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La gestion des projets complexes

Le blog de Rodolphe Krawczyk

Tout, tout, vous saurez tout sur le… futur

Publié le

Tout, tout, vous saurez tout sur le… futur

Dans un monde devenu de plus  en plus complexe, l'incertitude n'a plus sa place: la détermination du futur reste une quête du Graal à laquelle souscrivent de plus en plus d'intervenants….

 

Dans une revue en ligne consacrée au spatial, j'ai découvert tout récemment (mi-avril) un article intitulé: "Singapore and Australian scientistes build a machine to see all possible futures" (titre qui se passe de traduction!).

Les scientifiques en question utilisent des algorithmes d'Intelligence Artificielle (IA) qui apprennent comment de petits changements dans leur comportement peuvent induire des résultats différents dans le futur; pour cela, ils synthétisent la superposition quantique de tous futurs possibles pour chaque biais… Seuls les initiés comprendront, mais à mon niveau qui se veut simple, je dirais qu'ils utilisent la puissance des algorithmes (et des calculateurs associés) de l'IA pour mettre en œuvre la théorie des petites perturbations qu'un éminent professeur américain nous avait présentée lorsque j'étais encore en école d'ingénieur: c'était avant la lettre l'effet papillon abordé de façon scientifique (et donc raisonnable: non, un battement d'ailes de papillon n'entraîne pas la formation d'un cyclone…).

Ce qui est révélateur en l'occurrence, indépendamment du fait qu'on retrouve des théories connues mais "boostées grâce aux performances des outils modernes, c'est le côté buzz du titre qui laisse penser que la prédiction du futur est désormais à portée de main (ce que contredit la lecture détaillée de l'article)… Cette recherche de la certitude, relativement compréhensible et légitime lorsqu'il s'agit de projets ou de produits complexes, tourne néanmoins de plus en plus souvent à l'obsession en prenant la forme d'un déterminisme qui confine parfois à l'acharnement thérapeutique, et qui finit par englober même la gestion des risques (j'avais évoqué cette obsession dans deux article parus en 2018: "La gestion des risques: les limites des méthodologies" et "La dictature du déterminisme dans les projets complexes").

Cette approche qui refuse l'incertitude explique aussi la réticence de plus en plus fréquente des industriels à cofinancer des thèses auprès des laboratoires, dont la finalité première n'est justement pas, contrairement aux industriels, le trop célèbre ROI[1], mais de "balayer large" en termes de recherche, la découverte d'une "pépite" étant un phénomène le plus souvent aléatoire (l'invention du laser en reste un exemple éclatant): "on veut bien vous cofinancer cette thèse, mais vous devez nous démontrer que les résultats seront utilisables à court terme pour nous"… et l'on oublie que l'une des composantes fondamentales de la recherche est aussi de travailler sur des sujets dont l'application industrielle n'est pas forcément immédiate… On voudrait être sûr que les travaux de thèse vont avoir un débouché rapide qui donnera un avantage concurrentiel majeur à l'industriel qui les aura cofinancés… En agissant ainsi, on bride inévitablement les capacités d'innovation des chercheurs (ce qui n'empêche pas les séminaires sur l'"ouverture" de fleurir, en vantant les mérites de la "sortie du cadre de l'épure"…). Et les grandes entreprises, de plus en plus souvent frileuses quant à leur avenir, se condamnent ainsi à laisser les start-up récupérer la maîtrise de l'innovation.

Voulons-nous réellement connaître notre futur en refusant l'imprévu? Ce qui fait le "sel" du travail de l'ingénieur, surtout dans les grands projets complexes où les processus prennent le pas sur la technique, ce sont les problèmes inattendus (quand ils restent bien sûr au stade du "problème", pas de la catastrophe), qui donnent l'occasion de plonger à nouveau dans la "vraie" technique, de "s'arracher" face à un défi: lors des cours sur la gestion des projets spatiaux que je donne aux élèves-ingénieurs, je ne manque jamais de leur rappeler que ce sont ces difficultés inopinées qui rendra leur travail attractif… Et n'oublions pas que l'imprévu n'est pas toujours un problème: la fameuse "serendipity" des Anglo-Saxons est là pour en témoigner…

Dans son ouvrage Homo Deus, Harari en vient à imaginer que notre futur pourrait bien être entièrement régi par des robots qui coloniseraient l'univers pour "survivre" (terme anthropomorphe s'il en est), la Terre étant appelée, tout comme notre système solaire, à disparaitre (seulement dans quelques milliards d'années, certes): voilà qui peut nous rassurer quant à notre futur… (cela dit, ils auront vraisemblablement débarrassé aussi la Terre des humains, dont l'inutilité ne sera d'ici là plus à démontrer…).



[1] Return On Investment, c'est-à-dire le retour sur investissement

 

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