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La gestion des projets complexes

Le blog de Rodolphe Krawczyk

L'engagement dans les projets complexes en entreprise

Publié le

L'engagement dans les projets complexes en entreprise

Le bon déroulement des projets complexes impose une organisation contractuelle rigoureuse où l'engagement tient une part prépondérante: mais qu'entend-on au juste par engagement?

 

Dans nos sociétés européennes, notamment dans le cadre des grands projets à haute valeur technique (ce qui est le cas bien sûr de l'aéronautique et du spatial, mais de façon générale de tous les projets obéissant à des règles d'ingénierie complexe), la répartition des tâches est décrite au moyen d'un organigramme technique où chaque fournisseur (partenaire ou sous-traitant) est responsable d'une activité définie par des fiches de tâches qui détaillent essentiellement les activités à mener et surtout les fournitures exigées pendant l'exécution de la tâche et en fin de tâche.

La définition technique de la fourniture attendue obéit à un jeu d'exigences appelées spécifications techniques, partie fondamentale du cahier des charges imposé au fournisseur: ce sont ces spécifications qui décrivent les performances attendues de la fourniture commandée (très souvent un produit)..

Le contrat qui accompagne le cahier des charges stipule la plupart du temps un engagement demandé au fournisseur, généralement formalisé par un tableau où le fournisseur précise, pour chaque exigence, si son produit sera conforme ou pas, c'est-à-dire si les performances de son produit seront ou non en accord avec celles spécifiées….

Et c'est là que les difficultés commencent…. A notre époque de compétition accrue caractérisée par une course aux prix bas (dont j'avais parlé dans un blog précédent "La pression financière: coûts bas à tout prix") tout en dérogeant le moins possible aux exigences du client, l'engagement devient un casse-tête quand ce n'est pas un cauchemar: le fournisseur essaiera d'être le plus possible "conforme" pour se donner les meilleures chances de remporter le contrat, tout en essayant de ne pas alourdir la facture… et donc avec une certaine prise de risques qui peut se révéler parfois dangereuse, voire catastrophique.

Car le mot "engagement" est compris, dans nos sociétés européennes, comme un engagement de résultats…. En d'autres termes, tant que les performances réelles du produit ne sont pas au moins égales à celles sur lesquelles s'est engagé le fournisseur, et qui sont donc presque toujours celles spécifiées pour les raisons données ci-dessus, le client est en droit de lui demander des efforts supplémentaires jusqu'à atteindre les performances attendues… Efforts qui se traduisent par des dépenses supplémentaires chez le fournisseur, lequel, s'il n'a pas les "reins solides", peut finir par déposer le bilan… et mettre ainsi tout le projet en péril, le recours à d'autres fournisseurs générant des dérives calendaires et financières au niveau du client (qui a donc tout intérêt à éviter la défaillance du fournisseur, mais ce n'est pas toujours aussi simple).

Cette approche entraîne une réticence compréhensible à l'engagement tous azimuts de la part des industriels, qui très souvent "borneront" leur engagement aux performances qu'ils sont sûrs d'atteindre: cela peut aller jusqu'à préférer prendre le risque de ne pas remporter le contrat face à des concurrents dont le niveau d'engagement sera plus important, que de faire faillite plus tard…

Les sociétés américaines adoptent une approche différente: dans leurs contrats, l'engagement est compris comme un engagement de moyens… Bien qu'un seul vocable change entre les deux approches, les conséquences sont bien plus significatives qu'il n'y paraît… Même s'il n'est probablement pas facile à un industriel qui a "failli" sur une performance de démontrer qu'il a mis en œuvre tous les moyens dont il disposait, il est évident que la pression du résultat est sans commune mesure avec celle à laquelle sont soumis les industriels européens… Et ceci explique qu'un industriel américain sera d'autant plus enclin à s'engager (au sens où il l'entend) sur une performance spécifiée, aussi difficile soit-elle, qu'il sait qu'il ne mettra pas pour autant la clé sous la porte s'il n'atteint finalement pas cette performance malgré tous les efforts déployés … Autrement dit: la démarche américaine favorise là encore la prise de risque… On n'en sort décidément pas : j'avais évoqué le différentiel culturel entre Américains et Européens dans un blog précédent "Les risques: une affaire de culture?" : force est de constater que l'approche contractuelle américaine est en cohérence totale avec leur culture du risque, et qu'elle favorise non seulement l'innovation, mais aussi le sens des réalités…

  • L'innovation parce que les industriels acceptent le jeu de toujours "viser plus haut".
  • Le sens des réalités parce qu'in fine il peut s'avérer que la performance spécifiée était inaccessible avec les technologies du moment.

Il faut noter aussi qu'en Europe et tout particulièrement en France, seuls les écrits comptent, tandis qu'aux USA, la parole donnée a valeur d'engagement, ce qui met en exergue une culture de la confiance, allant de pair avec celle du risque.

Cette acceptation de la performance dégradée chez les Américains se reflète aussi dans leur démarche "bottom-up", alors que les Européens en sont toujours au "top-down", c'est-à-dire une déclinaison des spécifications du niveau le plus haut au niveau le plus bas de l'organigramme technique, avec prise de marges à chaque étage, et en bout de chaîne des équipements parfois infaisables… mais dont l'infaisabilité n'est avérée que tardivement dans le projet, une fois qu'on a "usé le soleil", avec les effets qu'on peut imaginer sur le calendrier et les finances du projet…

Comme une fois de plus la dimension culturelle joue un rôle non négligeable dans ces démarches différentes, il est peu probable que nos sociétés européennes évoluent à court terme vers ce qu'on pourrait appeler une plus grande flexibilité contractuelle en termes d'obligations techniques. Souhaitons au moins que, dans le relationnel client-fournisseur, elles en prennent conscience suffisamment tôt pour "se ressaisir" avant qu'il ne soit trop tard. Pour cela, je ne peux m'empêcher de revenir à deux de mes maximes favorites (tant pis, elles sont archi-connues, mais elles sont si rarement mises en pratique…): "Où il y a une volonté, il y a un chemin" et "Le plus long voyage commence par le premier pas"…

 

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