La gestion des projets complexes

Le blog de Rodolphe Krawczyk

Les défis qui nous attendent ou Sisyphe revisité

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Les défis qui nous attendent ou Sisyphe revisité
Les catastrophes sont probables, autant s'y préparer
© Frédéric GIROU / MAXPPP

Il semble que l'être humain soit condamné à relever sans cesse de nouveaux défis : faut-il sombrer pour autant dans le désespoir ?

La pandémie actuelle a jeté la panique dans de nombreux pays : les gouvernements déboussolés prennent pour l'enrayer des mesures qui se révèlent souvent inefficaces, les économies s'enfoncent presque chaque jour un peu plus avec à la clé des centaines de milliers d'emplois détruits, et les problèmes psycho-sociaux explosent, submergeant les cabinets de "psy"… Alors, doit-on se suicider en masse pour échapper au pire dont on prétend toujours qu'il est à venir ? Il ne s'agit pas de minimiser la gravité d'une pandémie qui a déjà tué plus de 2 millions de personnes dans le monde. Mais il serait bien, quelquefois, de prendre un peu de recul… Sans pour autant baisser la garde.

Tout d'abord, force est de constater que les informations dont nous sommes largement abreuvés ont tendance à ne considérer la plupart du temps que les données les plus pessimistes, interprétées de façon parfois erronée : j'avais dénoncé cette dérive dans un billet de ce blog paru en septembre 2020 'Les manipulations anxiogènes des chiffres de la COVID-19". Et lorsqu'on s'intéresse au paradoxe de Simpson (un phénomène observé dans plusieurs groupes semble s'inverser lorsque les groupes sont combinés, du fait de la non prise en compte de variables non indépendantes ou de différences d'effectifs entre les groupes[1]), on est en droit de se poser quelques questions sur la gravité systématique des chiffres "choisis" qu'on nous donne.

Les conséquences économiques d'une telle pandémie sont inéluctables, mais doivent-elles être amplifiées par le comportement erratique des bourses mondiales, réagissant à tout type d'information sans la moindre analyse sérieuse, et qui justifierait qu'on les ferme chaque fois qu'elles "s'affolent", ce que j'avais expliqué dans un billet paru en mai 2020 "Grandeur et décadence de la Bourse". Malheureusement, pour le moment, l'hystérie des traders n'est pas près de "calmer le jeu", la hausse vertigineuse du cours des actions des laboratoires pharmaceutiques (du moins ceux qui réussissent dans la course au vaccin) excitant les appétits…

A la lumière de ces considérations, il serait logique de ne pas sombrer dans le catastrophisme et de regarder de façon plus objective (et sereine ?) les prochains défis qui nous guettent : car il y en aura d'autres… A commencer par le changement climatique qui fait actuellement davantage l'objet de buzz, selfies et grandes déclarations incantatoires que d'actions concrètes. Dans le même domaine, il faudra tôt ou tard affronter des virus inconnus libérés par la fonte du permafrost, accélérée justement par l'effet de serre. Une explosion volcanique majeure comme celles survenues avant (et même après) l'apparition de la vie sur Terre pourrait balayer notre civilisation en créant un hiver volcanique. On découvre de plus en plus d'astéroïdes dont certains pourraient un jour percuter la Terre. L'orage magnétique dû à une éruption solaire de grande ampleur pourrait paralyser toutes les communications et réseaux électriques terrestres…

Chacun de ces défis représente un projet complexe, d'une complexité très supérieure à celle des plus grands projets techniques des 20° et 21° siècles, et qui mobilisera toute l'humanité, forcée de s'accorder sur les moyens à mettre en œuvre pour les relever. Ce qui n'est pas gagné, comme on l'a vu pour la COVID-19… L'agnostique que je suis se prend parfois à imaginer qu'un dieu nous met à l'épreuve, et que chaque nouvelle crise est un test qui permet de vérifier si l'humanité est digne de survivre… Par ailleurs, il est vrai que par nature, l'humain a tendance à se créer des problèmes quand il n'en a plus à résoudre. Il y a quelques années, un ouvrage était paru sur l'idée que les guerres surgissent quand l'être humain s'ennuie : ce n'est certes pas aussi simple, mais ce n'est pas totalement dénué de fondement.

Dans l'histoire de l'humanité, rares sont les périodes sereines à l'échelle de la planète : il semble que cette histoire soit faite de défis constants, que l'homme se plaît à relever… même si c'est toujours dans la douleur…

Nous avons donc deux options :

- continuer sur la mauvaise pente dont la crise sanitaire actuelle ne nous a visiblement pas aidé à tirer les leçons, et s'imaginer à chaque fois que ce sera la dernière calamité (tout comme la 1e Guerre Mondiale était censée être la der des ders…)

- ou accepter le fait que l'avenir ne sera jamais rose (dans un style hugolien, on pourrait dire "après la catastrophe, une autre catastrophe"…) et que nous devrons, pour survivre, coopérer davantage que nous ne l'avons fait, nous convaincre que nous pouvons et devons le faire, et, surtout, prendre lors de chaque crise le recul nécessaire à une analyse objective de la situation, aussi critique soit-elle…

Comme l'avait si bien écrit Camus: "La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d'homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux".



[1] Je recommande à ce sujet la vidéo suivante où le paradoxe de Simpson est appliqué à la COVID-19: https://www.youtube.com/watch?v=t-Ci3FosqZs

 

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