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La gestion des projets complexes

Le blog de Rodolphe Krawczyk

L'obstination dans l'erreur : un mal français?

Publié le

L'obstination dans l'erreur : un mal français?
© Rodolphe Krawczyk

L'erreur est humaine, c'est bien connu: mais persister dans l'erreur quand celle-ci est devenue patente ne relève plus de la simple humanité…

En 40 ans de carrière, j'ai connu des dizaines de réorganisations et de mises en place d'instruments "performants", toutes censées améliorer notre efficacité, voire nos conditions de vie au travail. Il s'est avéré que l'objectif visé a été très rarement atteint, quand ce n'est pas le contraire qui se produisait: j'ai à plusieurs reprises dénoncé dans ce blog la complexité croissante des modèles et outils tant de simulation que de gestion, complexité entraînant naturellement une perte d'efficacité… Mais quand on s'en aperçoit, rares sont ceux qui osent faire marche arrière, ne serait-ce que provisoirement… Une exception notable : le fameux logiciel Louvois de paie des armées, développé en 1996 et toujours défaillant en 2013 (certaines familles de militaires n'étaient plus payées depuis 6 mois): il a finalement été "stoppé" en 2013 par Jean-Yves Le Drian, alors Ministre de la Défense depuis à peine quelques mois, et qui avait affiché une position courageuse! Il avait cependant fallu attendre 17 ans pour arriver à la seule décision logique qui s'imposait…

Pourquoi la reconnaissance de notre erreur est-elle si rare ? J'ai, dans ce blog, souvent insisté sur l'importance de la dimension culturelle dans nos comportements en entreprise et notre façon de traiter les problèmes rencontrés quotidiennement dans nos métiers.  Là encore, j'ai tendance à penser que notre cartésianisme joue son rôle… mais pas seulement: auprès des autres nations, les Français passent pour arrogants; je ne discuterai pas cette réputation discutable, mais loin d'être sans fondement : beaucoup d'entre nous semblent avoir gardé dans une sorte d'inconscient collectif une certaine nostalgie d'avoir été la première nation du monde… Cartésianisme et arrogance font que, même si nous nous rendons compte d'une erreur, nous ne l'admettons pas… et donc nous ne la reconnaissons pas.

J'ai connu un directeur d'établissement déclarant, lors de la présentation d'une nouvelle énième réorganisation, que tous les avis des collaborateurs avaient été pris en compte (ce dont il était permis de douter…), que cette réorganisation était donc parfaite et que dorénavant 'il ne faudrait plus lui mettre sur le dos les difficultés que nous aurions à faire notre travail… Bien sûr, cette énième réorganisation n'a pas été plus pérenne que les autres…

Les effets délétères d'une telle obstination sont d'une évidence flagrante, surtout quand on est confronté à l'approche américaine du "Try and fail" dont l'une des conditions de réussite est la reconnaissance de ses erreurs: le succès de SpaceX en est un exemple manifeste, même si la société se retrouve actuellement confrontée à des problèmes auxquels la mégalomanie d'Elon Musk n'est pas étrangère: celui-ci avait néanmoins reconnu lors du développement de ses premiers lanceurs qu'il en avait sous-estimé les difficultés.

Nous sommes cartésiens, nous sommes (ou nous nous croyons) supérieurs aux autres, nous ne pouvons donc nous tromper. Par conséquent, nous n'avons pas (ou plus) le droit à l'erreur… Ce qui explique, joint à notre aversion du risque qui a fait l'objet de plusieurs articles de ce même blog, la réticence des banques françaises à soutenir financièrement nos jeunes entrepreneurs dont beaucoup préfèrent traverser la Manche quand ce n'est pas l'Atlantique…

Sans aller jusqu'à changer de culture, ce qui prendrait au moins une génération, il serait opportun, en particulier dans les grandes entreprises tout comme les grandes administrations, et surtout dans le cadre d'une concurrence exacerbée à tous les niveaux, notamment international, d'adopter face à nos erreurs une attitude plus mature et plus responsable que l'obstination qui consiste in fine à les nier: ceux qui sont à l'origine de ces erreurs y gagneraient en crédibilité (et en reconnaissance, suivant l'adage bien connu "Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis", qu'un certain San Antonio avait transformé, avec son humour violent, en "L'obstination, c'est la volonté des c…").

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