La gestion des projets complexes

Le blog de Rodolphe Krawczyk

Mission lunaire américaine: retour à la case départ ? Pas tout à fait…

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Mission lunaire américaine: retour à la case départ ? Pas tout à fait…
© Blue Origin

Les rebondissements de la mission lunaire américaine dont la première étape consiste à déposer un homme et une femme sur l'astre de la nuit d'ici 4 ans n'en finissent pas… mais cette fois, la NASA a peut-être (enfin!) (re)trouvé la voie de la raison…

Certains lecteurs de ce blog pourront juger contradictoires mon admiration pour la NASA (largement justifiée par ses succès indiscutables) et deux articles de ce blog qui raillaient la valse des directeurs des vols habités:

Les deux départs avaient eu droit à une émouvante homélie de Jim Bridenstine, administrateur de la NASA… Mais derrière cette apparente contradiction (la critique est aisée, comme chacun sait), il y a le fait que le défi de 2024 pour le retour d'humains sur la Lune est l'un des plus grands auquel la NASA se retrouve confrontée depuis le premier alunissage en 1969 ; et Bridenstine sait que sa carrière est en jeu…

Or, voici que mi-juin a été désigné le nouveau directeur des vols habités: Kathy Lueders, une femme!!!! La première femme à la tête de la direction "Human Exploration and Operations Mission"!!! Bridenstine a déclaré à son sujet: "Elle a les compétences adéquates et les qualités de leadership pour amener la NASA plus loin dans le système solaire, et je sais qu'elle s'est engagée pour cela”… Bridenstine aurait-t-il été touché par la grâce en lisant un autre article de ce blog paru en décembre 2019 "L'importance des femmes dans les projets complexes"?... Je plaisante, évidemment, mais les lecteurs de mon blog se doutent bien que je ne peux trouver ce choix qu'éminemment judicieux, et cela d'autant plus que le prochain alunissage comportera un équipage mixte; il est bon de rappeler que les femmes astronautes à bord de la Station Spatiale Internationale se sont révélées aussi efficaces que leurs homologues masculins… Notons que la NASA, dans son élan de féminisme, va renommer "Mary Jackson" son centre de Washington, en l'honneur de l'une des héroïnes du film "Les figures de l'ombre"… (on peut saluer cette initiative, tout en souhaitant que la NASA n'en reste pas là…).

Par contre, aïe! aïe! aïe!...Très peu de temps après son "intronisation", Kathy Lueders a proclamé qu'elle ne s'engageait pas sur 2024 pour le prochain alunissage ! "Je n'ai pas de boule de cristal, et je ne peux pas répondre par oui par non quand on me demande si je crois qu'on pourra débarquer des astronautes sur la Lune en 2024 comme le demande le gouvernement de Trump... On va essayer… Quelquefois, c'est en essayant qu'on se rapproche plus du but qu'en n'essayant pas [NdR: Monsieur de La Palisse n'aurait pas dit mieux…]"… Notons au passage que c'est ce refus d'engagement pour 2024 qui avait valu sa disgrâce à Gerstenmaier… Et Bridenstine (qui doit avoir les boules, mais pas de cristal…) n'a pu que confirmer les paroles de la nouvelle directrice: "Une réponse simple par oui ou par non n'est pas la bonne approche dans ce domaine parce que tout est une question de probabilités, du niveau sous-système au niveau système et jusqu'à toute l'architecture de la mission". Il aura fallu trois directeurs des vols habités pour que Jim comprenne… Et dans un élan soudain d'humilité, de rajouter: "Si vous me demandez si nous irons sur la Lune en 2024, je vais vous dire que oui, nous pouvons le faire. Nous savons que c'est difficile. Nous savons les défis qui nous attendent. Mais c'est absolument possible, et nous allons travailler tous les jours pour y arriver."

Nouveau coup de théâtre le 10 juillet: La Chambre des Représentants a demandé de réduire des quatre cinquièmes le budget consacré par le gouvernement de Trump au développement de l'alunisseur (environ 600 millions de dollars contre plus de 3 milliards prévus…). Ce à quoi Bridenstine a rétorqué qu'il ne s'agissait que d'une "salve d'ouverture" dans le processus d'appropriations qui doit aller maintenant au Sénat… Le chemin pavé de roses vers notre satellite naturel ne manque décidément pas d'épines : cette épine-là risque fort de faire mal au planning et de reculer la date fatidique de 2024…

Mais… dans cette course entre Américains, Russes et Chinois pour être les premiers à déposer à nouveau  des humains sur la Lune, peut-on imaginer qu'aucun des programmes de ces trois nations n'aura de retard? Quel grand programme spatial peut se vanter de n'avoir eu aucun retard? Il y a eu certes la mission Apollo qui a réussi à tenir le pari de faire alunir deux astronautes en moins de dix ans, mais au prix de quels risques et de quelles impasses (dont j'ai souvent parlé dans ce blog)! Que représentent quelques années de retard face à la perte d'un équipage?

Il serait vraiment temps que les grands décideurs remettent d'abord les pieds sur Terre, comme vient de le faire la NASA, avant de les remettre sur la Lune entre 2024 et 2030. Le choix de Kathy Lueders, une femme d'expérience au langage simple et franc, est manifestement une première démarche dont on peut parier que la NASA ne pourra que se féliciter !

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