La gestion des projets complexes

Le blog de Rodolphe Krawczyk

Le cerveau humain sur puce : nouveau Graal et naufrage intellectuel

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Le cerveau humain sur puce : nouveau Graal et naufrage intellectuel
© Pixabay/Geralt

Les progrès technologiques permettent d'entrevoir d'ici à quelques années les premiers cerveaux artificiels, but ultime de nombreux chercheurs… Avec un demi-siècle de retard, bienvenue chez Orwell !

Dans la revue en ligne Space Daily, en mai et juin dernier, je suis tombé (non sans douleur…) sur trois articles dont le contenu s'est révélé aussi prometteur qu'inquiétant (comme dans tout progrès technologique) ; leurs titres se passent de traduction:
- The concept of creating brain-on-chip.
- Engineers put tens of thousands of artificial brain synapses on a single chip.
- Researchers discover unique material design for brain.

Voilà de quoi réjouir le prophète de l'immortalité Eric Schmidt, qui rêve de voir son cerveau transféré sur un réseau neuronal artificiel pour que son intellect puisse survivre éternellement après sa mort (plus exactement, après la destruction de son enveloppe corporelle…).

Le premier article émane d'une équipe internationale (Russes, Italiens, Chinois et Américains) travaillant sur des puces neuro-hybrides appelées memristors, basées sur les technologies neurocellulaires et microfluidiques, et destinées à être montées dans des biosenseurs compacts et des neuro-prothèses. Le concept peut s'étendre à une classe plus générale de systèmes neuro-hybrides appliqués à la robotique, l'intelligence artificielle et la médecine personnalisée. L'objectif est certes louable…

Le deuxième article vient du célèbre MIT dont les ingénieurs ont conçu un cerveau sur puce (de la taille d'un confetti), constitué de dizaines de milliers de memristors qui se comportent comme de véritables synapses humaines, et qui traitent les informations en imitant les processus de l'architecture cérébrale humaine. A terme, le MIT envisage de créer des ordinateurs portables qui n'auraient plus besoin de connexion à des super-ordinateurs, internet ou les clouds… en particulier pour la reconnaissance d'images: objectif louable, mais discutable…

Le troisième article vient d'un laboratoire de recherches de l'US Army qui travaille lui aussi sur le développement de matériaux neuromorphiques, offrant des performances de calcul et de mémorisation très supérieures à celles des transistors en termes de consommation électrique, et donc adaptés pour des tâches complexes de classification et de traitement de données, conduites suivant des modèles de calcul analogues aux processus cognitifs humains. Et le laboratoire de conclure que disposer d'un ordinateur qui se comporte comme un cerveau humain serait très utile au… combattant. No comment…

J'avais déjà évoqué, dans un article de ce blog paru en mars dernier "La numérisation de la structure mentale: un nouveau paradigme?", ma crainte d'une certaine forme de décérébration rampante due à l'avènement de "la machine"… J'étais loin du compte… Car en parallèle de la montée de la numérisation et de ses supports (ou suppôts ?) que sont l'intelligence artificielle et bientôt les cerveaux artificiels, on constate une baisse à lire l'entretien de Didier Raoult paru le 24/06/18 dans Le Point; pour lui, la cause est simple : plus d'écrans et moins de lecture ; je le cite :
- La visualisation massive des écrans entraîne des modifications cérébrales visibles, avec une diminution de l'épaisseur de la matière grise dans certaines zones du cortex, en particulier celle liée à la communication interhumaine et celle liée à la compréhension.
- En revanche, la lecture entraîne des réseaux neuronaux multiples et augmente l'intelligence.
Voilà qui est aussi concis que convaincant…

Nous assistons en fait à un transfert des schémas de construction intellectuelle du naturel vers l'artificiel: ce transfert est progressif, mais continu et surtout consenti, voire ardemment désiré par tous les adeptes de la gadgétisation qui est l'une des facettes, apparemment anodine car ludique, mais ô combien dangereuse, de la numérisation. L'intelligence artificielle (et sous peu les cerveaux artificiels) seront nécessaires parce qu'on les aura rendus nécessaires pour suppléer à notre appauvrissement intellectuel…

Il n'est pas loin le temps où l'ordinateur pourra déclarer: "Quand je vois ce que je vois, que j'entends ce que j'entends et que je sais ce que je sais, j'ai raison de penser ce que je pense"… et il pourra même rajouter: "Ne vous en déplaise, chers humains, car aujourd'hui, c'est moi qui pense et pas vous"…

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