Le futur de l'industrie

Le blog de Vincent Champain

Découpler croissance et émissions de CO2 : l’exemple de la mobilité

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Découpler croissance et émissions de CO2 : l’exemple de la mobilité
© Andrew Roberts / Unsplash

On entend parfois une thèse selon laquelle les émissions de CO2 ou la consommation d’énergie sont impossible à réduire – et par conséquent la lutte contre le réchauffement ne peut passer que par une réduction massive du niveau de vie.

Cette affirmation n’est évidemment jamais démontrée, ou quant elle l’est, c’est par des méthodes peu rigoureuses. Par exemple, il est clair que depuis les débuts de l’âge du pétrole, sa consommation et le PIB ont augmenté dans le même sens. Mais ca ne démontre pas que l’on ne puisse pas réduire notre consommation à niveau de vie inchangé.

Prenons le cas des véhicules et partons du moteur tout d’abord et de sa consommation énergétique. L’efficacité d’une centrale électrique thermique de dernière génération peut atteindre 54 %. Tandis que celle d’un moteur à essence est nettement inférieure, plutôt de l’ordre de 38 %. Ensuite, un moteur électrique ne consomme rien aux feux rouges, alors que le ralenti d’un moteur thermique en utilisation urbaine représente plus d’un sixième de sa consommation. En outre le véhicule électrique peut récupérer l’énergie que perd un véhicule thermique au freinage : en utilisant son moteur électrique comme un générateur électrique, il recharge sa batterie. Enfin, son moteur est assez performant pour fonctionner sans boîte de vitesses, ce qui réduit les pertes liées à la transmission.

Au total, sur 100 l de pétrole, 7 seront réellement utilisés pour faire avancer une voiture thermique, alors que ce chiffre pourra atteindre plus du double pour le véhicule électrique dont l’énergie proviendrait d’une centrale au fioul : ce sera donc plus écologique. C’est évidemment moins vrai si l’électricité est produite à partir de charbon, ou si les centrales électriques sont d’un modèle peu performant. Il est donc inexact d’affirmer que rouler à l’électricité d’origine thermique – en attendant que les renouvelables prennent le relais - ne fait que déplacer voire aggraver les émissions de CO2.

                                   Utilisation de 100 l d'essence pour une moto thermique

                                        Utilisation de 100 l d'essence pour une moto électrique

 

Le bénéfice écologique est encore plus important lorsque l’on passe d’une voiture thermique à un deux-roues électrique. En ville, 66 % du temps d’utilisation d’une voiture sert au déplacement et 33 % sont perdus à attendre dans les embouteillages ou à chercher une place de parking. Un deux roues réduira ce gaspillage d’énergie, non seulement pour l’utilisateur, mais aussi pour celui qui continuera à se déplacer en voiture, puisque les rues seront moins encombrées !

Reste que pour les habitués du 4 roues pour les petits parcours urbains, le passage à un deux roues n’est pas aisé à franchir. Le principal obstacle à sa diffusion massive dans les pays occidentaux n’est cependant pas forcément la question du confort – il existe des scooters équipés d’habitacles pour être protégé de la pluie – mais l’intérêt économique. Si, entre le prix d’achat, le prix de revente et le coût de fonctionnement, le client ne s’y retrouve pas, le marché restera restreint à un petit nombre de militants, bien trop insuffisant pour rentabiliser les investissements industriels nécessaires pour produire en masse.

En effet, les usagers potentiels sont parfois bridés par le prix d’achat élevé (14 000 euros pour un électrique contre 7 000 euros pour une thermique équivalente), mais n’ont aucune idée des économies de carburant et d’entretien qu’ils peuvent réaliser par la suite. Or, sur dix ans d’utilisation, c’est en fait la moto électrique qui est la moins coûteuse (voir graphique).

 

Si les usagers peinent à évoluer vers une mobilité plus écologique, ce n’est donc pas forcément pour des raisons purement économiques. Il y a aussi une méconnaissance des solutions disponibles et un problème de focalisation sur le court terme : le coût d’achat rebutera beaucoup de clients potentiels, alors que la solution la plus économique à long terme est au contraire d’investir pour payer ensuite moins cher au kilomètre.

 

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