La gestion des projets complexes

Le blog de Rodolphe Krawczyk

Les qualités des Français dans les projets complexes

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Les qualités des Français dans les projets complexes
© Le Coq Sportif

Après avoir étrillé mes compatriotes dans de nombreux articles de mon blog, il me semble nécessaire de reconnaître que nous n'avons pas que des défauts, et nos qualités se révèlent souvent dans les grands projets…

J'ai reçu début juillet le courriel d'une personne qui, après avoir lu mon article "L'obstination dans l'erreur : un mal français ?" publié fin juin, me reprochait de stigmatiser les Français. Ce lecteur désirant rester anonyme, je n'épiloguerai pas sur nos visions souvent (mais pas toujours) différentes sur lesquelles nous avons échangé par courriel à deux reprises. Mais je me suis engagé à écrire un nouvel article plus "optimiste" sur la France, et plus particulièrement dans le cadre des projets complexes.

Tout d'abord, malgré mon nom, je suis français de naissance, de formation et de culture, et donc… je suis un râleur : c'est ce qui fait que la plupart des articles que j'ai écrits jusqu'à présent ont une connotation forcément négative. Cet échange avec ce lecteur anonyme est donc pour moi une excellente opportunité de voir pour une fois les choses différemment, et je lui en sais gré de m'avoir involontairement "forcé la main".

A ce sujet, je ne peux pas résister au plaisir de relater une anecdote racontée par Jacques Pateau, spécialiste exceptionnel de l'interculturel que j'ai cité à maintes reprises dans des articles précédents… Lorsque l'on réunit des personnes de nationalités différentes dans un jeu de rôles et qu'on leur demande de lancer une idée nouvelle, on reconnaît d'emblée les Américains et les Français :
- les premiers commencent par voir tout ce que l'idée nouvelle a de positif et d'intéressant ;
- la réaction des seconds est la plupart du temps "non, parce que…".

Et, même en ayant assisté à plusieurs des séminaires de Jacques Pateau, je dois dire que, lorsqu'il s'agit, dans mon travail, de débattre d'une nouvelle solution technique à un problème donné, je dois encore me faire violence pour ne pas réagir sur le champ de façon négative, ou tout au moins, ne pas commencer par voir tout ce qui ne va pas aller dans cette nouvelle solution, en oubliant qu'elle a nécessairement aussi des côtés positifs…

Alors, prenons un peu de recul…

Tout d'abord, il est bien connu que les ingénieurs français à l'étranger sont très prisés, ce qui prouve au passage que notre système éducatif, souvent décrié, n'est pas si mauvais, tout au moins en ce qui concerne les grandes écoles et les universités. La liste est longue des ingénieurs français ayant eu une grande voire très grande carrière à l'international…

Cette formation nous confère en outre une capacité d'appréhender les problèmes dans leur globalité, que nous appelons la vision système, et qu'on rencontre rarement ailleurs (elle est par exemple presque totalement absente chez nos voisins allemands, qui nous l'envient d'ailleurs, je l'avais évoqué dans mon article "L'interculturel : une composante fondamentale des grands projets" paru en octobre 2018).

Ce sont ces qualités qui ont assuré la réussite de grands projets comme le nucléaire ou l'hydraulique, Airbus (groupe international certes, mais impulsé par des Français), Ariane (c'est le CNES qui, parce qu'on lui en a confié le leadership, a sorti l'Europe de l'impasse dans laquelle elle s'était fourvoyée avec le désastreux lanceur Europa).

Et ce n'est pas fini…

Confluence de courants migratoires et/ou d'invasions remontant à la nuit des temps, la France a su aussi évoluer en "se frottant" aux autres ; je ne citerai que deux exemples remontant assez loin dans le temps :
- la domination romaine, même si elle a été imposée par Jules César, a créé cette civilisation dite gallo-romaine à l'origine de notre épanouissement ultérieur : c'est elle qui a contribué à faire de nous pendant longtemps la première nation européenne (et bien avant que le terme d'Europe apparaisse) ; nous en avons gardé des cotés latins parfois très utiles comme notre fameux système D ;
- Charlemagne a ensuite fait évoluer son empire, dont nous faisions partie, vers un système administratif remarquablement innovant pour l'époque : nous en avons gardé le sens de la rigueur (certes moins que nos voisins d'outre-Rhin, pour qui Charlemagne est d'abord allemand, alors que pour nous, c'est moins sûr…).

Enfin, il y a eu le cartésianisme, que je me suis permis d'"égratigner" dans plusieurs articles à cause de certaines dérives, mais dont personne ne peut mettre en doute l'efficacité reconnue (et démontrée). Ce mode de pensée déductif, dans la continuité de la pensée grecque, l'a "modernisée" et a contribué grandement à nous maintenir parmi les premiers dans le concert des grandes nations : force est de constater que, malgré tous les problèmes que nous rencontrons aujourd'hui dans l'industrie, dans l'économie, en politique intérieure ou extérieure, et qui fait qu'on entend souvent dire que nous sommes devenus la risée des autres nations, la parole de la France compte encore…

J'oublie très certainement d'autres côtés positifs : comme nous avons beaucoup de défauts, et qu'on a toujours les qualités de ses défauts, nous avons dont forcément beaucoup de qualités… Souhaitons donc que nos qualités reprennent le dessus : notre histoire a montré que nous avons toujours su rebondir.

Merci donc à ce lecteur anonyme de m'avoir rappelé que les Français ne méritent pas que des critiques…

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