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Le blog de Rodolphe Krawczyk

Les démangeaisons d’une (pas gaie) guerre spatiale

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Les démangeaisons d’une (pas gaie) guerre spatiale

L’humain étant ce qu’il est, la guerre sur Terre ne lui suffit plus : les progrès techniques nous permettront bientôt de faire joujou en orbite avec des armes dernier cri. Et les super-grands s’en donnent à cœur joie…

J’ai déjà évoqué dans ce blog la militarisation de l’espace, ce lieu déclaré "sacré" il n’y a pas si longtemps : elle s’accélère de mois en mois, chacun accusant l’autre (ou les autres) de menacer la paix en déployant en orbite des armes capables de neutraliser tous les systèmes satellitaires d’un pays. Les trois grandes puissances tiennent les rôles principaux de cette nouvelle (mauvaise ?) pièce de théâtre.

Le 24 août (jour anniversaire de la Saint-Barthélemy, ça ne s’invente pas…), la revue en ligne Space Daily publiait deux articles sur le sujet. On atteint des sommets (ou plutôt des profondeurs abyssales).

Dans le premier article, le CRS (Congressional Research Service), service de recherche du congrès américain, accusait la Chine et la Russie de se livrer dans l’espace circumterrestre à des activités susceptibles de mettre en péril la sécurité nationale des USA et de ses alliés, en développant tout un arsenal d’armes spatiales offensives. Et de citer la panoplie connue : brouilleurs, lasers, armes cinétiques antisatellites, armes nucléaires actionnées dans l’espace et cyberattaques, avant de conclure : "la supériorité militaire spatiale américaine n’est plus garantie".

Le plus amusant (si l’on peut dire), c’est que le rapport du CRS, sans faire état des armes dont disposent les Américains, stipule que de nombreux états et entités internationales, dont l’Otan, ont déclaré l’espace "domaine de guerre", malgré l’existence de divers traités et accords supposés toujours en vigueur et promouvant l’espace comme "domaine de paix". Qu’en des termes galants ces choses-là sont dites… Au fait, qui dirige l’Otan ?... Comme quoi là encore, c’est le premier qui dit qui est.

Le second article annonçait que le Pentagone se préparait à "dévoiler et démontrer des armes spatiales hautement classifiées". Tiens donc, les USA possèdent aussi des armes spatiales ? Faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais… Le "show" devait avoir lieu en août, mais a été reporté suite aux événements en Afghanistan. La démonstration porte sur une arme secrète capable de détruire un satellite et sur la nature de laquelle les experts se perdent en conjectures : laser terrestre mobile, brouilleur de proximité monté sur satellite, système micro-onde, voire arme cinétique (moins probable semblerait-il) ? Sans oublier la mystérieuse petite navette autonome X-37B opérationnelle depuis une dizaine d’années et dont on ne sait toujours rien en termes de mission. A noter que les Chinois développent la leur, et que les Russes n’en ont pas (mais peut-être n’en ont-ils pas besoin ?).

D’après John Hyten, chef d’état-major interarmées adjoint, "la dissuasion ne se produit pas dans le monde classifié ; elle n’a pas d’effet dans le noir, mais dans le blanc". Autrement dit : si vous voulez vraiment dissuader, étalez au grand jour ce dont vous êtes capable. C’est une position qui se défend, mais qui, on s’en doute, a aussi ses détracteurs. Et le monde retient son souffle dans l’attente de cette démonstration destinée à impressionner la Chine et la Russie : Qui c’est qui est le plus fort dans l’espace, hein, qui c’est ?…

La Chine et la Russie se sont toujours opposées aux plans américains de déploiement dans l’espace d’armes offensives, et le ministre des affaires étrangères russe Sergei Lavrov pense qu’il y a encore une chance d’arriver à un accord destiné à parer une confrontation militaire dans l’espace : les deux nations avaient déjà proposé en 2008 un traité dans ce sens, mais les USA l’avaient rejeté en le traitant de "stratagème diplomatique visant à acquérir un avantage militaire". Il est vrai que la ni Chine, ni la Russie ne sont des novices en termes de militarisation de l’espace…

Derrière toutes ces grandes déclarations des trois superpuissances, on finit quand même par avoir l’impression que ça les titille quelque peu d’appuyer sinon sur la gâchette, du moins sur le bouton… Au fond, tout se passerait là-haut, pas directement sur Terre, alors pourquoi une petite guerre des étoiles ? Elle nous offrirait l’opportunité unique de mettre en œuvre et de tester les technologies les plus modernes, et tout ça sans faire de victimes au sol (enfin… dans un premier temps).

Compte tenu de l’importance désormais vitale de l’espace dans nos économies et même dans nos vies quotidiennes, il était inévitable qu’il devienne le nouvel enjeu militaire. C’est la raison pour laquelle les gouvernements devraient faire preuve d’un peu plus de maturité en évitant ces enchères de rodomontades qui confinent parfois à un infantilisme dangereux.

Une chance que les sons ne se transmettent pas hors atmosphère : cela nous empêche d’entendre tous ces bruits de botte…

 

 

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