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La gestion des projets complexes

Le blog de Rodolphe Krawczyk

Le tropisme de l'échec dans les projets complexes

Publié le

Le tropisme de l'échec dans les projets complexes
© Rodolphe Krawczyk

Les difficultés inhérentes au développement d'un projet complexe se traduisent par des phases de découragement qui font oublier que, finalement, la plupart des grands projets aboutissent et produisent souvent des résultats qui vont bien au-delà de ce qui avait été prévu.

Ayant travaillé sur plusieurs projets spatiaux relativement complexes, j'ai constaté maintes fois les accès, sinon de désespoir, du moins de "déprime" des équipes, parfois lors des réponses aux appels d'offres, mais surtout dans le cadre du déroulement du programme. Et je dois dire que moi-même n'y ai pas toujours échappé, bien que l'âge aidant, je sache prendre un peu plus de recul qu'autrefois…

A l'enthousiasme du début (quand le planning est encore tenu, c'est-à-dire pendant très peu de temps à vrai dire, surtout dans le spatial :-) ) succèdent les premières désillusions et, au bout de quelques mois, les premiers comportements qui mêlent abattement et résignation: il est vrai que la lourdeur des processus industriels ne favorise pas la sérénité, et les plannings illusoires (dont j'ai parlé dans un blog précédent "La fin de la soumission au dieu planning?") ne poussent pas non plus à l'optimisme… Les expressions du style "On n'y arrivera jamais", "De toute façon, le client sait très bien qu'on ne tiendra jamais le planning" (ce qui n'est pas faux…), "On va dans le mur" fleurissent et jalonnent les phases de développement de ces grands projets. C'est normal parce que c'est humain… Et dans ces situations, je repense à cette histoire (russe): Un pessimiste et un optimiste se rencontrent; le pessimiste déclare d'un ton désespéré "Ça ne peut pas aller plus mal!" et l'optimiste lui répond tout joyeux: "Mais si, mais si!!!".

J'ai pu constater une tendance naturelle à se focaliser sur les problèmes et à perdre de vue l'objectif, ou plus précisément la finalité du programme (généralement passionnante voire fascinante dans le monde du spatial). Les réunions d'avancement périodiques (qu'on serait parfois tenté d'appeler réunions de non-avancement tant les progrès semblent minces par rapport aux précédentes réunions) sont un catalyseur de ces sentiments de "blocage", où la résolution d'un problème nécessite la mise en place d'une commission impliquant plusieurs participants de métiers différents y compris chez le client: dans un système, "tout interagit avec tout", et du fait de cet effet domino, rares sont les solutions "locales" permettant de pallier une difficulté sans que la chaîne fonctionnelle n'en soit affectée. En d'autres termes, en ingénierie système, rien n'est jamais "gratuit", et une solution "miracle" cache le plus souvent le transfert du problème d'un sous-ensemble ou équipement à un autre sous-ensemble ou équipement, au prix d'une complexité accrue… Ce qui explique, dans ces grands projets, le temps passé en réunions…

Et c'est là encore qu'intervient la dimension culturelle mentionnée dans plusieurs de mes blogs précédents: notre cartésianisme français et notre esprit système (si envié, mais tout aussi décrié, par nos confères d'Outre-Rhin), nous amènent à analyser en profondeur non seulement le problème lui-même, mais les conséquences de son contournement. L'aspect positif est évident: cette approche diminue les risques d'être passé à côté d'un autre problème; mais elle contribue à renforcer cette sensation de paralysie ou d'excessive lenteur typique des grands programmes.

Et pourtant, que de succès littéralement fracassants!!!! Dans ma profession, des réussites comme l'envoi de sondes sur des comètes, ou les mesures physiques depuis l'espace pour l'amélioration de notre qualité de vie ou la prévention de catastrophes naturelles, pour n'en citer que quelques-unes, sont la preuve tangible de la nécessité de ces années de "dur labeur" par lesquelles il a fallu passer pour obtenir ces résultats dont nous bénéficions tous.

Le côté ambitieux des projets complexes, jugé parfois même un peu fous (le pari d'amener des hommes sur la Lune avant 1970 en était un!), est aussi ce qui nous pousse à donner le meilleur de nous-mêmes, et la phase de "construction", aussi laborieuse soit-elle, ne doit pas nous faire oublier que nous arrivons toujours au bout du tunnel.

En cette fin d'année un peu morose, tâchons de garder en mémoire cette phrase d'André Gide: "Les choses les plus belles sont celles que souffle la folie et qu'écrit la raison".

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