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La gestion des projets complexes

Le blog de Rodolphe Krawczyk

Le modèle américain spatial est-il transposable à l'Europe?

Publié le

Le modèle américain spatial est-il transposable à l'Europe?
© SpaceX

Nous devons prendre le train du New Space, ASL devra concurrencer SpaceX… intentions légitimes et louables, mais… sont-elles réalistes?

 

Le dernier numéro d'Air et Cosmos (01/02/18) présente une interview très intéressante de Bernard Deflesselles: pour que l'Europe conserve son rang de grande puissance spatiale, il préconise un changement de mentalité au travers d'une "véritable réflexion de conquête".

Ce qui revient à prendre des risques…Si je souscris entièrement à ce qu'a dit le député LR des Bouches-du-Rhône, je dois reconnaître que j'éprouve quelques réserves sur le succès final de cette motivation. Non pas que les Européens soient moins capables que les Américains en termes de prouesses techniques, mais le nouveau paradigme du New Space, incarné en particulier par Elon Musk et "son" SpaceX, n'est pas que technique…J'ai à plusieurs reprises dans des blogs précédents évoqué la difficulté que nous avons en Europe à accepter les risques, notamment du fait du différentiel culturel avec nos collègues d'outre-Atlantique…

Le dernier exemple de OneWeb, dont le coût du segment spatial a pratiquement doublé par rapport à l'estimation initiale, est là pour rappeler que les coûts des grands projets ne se décrètent pas… Il n'y a pas de définition formelle du New Space, chaque industrie du spatial peut donner la sienne, mais elles ont toutes deux dénominateurs communs:

  • la volonté de produire moins cher,
  • et pour cela, accepter les risques: c'est en cela que les Américains, par leur culture, ont plus qu'une longueur d'avance sur nous…

Alors, faut-il absolument s'efforcer d'imiter les Américains là où l'excellence technique n'est pas le facteur déterminant de réussite d'un programme? Si l'on regarde les succès passés de l'Europe face aux USA dans le domaine aérospatial, il y a eu Airbus, Ariane, Meteosat, et plus récemment Galileo, Rosetta et Aeolus[1]: ces programmes ont certes coûté très cher, mais ils n'auraient jamais pu être menés à bien avec une approche "low-cost" caractéristique du New Space. Faut-il en avoir honte? Ne devrait-on pas au contraire revendiquer une certaine fierté et une certaine légitimité d'être capable d'accomplir de véritables exploits tout à fait comparables, sinon supérieurs, à ceux de nos collègues américains? Là où la performance est fondamentale et induit une complexité génératrice de coûts élevés, nous pouvons rivaliser avec les autres grandes puissances spatiales.

Je vois déjà poindre le premier contre-argument facile et ô combien éculé, maintes fois entendu lors de conférences sur les satellites, de la Rolls qu'on proposerait quand le client se contenterait d'une 2CV… Mais oui, c'est bien connu! Les ingénieurs se font plaisir à faire compliqué quand on peut faire simple.. Alors, la NASA se serait-elle complètement fourvoyée à faire le JWST, successeur du Hubble à 10 Md$, alors qu'on aurait pu réaliser la même mission pour beaucoup moins cher? et pourquoi pas avec des nanosatellites?...

Et bien sûr arrive le second contre-argument: la compétitivité financière, le toujours "moins cher", l'obsession de la prise de commandes… Celui-ci est d'autant plus difficilement réfutable que derrière lui se devine l'aspect social et la création (ou la destruction) d'emplois… Mais d'une part un programme comme Ariane n'est pas déficitaire (certes, il bénéficie d'un support financier de l'ESA mais les commandes pharaoniques du gouvernement américain auprès de SpaceX équivalent largement à une subvention) et d'autre part, des satellites scientifiques ou des sondes spatiales n'ont pas pour vocation d'engranger des profits mais de développer les connaissances… (qui elles-mêmes, en permettant par exemple de mieux connaître la physique de notre univers, contribuent aussi à l'amélioration de nos conditions de vie).

Je ne prétends pas qu'il faille dorénavant se cantonner au "sur mesure de luxe" où nous excellons, nous ne sommes plus à l'époque des "chèques en blanc"… Réduire les coûts, c'est aussi créer l'opportunité de lancer davantage de projets à iso-budget, donc tout effort dans ce sens est louable, mais de là à en faire un mantra psalmodié dans tous les congrès spatiaux sous l'étendard du New Space, n'est-ce pas un peu futile et surtout propre à émousser à la longue l'énergie créatrice des Européens (et nous les Français en particulier), plus aptes à relever les défis (les "challenges"!) techniques que financiers?

On a déjà vu par le passé les impasses où les Américains nous ont menés parce que nous avions voulu les suivre (le premier missile de croisière avait été développé en France peu après la 2° Guerre Mondiale, et testé avec succès au Sahara, puis abandonné au profit des missiles balistiques en silo ou en sous-marin qui étaient la voie prise par les USA), souhaitons que le spatial en Europe n'aie pas un jour à payer le prix fort de s'épuiser à vouloir faire des coûts faibles "à l'américaine"…

 

 

 



[1] premier lidar vent spatial au monde mis en orbite en 2018

 

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