La gestion des projets complexes

Le blog de Rodolphe Krawczyk

L'importance des femmes dans les projets complexes

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L'importance des femmes dans les projets complexes
© Rodolphe Krawczyk

Ayant eu maintes fois l'occasion, au cours de ma carrière, de travailler avec des femmes sur des projets difficiles, j'ai pu apprécier la qualité de leur contribution et… déplorer qu'elles ne soient pas encore assez nombreuses dans notre monde industriel!

Le numéro de novembre du magazine National Geographic était consacré à la femme et à l'ampleur des contributions, dans tous les domaines, et en particulier scientifique, de femmes dont les compétences n'ont pas toujours, et de loin, été reconnues, quand elles n'ont pas été attribuées à leurs collègues masculins… Trois exemples révélateurs:

• Lise Meitner a découvert la physique de la fission nucléaire mais c'est son ancien collègue Otto Hahn qui a reçu le prix Nobel de chimie en 1944.
• Rosalind Franklin est la première à avoir photographié des fibres cristallisées d'ADN, mais ce sont James Watson, Francis Crick et Maurice Wilkins qui ont reçu le prix Nobel de médecine en 1962 sans mentionner sa contribution.
• Jean Purdy a réalisé le premier bébé éprouvette en 1978: jusqu'en 2015, la plaque commémorative où l'événement eut lieu mentionnait seulement ses collègues Robert Edwards et Patrick Steptoe, et ce malgré les protestations d'Edwards, qui reçut le prix Nobel de médecine en 2010 après la mort de Purdy et Steptoe.

Et l'on ne peut oublier l'histoire tragique d'Hypatie, philosophe, astronome et mathématicienne grecque d'Alexandrie, capable de construire des astrolabes et des hydromètres, mais assassinée pour ses connaissances en 415 de notre ère par des chrétiens.

Il est aujourd'hui reconnu que les femmes représentent seulement 30% des emplois en STEM (sigle anglais désignant les métiers de la science, de la technologie, de l'ingénierie et des mathématiques). Et pourtant… les articles du blog de Magali Anderson "la pétroleuse" sont révélateurs de ce qu'une femme peut accomplir dans l'industrie.

Je ne m'étendrai pas sur les qualités féminines aujourd'hui bien mieux connues (et reconnues) qu'il y a quelques décennies (et immortalisées avec autant de talent que de gouaille par Renaud dans sa chanson Miss Maggie). En plus de quarante ans de carrière, j'ai pu constater que le relationnel féminin est souvent très supérieur à son équivalent masculin: on a écrit que, les femmes donnant la vie, elles sont par nature peu enclines à la guerre, ce qui expliquerait que dans les échanges professionnels, elles recherchent moins le conflit… Même si l'explication est un peu réductrice (que dire des Amazones?), on ne peut nier qu'elle contient une part de vrai. Et je dois dire que mon meilleur chef de département a été une femme, remarquable à tous points de vue: elle avait d'abord dirigé un projet spatial terriblement ambitieux en termes de nouvelles technologies à développer, projet qu'elle avait mené jusqu'au bout avec brio, puis exercé des responsabilités hiérarchiques avec non moins de succès, du point de vue des compétences comme des rapports humains…

Bien sûr, comme toujours, il y a des exceptions (j'en ai connu quelques-unes: incompétence et/ou manque de relationnel, mais peu nombreuses); après tout, on rencontre aussi des hommes très brillants… :-)

Le but de mon article n'est pas de gloser sur des assertions somme toute peu nouvelles. Je voudrais seulement évoquer une qualité féminine que je n'ai jamais vue mentionnée et qui, dans le cadre des projets difficiles, constitue un atout majeur: la rigueur, oui, la rigueur, mais version féminine, c'est-à-dire la "vraie" rigueur qui se distingue du rigorisme en ce sens qu'elle applique (ou fait appliquer) les règles avec discernement, l'exception étant permise. Cette flexibilité dans la rigueur, c'est un peu la part d'humain qui s'oppose à la mise en œuvre "aveugle" de règles comme le ferait une machine… Dans les projets complexes, la rigueur est fondamentale, le rigorisme est suicidaire (j'avais écrit un article à ce sujet en octobre 2018 dans ce blog: Rigueur, Rigorisme, Régression: les 3 R de la gestion moderne). Je n'irai pas jusqu'à déclarer que les femmes sont rigoureuses et les hommes rigoristes, mais dans l'ensemble, j'ai constaté chez mes collègues masculins en général un certain manque de rigueur (lié à notre culture française: cartésianisme dans le raisonnement ne veut pas dire, loin s'en faut, rigueur dans l'application des règles et des processus), et, lorsque ce n'est pas le cas, le balancier va plutôt vers l'excès de rigueur… C'est peut-être pour cette raison que les femmes réussissent fort bien dans les métiers de la qualité: j'ai constaté l'apport déterminant de mes collègues féminines de la qualité dans tous les projets sur lesquels j'ai travaillé, elles ont su la plupart du temps, de par leur rigueur, ne pas s'arc-bouter sur des positions rigides et faire preuve de comportements constructifs où toute l'équipe y gagnait.

De là à dire que la gent féminine devrait être bien plus largement représentée dans les projets complexes, il n'y a qu'un pas que je franchis d'autant plus allègrement qu'Aragon lui-même avait lancé (il y plus d'un demi-siècle!) sa fameuse déclaration si joliment mise en musique par Jean Ferrat … Alors Mesdames, en plein avènement de l'empowerment, n'attendez pas un autre demi-siècle pour prendre le pouvoir!

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