La gestion des projets complexes

Le blog de Rodolphe Krawczyk

Les (fausses) économies des réductions d’effectif

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Les (fausses) économies des réductions d’effectif
© Rodolphe Krawczyk

Les premières décennies du XXIe siècle auront été marquées par les réductions d’effectif tous azimuts. Les entreprises y auront-elles vraiment gagné ?

Un événement récent devrait faire réfléchir les dirigeants de sociétés sur les conséquences des réductions d’effectif.

Le satellite XM-7 de l’opérateur télécoms américain Sirius a eu une panne peu après son lancement en décembre 2020. Les services ne devraient pas être affectés tant que les satellites XM-3 et 4 resteront opérationnels, avec de plus un satellite en réserve et un autre en cours de fabrication. Les investigations se poursuivent, mais aucune information nouvelle n’a été communiquée – à ma connaissance – depuis février. S’il s’avère que le satellite est perdu, les assureurs devront payer 225 millions de dollars.

Lors des essais au sol, Maxar, le constructeur du satellite, avait déjà déboursé 45 millions de dollars pour résoudre un problème technique affectant les performances, lequel n’aurait apparemment pas été tout à fait réglé. Dès l’annonce des problèmes en orbite, les analystes se sont demandé si les récents changements et les coupes dans le personnel de Maxar n’avaient pas contribué à cet échec.

En mars 2019, Maxar avait annoncé licencier 200 salariés (sur environ 600) de sa branche spatiale, afin de renouer avec la rentabilité. L'entreprise justifiait cette décision par une perte de plus de 1 milliard de dollars, due entre autres à la chute persistante de l’action Maxar. Cette perte faisait suite elle-même à une précédente, en 2018, de 162 millions de dollars relative au satellite d’observation WorldView-4, rendu inutilisable deux ans après son lancement à cause d’une panne de gyroscopes (il avait été assuré pour environ la moitié de son prix).

En 2001, Danone « invente » le licenciement dit « boursier » en fermant deux usines LU malgré les bénéfices croissants du groupe. En 2013, il annonce vouloir supprimer 900 postes, malgré un bénéfice net de près de 2 milliards d'euros en 2012.

Plus généralement, on assiste depuis deux décennies à des licenciements parfois massifs au nom de la rationalisation, de la compétitivité ou des crises économiques qui se succèdent désormais à une fréquence devenue inquiétante.

On comprend alors qu’une entreprise en difficulté comme Maxar, surtout aux États-Unis où l’on congédie sans états d’âme (et sans préavis), puisse se séparer d’une partie de son personnel pour améliorer sa situation financière. À court terme, en faisant fi de toute considération humaine, la logique peut se défendre. Mais dans l’industrie, notamment celle des projets complexes comme le spatial, le court terme a son revers de la médaille. Les déboires de Maxar avec le satellite XM-7 ne sont sans doute pas sans lien avec le « dégraissage » de 2019. L’impact direct ne sera peut-être pas catastrophique sur le plan comptable, mais l’effet boule de neige ne manquera pas de jouer, avec une nouvelle chute de l’action entraînant probablement une nouvelle perte financière, justifiant d’autres licenciements. On peut donc se demander si Maxar sera finalement gagnant.

Pour revenir de notre côté de l’Atlantique, on se souvient des conséquences des réductions de personnel dans nos hôpitaux, qui se sont retrouvés démunis face à l’afflux de malades de la Covid-19 dès la première vague. Là encore, la logique financière à court terme s’est révélée économiquement désastreuse. La France n’est certes pas le seul pays frappé de plein fouet par cette pandémie, mais quand on compare sa situation économique à celles de pays qui, comme l’Allemagne, n’ont pas adopté cette « rationalisation » de la santé, la conclusion est vite tirée. Quant à Sanofi, relégué après avoir sabré dans ses effectifs et dans sa R&D (malgré des profits record) au rang de sous-traitant de fabricants de vaccins, inutile d’en dire plus.

Et le plus remarquable, c’est que les allégements de personnel concernent la plupart du temps la « base ». Il n’est pas rare, dans les entreprises dont les employés ont du mal à faire face aux charges de travail, ce qui entraîne forcément des difficultés (retards de livraison, défauts de qualité, etc), de renforcer l’équipe dirigeante au détriment de l’embauche. Quand on a besoin de « bras », on ajoute dans l’organigramme de la société un directeur, dont le salaire est le plus souvent très supérieur à celui de plusieurs « rameurs ». Cherchez l’erreur… Il semble bien qu’on ait oublié ce slogan célèbre de Mai 68 : « La hiérarchie, c'est comme les étagères. Plus c'est haut et moins ça sert. »

Il n’est nul besoin de verser dans le militantisme syndicaliste pour comprendre (et dénoncer) l’absurdité de ces coupes sombres, devenues la norme, et de leurs conséquences à moyen et long termes dans l’industrie. Qu’il est loin le temps où un dégraissage était interprété comme le reflet de la mauvaise santé d’une société !

Je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. L’action, en ce temps-là, montait quand on embauchait et baissait quand on licenciait…

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