorera les choses qu'à la marge.
3. Optimiser en utilisant une "boîte à outils" élargie (comprenant les possibilités offertes par le cloud, le développement agile, la datascience ou l'IOT). Ce qui suppose que l'entreprise se soit dotée de ces outils et soit capable de les déployer avec suffisamment d'agilité pour ne pas être un frein à la démarche de performance. Si ce n'est pas le cas, il faut commencer par renforcer cette "boîte à outils" ;
4. Assurer que l'entreprise dispose de cette boîte à outils et la mette à la disposition de la démarche de performance. Cette "boîte à outils" comprend notamment la production rapide d'applications, la mobilisation de datascientists, l'accès au cloud ou des composants propres au secteur de l'entreprise. Il ne s'agit pas seulement d'avoir une "factory", qui développe rapidement des applications, il faut aussi savoir les intégrer, les déployer et gérer leur cycle de vie.
5. Garder une approche "lean" de l'utilisation de la technologie et privilégier le simple, le flexible, le robuste. Un problème qui peut être résolu avec un simple formulaire n'a pas besoin d'un investissement logiciel. Un investissement dans un progiciel limité à quelques fonctionnalités mais laissant la possibilité de développer des modules est préférable à un système fermé hors de prix. Une solution utilisant la blockchain sera rejetée si une solution plus simple permet de résoudre le problème.

Contrairement aux méthodes "lean" traditionnelles, très matures et largement codifiées, le digital lean est encore en phase de développement : dans 50 ans, le numérique aura une place aussi banale dans cette démarche que le papier et le crayon dans l'approche traditionnelle. Mais on en est encore très loin !

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte