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Le blog de Vincent Champain

Datascience, anticipation et réactivité: les leçons d’une crise

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Datascience, anticipation et réactivité: les leçons d’une crise
© Unsplash

S’il reste beaucoup d’inconnues sur cette pandémie et ses conséquences, on peut d’ores et déjà en tirer deux leçons pour l’avenir : mieux anticiper, et agir plus vite.

Quiconque a fréquenté les allées du pouvoir sait la difficulté qu’il y a à trier les milliers d’informations qui remontent chaque jour. Certaines sont mal organisées et peu lisibles, ou présentent comme de graves menaces ce qui ne concerne que la personne qui les exprime. D’autres présentent comme une information mineure des faits qui nécessitent une alerte immédiate. J’ai eu l’occasion de mettre en place une méthode conçue pour mieux éclairer ce type de décisions, engagée en 2008. Des centaines d’experts et des milliers de contributeurs externes avaient été invités à contribuer à "France 2025". Cet exercice visait à donner aux français et à leurs élus plus d’informations sur les tendances de long terme et les risques contre lesquels notre pays devait se préparer, et à expliquer les voies possibles pour s’y préparer. Cette commission était présidée par une personnalité insoupçonnable de complaisance avec le gouvernement – Jacques Delors, désigné par Nicolas Sarkozy – et les présidents de groupes avaient été désignés pour leur capacité à poser les questions qui dérangent. L’horizon de 2025, trois mandats après le mandat présidentiel en cours, avait été fixé pour donner aux experts toute liberté pour dire ce qu’ils pensaient vrai.

Le premier tome de ces travaux, publié en avril 2008 est toujours disponible en ligne. Sa page 190, consacrée au risque de pandémie, lançait l’alerte suivante "Le PIB mondial pourrait chuter de 5 %. L’accumulation de problèmes économiques pourrait entraîner à terme une paralysie générale de l’économie". Cette alerte était mise en regard d’un système de santé dominé par une logique curative, au détriment de la prévention, de la recherche et de la formation médicale. Le rapport fut remis au président, et à la ministre de la santé de l’époque, qui quelques temps plus tard, fut accusée d'avoir trop anticipé le risque H1N1.



S’agissant de la vitesse de réaction, comme le rappelle Michael Ryan, responsable des programmes d’urgence de l’OMS, il faut viser la rapidité d’action plutôt que la perfection. Comme le montre le graphique qui suit, la vitesse à laquelle les pays ont réagi à la pandémie explique à elle seule plus de la moitié des écarts de mortalité entre pays. C’est la triste mécanique des courbes exponentielles : si le nombre total de décès augmente de 80% d’une semaine à l’autre, gagner une semaine c’est économiser autant de morts.



Deux enseignements à en tirer :

1 - Qu’il s’agisse d’anticiper, de réagir ou d’identifier le bon moment pour déconfiner, l’analyse des données et les modèles de prévision peuvent faire gagner des jours précieux. Dans la mesure ou chaque jour de confinement coûte plusieurs milliards, on peut difficilement trouver de meilleur exemple en faveur d’une utilisation plus large de ces méthodes.

2 - Ce qui a valu pour la crise vaudra aussi pour l’après-crise. Nous aurons besoin d’un choc de croissance positif aussi fort que le ralentissement que  nous venons de connaitre. A ce moment, c’est aux entrepreneurs que se poseront les deux questions : avez-vu assez loin, et allez-vous assez vite ?

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