Le futur de l'industrie

Le blog de Vincent Champain

L’industrie va-t-elle partir en Chine? Les enseignements de l’exemple japonais

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L’industrie va-t-elle partir en Chine? Les enseignements de l’exemple japonais
© Pixabay/PPPSDavid

Jour après jour, les démonstrations de force de l’industrie Chinoise se succèdent dans les domaines les plus pointus : lanceurs spatiaux, intelligence artificielle, drones, voitures ou deux roues électriques, paiement en ligne (la Chine est largement plus en avance que l’Occident sur cette technologie), e-commerce (Amazon a ainsi renoncé au marché Chinois)… Au point que l’on se demande ce qu’il va pouvoir rester aux industriels Européens.

Les plus jeunes d’entre vous  l’ont probablement oublié, mais au début des années 90 le Japon apparaissait comme la puissance industrielle qui allait dominer le monde dans la plupart des domaines industriels (industrie navale, automobile, biens d’équipement, électronique...).

La Une de Time, mars 1981


A l’époque, les constructeurs automobiles français peinaient à améliorer leur niveau de qualité alors que le modèle Toyota les dominait à la fois sur les coûts et la qualité et que les produits Sony envahissaient le monde. Aux Etats-Unis comme en France, tout le monde se demandait combien de temps nos industries pourraient lutter face à un Japon qui, semblait-il, était capable de produire tous les produits technologiques mieux que nous. C’est d’ailleurs le Japon qui a été la cible principale des mesures protectionnistes prises sous Ronald Reagan ou Georges H.W. Bush.

Principales mesures protectionnistes aux Etats-Unis avant 2017

Pourtant, en 1999 c’est le français Renault qui prenait partiellement le contrôle de Nissan. Entretemps, le Japon avait subi un tremblement de terre qui lui a couté 100 milliards et une crise boursière historique (l’indice reste aujourd’hui inférieur à son niveau record).

Evolution de l’indice Nikkei (Source : Wikipedia)

Mais la raison principale qui explique que les progrès du Japon en matière de compétitivité ont trouvé leur limite, c’est qu’il est très difficile pour un pays de disposer durablement d’avantages compétitifs absolus dans tous les domaines à la fois : un tel pays, qui exporterait tout et n’importerait rien, verrait le cours de sa monnaie augmenter rapidement, jusqu’à ce que sa balance des paiements se rééquilibre au moins en partie. Et c’est exactement ce qui est arrivé au Japon, avec une multiplication par plus de 4 de son taux de change entre 1970 et 1995, au fur et à mesure que le niveau de vie et la productivité du Japon rejoignaient les standards occidentaux.

Evolution du PIB/tête et du taux de change Japonais

Les prévisions de taux de change sont parmi les plus difficiles à réaliser – et particulièrement quant elles concernent des pays qui interviennent directement pour les influencer, comme c’est le cas avec la Chine. Néanmoins, on peut sans grand risque prévoir que, pour les mêmes raisons que pour le Japon (progression de son pouvoir d’achat et de sa productivité, capacité progressive à exporter des produits de qualité dans un nombre de plus en plus grand de secteurs), la Chine connaîtra un épisode similaire. Evidemment, l’ampleur de cet ajustement est difficile à prévoir. On sait que la richesse par habitant en Chine sera la moitié du niveau Américain entre 2040 et 2050, on se doute que le Yuan sera plus cher à cette date mais personne ne sait exactement de combien.

Evolution du PIB/tête et du taux de change Chinois

Compte tenu de la taille de son marché intérieur, un tel épisode aura probablement pour la Chine des conséquences moins négatives que cela n’a été le cas pour le Japon (qui a connu au même moment un tremblement de terre majeur, suivi d’un crash boursier) – le recentrage de la Chine sur les besoins de son marché intérieur (qui rendra le pays moins dépendant de son volume d’export) est déjà engagé, et on voit déjà de nombreuses entreprises chinoises de haute technologie qui ne considèrent plus l’Europe ou les Etats-Unis comme une priorité commerciale.

Pour répondre donc à la question posée dans le titre, l’industrie ne va donc pas partir en Chine, c’est même l’inverse qui risque de se produire à terme. Les conséquences en Europe seront doubles :
- Positives pour la compétitivité et l’emploi dans les secteurs industriels (puisque les prix Chinois vont être multipliés par un facteur de l’ordre de deux ou trois), rendant plus rentables la localisation en Europe (ou vers d’autres zones, comme l’Afrique) d’activités actuellement localisées en Chine (conception ou assemblage de cartes électroniques, produits électroniques…).  ;
- Négatives pour le pouvoir d’achat de ceux qui, en Europe, consomment un nombre important de biens importés de Chine ou de pays appelés à connaître une évolution de leur taux de change similaire (produits électroniques ou manufacturés produits en Asie).

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