La gestion des projets complexes

Le blog de Rodolphe Krawczyk

Dans les projets complexes, il y a parfois loin de la coupe aux lèvres

Publié le

Dans les projets complexes, il y a parfois loin de la coupe aux lèvres
La mobilité aérienne urbaine est devenue l’un des enjeux majeurs de la décongestion des transports citadins

L’avènement des start-up se traduit par des projets aussi attractifs qu’ambitieux dans le domaine de l’astronautique, mais la réalité technique et calendaire n’est pas toujours au rendez-vous, ce qui peut tempérer l’enthousiasme des investisseurs.

La mobilité aérienne urbaine est devenue l’un des enjeux majeurs de la décongestion des transports citadins : les projets de taxis volants fleurissent un peu partout, et il faut avouer que leurs lignes futuristes aux airs de Blade Runner font rêver. Mais entre rêve et réalité, le fossé s’avère assez profond.

Graham Warwick, journaliste d’Aviation Week, a dernièrement publié un article intitulé 'Startups are out to disrupt aviation. Are they succeeding ?', dans lequel il dressait un état des technologies indispensables à l’aviation dans un futur proche, et suffisamment disruptives (pour reprendre ce néologisme anglo-saxon devenu incontournable) pour ne pouvoir être développées que par des startups  :
• Autonomie : les vols commerciaux seraient prévus dès 2022 (avec quand même encore un pilote à bord, du moins au début…).
• Intelligence Artificielle : les premières applications seraient certifiées dès 2022 (pour décharger le pilote dans les tâches critiques quant à la sécurité).
• Propulsion hybride-électrique : les premières livraisons d’un monomoteur quadriplace sont envisagées dès 2023 (pour de courts trajets, du fait des performances encore limitées des batteries).
• Hydrogène : l’entrée en service d’un avion de 50 places mû par ce gaz liquéfié serait possible dès 2024 (date qui semble optimiste au vu des technologies connexes à mettre en œuvre, comme Airbus l’a fort bien expliqué).

Dans un article postérieur, le même Warwick s’interrogeait sur les risques à investir dans une industrie naissante à la poursuite d’un marché qui n’existe pas encore :
• EHang, fabricant chinois de drones, créait le buzz en dévoilant son projet d’eVTOL  EH216, photos d’essais à l’appui du taxi volant.
• Wolfpack Research, lanceur d’alerte américain, taxait aussitôt EHang d’imposture, jugeant l’EH216 défectueux et intrinsèquement dangereux, ce qui a fait chuter la capitalisation boursière d’EHang de 60%.
• Suite à quoi EHang, qui craint d’être attaqué par ses investisseurs, a lancé une action en justice contre son détracteur.

Le journaliste d’Aviation Week n’est pas le seul à se poser des questions sur la mobilité aérienne urbaine :
• Le 12 février dernier, Aerospatium déclarait que les développements tant des appareils que de l’infrastructure nécessaire pour les accueillir s’étaient révélé plus complexes que prévu. Conséquence : Uber cédait en décembre 2020 ses activités liées aux taxis urbains et véhicules autonomes après y avoir investi plusieurs centaines de millions de $.
• Début mai 2021, Morgan Stanley décidait de réduire de façon significative ses prévisions pour ce marché : la banque, qui s’attend à des barrières côté règlementation ne pouvant que freiner la montée en puissance des taxis volants, table sur un marché de "seulement" 1000 milliards de $ en 2040 (ce qui, entre nous, n’est déjà pas si mal).

On assiste un peu au même phénomène pour le NewSpace et ses constellations de petits satellites en orbite basse, et ce malgré la frénésie des SPAC déjà évoquée dans ce blog. En décembre 2020, des analystes américains s’inquiétaient d’un possible « shakeout » imminent ; j’emploie cette fois le vocable anglo-saxon à dessein, car ses acceptions multiples (débâcle boursière, repliement du marché, réorganisation, avec licenciements, etc) en disent long sur la situation. Le risque est une surcapacité des offres de lancement et de satellites conduisant à une pression financière accrue, entraînant inexorablement la faillite des plus faibles. Là encore, beaucoup d’appelés (plus de 400 projets d’eVTOL sont en cours dans le monde), mais peu d’élus en final : seuls les leaders industriels disposant de technologies démontrées survivront. Il va sans dire que ceux-là devront aussi avoir les reins solides en termes de santé pécuniaire.

Comme toujours, le buzz qui représente désormais une part prépondérante de la communication finit par laisser tôt ou tard la place à la réalité, les grandes annonces qui visent à faire sensation se muant alors pour la plupart en de discrets entrefilets aux chiffres parfois peu mirobolants. Mais c’est aussi à ce prix-là que le monde progresse, suivant le fameux aphorisme "Ce qui ne te tue pas te rend plus fort".

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte