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La gestion des projets complexes

Le blog de Rodolphe Krawczyk

Les pièges de la simulation

Publié le

Les pièges de la simulation
© Stratolaunch

Nous voyons émerger depuis quelques années les projets les plus fous en terme de gigantisme, notamment dans le monde du spatial: mais peu aboutissent, la confrontation à la réalité s'accompagnant d'un "atterrissage" un peu dur…

Trois nouvelles viennent de secouer les professionnels de l'espace: Deep Space Industries a décidé de se recentrer sur le développement des satellites en délaissant son projet d'exploitation minière d'astéroïdes; Stratolaunch abandonne les études des lanceurs que son avion géant devait embarquer, en licenciant au passage 50 personnes ; enfin SpaceX va se séparer de 10% de son effectif, pour améliorer sa compétitivité et donc dégager plus de moyens pour financer le voyage sur Mars…

Dans le premier cas, connaissant de par mon expérience les problèmes qu'un programme spatial peut rencontrer pendant son développement, et surtout ceux qui l'attendent une fois le satellite ou la sonde dans l'espace, problèmes souvent fortuits et que les meilleures analyses de risque ne pouvaient imaginer a priori, la mise sur pied d'une mission robotique destinée non pas à récolter des échantillons mais à extraire de façon prétendument rentable les matériaux rares qu'un astéroïde pourrait contenir relève de la science-fiction: on a vu les difficultés rencontrées par Rosetta et Hayabusa 1, et même si Hayabusa 2 semble donner moins de sueurs froides à la JAXA, ces missions lointaines et hautement risquées sont appelées encore pour longtemps à rester dans le domaine de la science et non de l'exploitation industrielle. Il est certain qu'elles feront progresser les technologies pour, un jour peut-être, envisager de telles missions d'exploitation (dont la rentabilité restera cependant à démontrer, pour des raisons évidentes), mais ce ne sera pas pour la décennie actuelle.

Dans le deuxième cas, le projet a été dénommé par certains "une solution à la recherche d'un problème", ce qui en dit long sur la crédibilité, sinon des avancées techniques, du moins de son modèle économique. Les photos de l'avion porteur, le plus grand du monde, sont révélatrices de l'ambition (c'est un euphémisme) du projet…

Dans le dernier cas, les déboires financiers d'Elon Musk qui pourtant avait humblement reconnu, lorsque SpaceX en était à ses débuts, que la mise au point d'un lanceur se révélait finalement plus ardue qu'il ne l'avait imaginé, n'en poursuit pas moins son rêve de déposer des hommes sur Mars d'ici quelques années, la quantification du "quelques" étant soumise aux aléas de la conjoncture du spatial…

Tapage médiatique

Ce qui est frappant, et commun à ces trois "visions", c'est tout le tapage médiatique dont elles ont bénéficié, grâce notamment, et c'est ce point qui me semble fondamental, à des images obtenues par des outils de simulation sophistiqués, dont la qualité n'est pas sans rappeler celle des films d'animation. J'avais été frappé, il y a moins de 5 ans, par des images d'un instrument spatial qui n'existait que sur le papier, mais dont la représentation en vues CAO donnait l'impression que l'instrument était déjà fabriqué et que les vues en question étaient des photographies…. Les séquences d'intégration d'un satellite bénéficient d'ailleurs de tels outils, et vont même plus loin grâce aux techniques de réalité augmentée et/ou virtuelle qui permettent d'appréhender certains problèmes susceptibles d'émerger ultérieurement, ce qui n'était pas possible avec les techniques 2D de la décennie précédente. On va jusqu'à dépasser les limites du rêve puisque, grâce à d'autres outils de simulation, on peut se voir projeter dans un espace virtuel pour y exécuter des mouvements de danseur étoile…

Mais, comme toujours, tout progrès a son revers de la médaille: les avancées (avec leurs avantages incontestables) des outils de simulation actuels entraînent leur lot d'annonces de projets pharaoniques. Certes, il est bien de faire rêver (après tout le programme Apollo était à l'époque démesuré), mais à condition que le rêve ne soit pas une chimère. Le problème ne vient d'ailleurs pas tant des simulations que du côté illusoire du calendrier de ces projets, lié à la perte de la notion du temps (que j'avais expliquée en août 2017 dans une Tribune de l'Usine Nouvelle): leur crédibilité technique à court terme est fragilisée par les plannings associés, souvent irréalistes, voire illusoires… Il semble cependant que cela ne gêne pas outre mesure les "vendeurs de rêve", qui parviennent à trouver, du moins au début, les investisseurs… dont la plupart en arrivent un jour ou l'autre à jeter l'éponge. La réalité n'est pas toujours virtuelle… mais les outils modernes offrent de belles opportunités à un certain nombre de mégalomanes, pour un temps au moins, de jouer à qui a la plus grosse (vision)…

Il serait dommage que cette part de rêve, qui est justement celle qui nous pousse à nous dépasser et à accomplir de grandes choses, se confonde avec des délires intellectuels et finisse par disparaître à force de revenir brutalement au sens des réalités. Il suffirait simplement de remettre une fois de plus dans la boucle (c'est un peu mon leitmotiv, je l'avais développé dans un blog précédent paru en novembre 2018) la petite dose d'humain qui permet de garder les pieds sur terre (ce qu'on appelle le bon sens…). Et ne jamais oublier cette petite phrase écrite un jour sur un mur du très célèbre Jet Propulsion Laboratory (elle se passe de traduction): "Simulation is like masturbation : when you practice it too much, you forget it's not the real thing"…

Dessin Rodolphe Krawczyk

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