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La gestion des projets complexes

Le blog de Rodolphe Krawczyk

L'acceptation des risques : cruel dilemme

Publié le

L'acceptation des risques : cruel dilemme
© Rodolphe Krawczyk

La mondialisation impliquant une concurrence accrue, elle se traduit par une course à la compétitivité, laquelle impose nécessairement une prise de risques de plus en plus fréquente par les entreprises, mais les risques sont-ils réellement acceptés, notamment dans les grands projets?

Dans un blog précédent sur la gestion des risques, j'avais mis en évidence les limites des méthodologies. Au-delà de la caractérisation quantifiée des risques, qui est déjà un problème en soi, je me suis rendu compte, au cours de ma carrière, qu'il y avait un fossé important entre la décision de prendre un risque et l'acceptation de ses conséquences, et cela dès même la prise de décision. Je vais illustrer cette apparente antinomie par un exemple précis et très actuel, tiré du monde du spatial.

Depuis qu'Elon Musk a révolutionné avec SpaceX la conception des lanceurs (notamment par les méthodes de travail), il se passe rarement un jour sans que le New Space ne soit évoqué (un peu sur le mode incantatoire): or, il n'existe pas de définition gravée dans le marbre du New Space (Wikipedia parle d'une nouvelle philosophie…) et chaque entreprise est en mesure de définir "son" New Space, l'objectif final étant de faire moins cher et si possible plus vite, en simplifiant les processus et en achetant des produits moins chers. Cette approche du type "bottom-up" n'est pas sans rappeler le célèbre Better-Faster-Cheaper: celui-ci avait relégué les équipes de développement de satellites complexes au rang de calculateurs ringards genre Shadocks qui faisaient compliqué parce qu'ils ne savaient pas faire simple… On connaît la suite et les échecs de missions (comme la sonde martienne Beagle de l'ESA conçue suivant ce précepte) dont le retentissement a sonné le glas du Better-Faster-Cheaper… lequel semble renaître de ses cendres sous le vocable du New Space (plus percutant parce que trois fois plus court phonétiquement). L'histoire, même dans le monde du spatial, est un éternel recommencement… Avec (heureusement) une différence, et non des moindres: le New Space comprend aussi les constellations de micro et nanosatellites qui peuvent rester opérationnelles en cas de perte de quelques éléments de la flotte en orbite, ce qui offre l'opportunité de les construire suivant des méthodes industrielles moins rigoureuses que celles des grands satellites et donc moins onéreuses.

Nous assistons donc à une envolée d'enthousiasmes à tout niveau, avec en corollaire une pression de plus en plus forte du management sur les équipes pour mettre en œuvre le New Space… Mais que signifie cette mise en œuvre quand, dans les grandes entreprises, les processus sont figés, lourds et donc difficiles à faire évoluer vers la simplicité?

La réponse est toute simple: faire du New Space, il faut accepter de prendre plus de risques. Le calcul de la provision financière pour risques (que j'avais mentionné dans mon blog sur la gestion des risques) intervient de façon prépondérante: prendre plus de risques conduit à augmenter cette provision financière. Et c'est là que le bât blesse… Car le prix d'un programme étant souvent fixé (par le client ou la concurrence), augmenter cette provision entraîne de facto une diminution du nombre d'heures allouées aux équipes pour faire leur travail, avec apparition d'un risque additionnel: celui de refaire le travail (soit en conception, soit en réalisation, soit en essais), avec des impacts financiers qui peuvent s'avérer bien plus lourds que le coût des heures "enlevées" au profit de la provision pour risques…

Autrement dit, pour faire du "vrai" New Space, il ne faudrait pas, en s'imaginant accepter les risques associés (par exemple en utilisant des produits dits sur étagère et en déroulant moins de processus lourds) rogner les montants des activités nécessaires pour réaliser le travail demandé, en chiffrant de façon "sécurisée" les risques qu'on prend à justement faire du New Space, car cela revient à entrer dans une spirale peu profitable in fine à l'entreprise. Le curseur financier entre le travail à réaliser a minima et les risques accrus du fait de l'approche New Space est certes extrêmement difficile à positionner, mais le placer trop du côté des risques équivaut à ne pas les accepter (voire à en créer de supplémentaires).

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