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La gestion des projets complexes

Le blog de Rodolphe Krawczyk

Recherche confiance désespérément….

Publié le

Recherche confiance désespérément….

L'enthousiasme déployé dans l'exécution des grands projets est de plus en plus souvent terni par la crainte des risques: cette crainte de ce qui peut être critique du point de vue technique ou programmatique s'est muée ces dernières années en crainte de l'inconnu.

Dans un article précédent ("Le tropisme de l'échec dans les projets complexes"), j'avais évoqué la perte de confiance des équipes dans la réussite d'un projet complexe, phénomène (naturel) qui apparaît lorsque les difficultés (même "normales") s'accumulent au cours de l'avancement du projet.

M'étant spécialisé dans les analyses de risques, je constate que ce manque de confiance se traduit de plus en plus souvent par l'identification de risques liés à la crainte de l'inconnu, ce qui, à l'ère où les outils de simulation et de modélisation ont atteint une puissance considérable, a de quoi surprendre… (sans parler de l'intelligence artificielle, destinée elle aussi non seulement à aider l'humain dans son activité quotidienne, mais à lui éviter de faire des erreurs…).

Un syndrome très net est l'augmentation marquée  des risques relatifs aux résultats d'analyses détaillées (mécaniques, thermiques, électriques, etc): il y a encore moins d'une dizaine d'années, de telles analyses étaient censées étayer les conclusions de phases d'études préliminaires dans lesquelles un "pré-dimensionnement" du produit à développer (un satellite ou un sous-système spatial dans mon cas) avait permis d'en confirmer la faisabilité. Sauf si un point critique spécifique avait été identifié, les analyses n'étaient pas supposées déboucher sur un risque: ce n'est plus le cas aujourd'hui, je constate une "frilosité" qui conduit à identifier des risques potentiels sur les résultats de nombreuses analyses, même si aucun point critique spécifique n'a été identifié dans les domaines en question.

J'attribue ce manque de confiance à la peur de l'inconnu : tant que l'analyse n'est pas terminée, il subsiste un doute sur les hypothèses, le modèle, les calculs, etc… C'est ce doute qui conduit les grandes entreprises à lancer des analyses de risques très poussées (j'en avais déjà parlé dans un article précédent "La gestion des risques: les limites des méthodologies"), dans l'espoir que la provision financière pour risques ainsi calculée sera parfaitement "couvrante": pour le dire simplement, on voudrait que les risques obéissent à la structuration qui a permis de calculer cette provision financière… Mais pour cela; il faudrait que les probabilités d'émergence des risques se vérifient exactement de la façon dont elles été déterminées, ce qui est bien sûr impossible au sein d'un projet unique, où les statistiques ne peuvent pas jouer: on ne peut pas "contraindre" un risque…

Mais pourquoi ce manque de confiance dans les analyses à l'heure où l'informatique a permis des progrès fulgurants en termes de modélisation et de calculs? La réponse me semble assez simple: la déshumanisation de nos processus et de nos relations de travail (sujet maintes fois évoqué dans mon blog), qui aboutit à rendre l'humain "suspect" face aux outils et aux processus bien rodés, conduit aussi les responsables d'analyse à perdre confiance dans des activités où la part d'humain n'a pas encore été totalement oblitérée (car il faut encore de la "matière grise" pour mener des analyses complexes…). L'humain lui-même finira par être considéré comme un risque (c'est déjà un peu le cas dans l'aviation…).

Il fut un temps où l'on partait sur des projets nouveaux "la fleur au fusil": ce temps est révolu, et c'est tout à fait normal car les projets dits complexes ont atteint un niveau de complexité incompatible avec les méthodes et les outils de travail d'autrefois. Mais à l'époque, l'inconnu faisait moins peur. Aujourd'hui, le balancier des analyses de risques s'est déplacé des risques "purs" vers l'inconnu: la transformation numérique à laquelle plus aucune entreprise ne semble devoir ou pouvoir échapper induit un besoin non seulement de quantification à outrance que j'avais mentionné dans un article précédent ("La dictature du déterminisme dans les projets complexes"), mais aussi de connaissance même de ce qui par essence ne peut être connu, ce qui génère cette crainte de l'inconnu. L'histoire nous dira si le balancier reviendra en arrière: pour le moment, le déterminisme forcené de nos entreprises où l'inconnu doit être banni continue de le mouvoir vers une zone où nous regretterons un jour de l'avoir lancé…

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