La gestion des projets complexes

Le blog de Rodolphe Krawczyk

L’innovation est le Rubik’s Cube du management moderne

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L’innovation est le Rubik’s Cube du management moderne
Innover, c'est parfois s'appuyer sur des technos existantes comme l'a fait Space X
© SpaceX

L’innovation est désormais le Graal de la compétitivité de nos entreprises : sans elle, point de nouveau projet. Mais ses facettes sont multiples et riches d’enseignement.

L’innovation est aujourd’hui l’un des termes les plus utilisés dans nos entreprises. Cela se comprend d’autant mieux que dans un contexte de compétitivité exacerbée par la mondialisation, l’innovation est devenue l’une des clés fondamentales de la réussite industrielle. Et donc tout le monde parle d’innovation… Que dis-je, « parle » ! L’innovation semble s’être muée en une entité métaphysique dont tout le monde cherche à percer les mystères.

Certains veulent la structurer, ce que j’avais critiqué dans ce blog en septembre 2018 (Le management de l'innovation… un nouvel oxymore ?). D’autres l’invoquent au nom de la « disruptivité », mode que j’avais étrillée aussi dans ce blog un an plus tard (Détruisez, détruisez, il en restera toujours quelque chose).

Mais ce n’est pas tout. Chaque mois fleurissent des articles sur la meilleure façon d’innover. La une de la revue "Business Digest" d’octobre 2020 était intitulée : 'Stratégie d’« imovation ». Quand l’imitation repousse les frontières de l’innovation'. Y étaient mentionnées trois « success stories » :

- Walmart : « Presque tout ce que j’ai fait, je l’ai copié de quelqu’un d’autre », avait déclaré son fondateur Sam Walton. Je précise cependant que ce succès repose sur une politique salariale pour le moins discutable: il y a quelques mois (avant la Covid), les employés avaient manifesté auprès des clients en leur demandant de les aider à boucler leurs fins de mois juste pour pouvoir s'acheter de quoi manger (information transmise par mon fils qui vit aux USA et dont je n'avais pas eu connaissance par nos media).

- iPod, iPhone, iPad : Apple n’a effectivement rien inventé en termes de technologies révolutionnaires, mais a su tirer parti de celles qui existaient en les combinant de façon « intelligente ».

- Ryanair : Son PDG Michael O’Leary avait avoué avoir tout bonnement recopié (en l’améliorant tout de même) le modèle de Southwest Airlines.

Innover, chez SpaceX, c'est aussi réutiliser

Dans ce registre, on peut aussi mentionner SpaceX. Elon Musk a développé le lanceur Falcon sur la base du moteur Merlin (en open source de la NASA) qu'il a simplement adapté. Il ne s'est surtout pas lancé dans le développement d'un nouveau moteur. C'est ce qu'avait fait remarquer Robert Lainé, directeur technique d'Astrium, lors d'une mission CNES/ESA/Arianespace envoyée aux USA pour comprendre le « miracle » de SpaceX, en rajoutant qu'en Europe, on aurait dépensé des centaines de millions d’euros pour développer un nouveau moteur, alors qu'innover, c'est aussi savoir réutiliser ce qui existe…

Si l'on se rend compte qu'on peut encore construire sur les acquis du passé, tant mieux ! Souhaitons que ce ne soit pas un nouvel effet de mode cyclique et qu’après la « disruptivité » de notre décennie, les gourous du management ne reviennent pas au bon sens de la « réutilisation » pour mieux la rejeter après l’avoir sanctifiée pendant quelques années.

Quelle place pour les "bonnes idées" dans l'entreprise?

Et dans ce qui a trait à l’innovation, je tiens à évoquer un sujet dont je n’ai jamais entendu parler : celui de l’ombre parfois portée à son supérieur hiérarchique ou à ses collègues par l’innovateur. Dans nos entreprises, où le carriérisme est encore directement ou indirectement encouragé, la « bonne idée » n’est pas toujours bien perçue.

Indépendamment de l’aspect culturel qui nous pousse, nous Français, à identifier d’abord ce qui risque de ne pas marcher dans une bonne idée, ou simplement à s’en méfier parce qu’inévitablement, elle va un peu (ou beaucoup) perturber le ronron de l’ordre établi, j’ai constaté en plus de quarante ans de carrière à quel point il faut « se battre » pour faire accepter une innovation qui bouscule les habitudes. Si l’on ne rencontre en général aucun problème à poser un brevet technique, en particulier dans les entreprises de haute technologie comme celles du spatial (les dépôts de brevets y sont d’autant plus favorisés que la France n’est qu’en 5° position dans ce domaine, derrière les USA, l’Allemagne, le Japon et la Chine), il en va autrement lorsqu’il s’agit d’innovation dans les processus de fonctionnement et les outils de travail. Cette réticence ne se manifeste jamais frontalement, mais de façon discrète, par le classique « traînement des pieds », dans l’espoir que l’innovateur ne sera pas assez tenace pour faire accepter son idée.

L’innovation étant l’un des fleurons majeurs de l’expérience professionnelle, il est dommage que l‘on n’ait pas plus souvent à l’esprit cette jolie phrase de Gérard de Nerval : « L’expérience de chacun est le trésor de tous ».

Ces multiples facettes de l’innovation m’incitent à paraphraser Malou Moulis[1] : l’innovation est un énorme Rubik’s Cube sur lequel nous sautons de facette en facette dans le but d’en comprendre les rouages qui nous échappent.



[1] Ancienne hôtesse de l’air, auteure de « Ma vie est un labo et la vôtre aussi »

 

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