La gestion des projets complexes

Le blog de Rodolphe Krawczyk

La nouvelle guerre des étoiles: adieu l'humain?

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La nouvelle guerre des étoiles: adieu l'humain?
© Rodolphe Krawczyk

La sophistication croissante des moyens de communication et de commandement des armées, appliquées à la nouvelle guerre des étoiles vers laquelle le monde se dirige à grands pas, laisse augurer un avenir où l'humain n'aura plus sa place…

L'espace était considéré il y a moins d'une décennie, un peu comme l'Antarctique, un endroit sacré où l'humanité ne devrait jamais y exporter ses conflits, une zone de paix absolue en quelque sorte… Je ne suis pas sûr que l'Antarctique ne soit pas l'objet de quelques bras de fer politico-économiques, mais ils n'ont pas encore pris, pour des raisons toutes simples liées aux conditions climatiques extrêmes et à l'éloignement, des proportions inquiétantes (ce qui n'est pas le cas de l'Arctique, du fait de sa richesse en gisements d'hydrocarbures que le réchauffement de la planète rendra plus accessibles…).

Par contre, il a suffi de quelques opérations pudiquement appelées "essais" de pays comme les USA (tirs d'un missile antisatellite depuis un avion de chasse), puis la Chine (destruction en orbite d'un satellite), puis l'Inde (également destruction en orbite d'un satellite) et enfin la Russie (tir d'un missile antisatellite depuis le sol, satellite espion manœuvrant pour inspecter les satellites des autres pays, ce que font aussi les Américains, mais de façon beaucoup moins médiatisée…), pour que l'espace soit annoncé officiellement comme le champ de bataille d'une éventuelle prochaine guerre mondiale, et cela sans qu'aucun état, y compris parmi ceux qui prônaient la sanctuarisation de l'espace, affiche la moindre réserve ni la moindre pudeur quant à cette militarisation qui se développe à marches forcées, chaque ayant beau jeu de dénoncer l'intrusion d'un autre… (ce qui, d'ailleurs, est vrai, mais l'intrus a aussi beau jeu de dire qu'il agit suivant le principe vieux comme le monde du "Si vis pacem, para bellum"…).

De même que la seconde guerre mondiale a démontré que celui qui avait la maîtrise aérienne avait toutes les chances de dominer son adversaire, au XXIe siècle, c'est celui qui maîtrise l'espace qui est sûr de l'emporter, entre autres parce que la plupart des communications et des informations militaires passent par l'espace: la destruction de l'infrastructure spatiale d'un pays le rendrait en quelque sorte aveugle et sourd à toute menace. Ce qui justifie cette course à la défense spatiale dont les USA se sont fait les promoteurs avec la toute récente création de la fameuse United States Space Force tant chérie par leur président.

Là où ce petit jeu de dominant-dominé commence à devenir dangereux, c'est que:
il ne suffit pas de se défendre, il faut aussi pouvoir neutraliser l'agresseur; et quand en langage militaire, on parle de "neutraliser", on sait ce que cela peut entraîner, inutile de faire un dessin;
- une réaction rapide est donc une des clés du succès de la neutralisation;
- pour s'affranchir de la menace, puis identifier l'agresseur et enfin le contrer avec les moyens "adéquats", on imagine aisément les quantités gigantesques de données qu'il faudra traiter en temps quasi-réel;
pour cela, la seule solution est de recourir à l'Intelligence Artificielle (IA), elle seule étant capable de trier rapidement le flot d'informations et d'aider à prendre la ou les "bonne(s) décision(s)".

Aider à prendre? ou prendre? Nous y voilà: les nations arc-boutées sur la militarisation de l'espace (principalement les quatre pays dont j'ai mentionné les tests au début de cet article) sont clairement en passe (et ils l'annoncent!) de supprimer l'humain dans la boucle de ces systèmes complexes de communication et de commandement, par crainte de ne pas réagir assez vite en cas d'intrusion (laquelle n'est pas forcément une attaque…)… J'avais déjà évoqué le danger à vouloir supprimer le rôle de l'humain dans les systèmes complexes dans un article de ce blog paru en avril 2019 "L'humain dans la boucle des chaînes complexes: perturbateur ou nécessité?". Avec la nouvelle guerre des étoiles, on passe à une autre dimension, que je mettrai en perspective simplement à l'aide de deux anecdotes révélatrices:
- En janvier dernier, des algorithmes d'IA utilisés dans l'analyse d'images du satellite Ceres de Saturne ont révélé des artefacts: une structure carrée dans une structure triangulaire située dans un cratère… Comme quoi les limites de l'IA existent…
- En 1983, un officier soviétique en poste sur une base d'alerte proche de Moscou s'est délibérément abstenu de déclencher une riposte nucléaire à ce qui avait été interprété de prime abord par les systèmes de détection russes comme un tir de missiles américains vers l'URSS; l'officier avait eu des doutes (salvateurs…): les satellites russes avaient en fait confondu la réflexion du soleil sur les nuages avec l'énergie dégagée par des missiles lors de leur décollage…

La légitimité de l'amélioration des processus complexes, qui passe inexorablement par la diminution de l'intervention humaine, ne devrait pas aller jusqu'à sa suppression totale dans la boucle: il y a un côté paradoxal à vouloir développer des outils de plus en plus performants pour aider l'humain, mais quand ils finissent par prendre sa place, on finit par se demander si l'humain ne va pas purement et simplement disparaître, au premier sens du terme…

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