La gestion des projets complexes

Le blog de Rodolphe Krawczyk

Apprendre à rouvrir son esprit: les conseils d'un vieux con(servateur)

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Apprendre à rouvrir son esprit: les conseils d'un vieux con(servateur)
© Pixabay/fancycrave1

Après plus de quarante ans de vie active, que j'espère prolonger quelques années encore dans le domaine (passionnant  !) du spatial, je ne prétends plus faire partie des jeunes : et les articles de mon blog ne me permettent pas d'imaginer qu'on puisse me classer dans les jeunes d'esprit. Je serais donc à ranger dans les vieux conservateurs, un tantinet ringard, mais j'assume…

En quatre décennies, j'ai pu être témoin de l'évolution importante des comportements des ingénieurs : les performances accrues des outils de calcul et de bureautique ont favorisé cette évolution, qui est en passe de trouver son point d'orgue avec la digitalisation universelle et l'intelligence artificielle, destinées soit à aider soit à supplanter l'humain (suivant la façon optimiste ou anxiogène qu'on adopte à leur égard). En parallèle, les progrès fulgurants des portables, smartphones et tablettes amènent les utilisateurs à pianoter de plus en plus souvent sur ces petites merveilles de technologie, auxquelles il est parfois difficile de résister, je dois le reconnaître (même moi, c'est vous dire !).

Mais toute médaille a son revers, ce qui offre au grincheux que je suis (ou que je donne l'impression d'être) l'opportunité de ce nouvel article : ces bijoux informatiques, de par leur complexité, demandent un "certain" niveau de concentration et, de par la taille forcément réduite de l'écran, obligent le regard à limiter son excursion. Et quand on ne regarde plus qu'un (petit) écran, on empêche aussi son esprit de sortir de ce cadre étroit… On a vu assez de vidéos de "branchés" littéralement obnubilés par leur joujou jusqu'à en oublier le monde extérieur pour que je n'en rajoute pas sur le sujet… sauf sur l'aspect déconnexion avec l'environnement. Or, les approches système des projets complexes imposent certes une spécialisation poussée des métiers, mais elles demandent aussi de prendre du recul de temps à autre. Et cette prise de recul n'est possible qu'à condition de savoir se "déconnecter" des PC, iPhones et autres. Evident, n'est-ce pas ? Et pourtant… Ce n'est apparemment pas aussi simple. Car cela nécessite une certaine discipline de l'esprit.

De mon côté, je m'astreins à consulter chaque matin, avant de commencer la journée de travail proprement dite, quelques revues du monde spatial en ligne ; et une fois par semaine, je consulte des revues techniques sur l'ingénierie et la photonique. Je suis également un fidèle lecteur de magazines tels que Aviation Week ou Air & Cosmos (pour la détente du weekend…). Les informations qu'on y trouvent débordent du spatial et concernent aussi l'aéronautique et la défense. Mais qu'importe ? Au contraire, suis-je tenté de dire : on assiste d'ailleurs depuis plusieurs années à l'émergence d'une volonté de mise en relations des compétences diverses, pour favoriser les synergies (mot très à la mode au début du siècle, un peu suranné désormais : on lui préfère le benchmarking, même s'il ne correspond pas tout à fait au même concept); ce qui autrefois se faisait naturellement a dorénavant besoin d'être encadré (ou "coaché"…). J'ai pu constater par moi-même que nombre de mes collègues qui me demandent d'où je tire les informations dont je les fais profiter lorsque j'estime que cela peut leur être utile, et à qui je communique les références de mes revues, ne pratiquent pas longtemps cette petite "gymnastique" intellectuelle matinale. Elle me semble pourtant d'autant plus utile qu'elle est une mise en œuvre directe (et facile !) du fameux adage "Il faut savoir sortir du cadre de l'épure".

Bien sûr, ces informations ne sont pas toutes pertinentes pour le domaine où j'exerce : mais quand bien même 1 % seulement se révèle utile, ce faible pourcentage justifie l'investissement, et "aller voir ce qui se passe ailleurs" participe à ce que j'ai coutume d'appeler l'"aération des neurones", ferment de la curiosité qui favorise l'innovation et renforce la motivation de dépasser la concurrence. La disruptivité, c'est bien, mais il n'est pas toujours facile de brûler les étapes et l'on peut trouver parfois dans notre environnement des éléments de solutions à nos problèmes ou à nos défis techniques. Ouvrir son esprit à l'extérieur est aussi le moyen de déclencher la fameuse sérendipité (la "serendipity" anglo-saxionne déjà mentionnée dans des articles de ce blog semble avoir trouvé son équivalent dans notre langue).

Dans le film "Les hommes du président", les deux journalistes enquêtant sur le Watergate expliquent à leur chef qu'ils ont (momentanément) échoué dans leur mission parce qu'ils n'ont pas eu de chance, ce à quoi le chef leur répond: "Eh bien la prochaine fois, tâchez d'avoir de la chance !"… Il en va de même dans le monde du travail et tout particulièrement dans l'ingénierie des projets complexes : car pour avoir de la chance, il faut aussi aérer son esprit… Alors, chers obsédés de la dextérité "digitale" (dans les deux sens du terme, quelle coïncidence !!! heureuse ou malheureuse ? qui sait ?), prenez le temps de vous déconnecter chaque jour quelques minutes pour reprendre conscience du monde qui vous entoure, et votre cortex vous sera reconnaissant au centuple de cette bouffée d'oxygène…

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