La gestion des projets complexes

Le blog de Rodolphe Krawczyk

Ad astra per aspera, Elon Musk ne faiblit pas !

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Ad astra per aspera, Elon Musk ne faiblit pas !
le vaisseau Starship se pose mais explose, pas de problème Elon Musk accumule des données
© LabPadre / YouTube

Que l’on apprécie ou pas le style de management d’Elon Musk, il faut lui reconnaître une ténacité qui force l’admiration. Très souvent sur le fil du rasoir, il réussit malgré tout là où beaucoup d’autres auraient probablement baissé les bras. "Ad astra per aspera" comme l'affirme la locution latine (vers les étoiles à travers les difficultés) ne lui fait pas peur. 

Travaillant dans le domaine spatial, je ne peux dans ce blog m’empêcher de faire régulièrement référence à Elon Musk, pour des raisons bien compréhensibles. Je me limiterai dans le billet de ce jour au Musk qui a bouleversé le monde du spatial, et donc délaisserai le Musk qui veut révolutionner le monde du transport (avec la Tesla et l’Hyperloop), le Musk qui veut changer le cerveau humain (par des implants produits par sa start-up Neuralink), et le Musk qui veut changer de paradigme monétaire (en affrontant Bill Gates par bitcoin interposé).

A l’engouement que suscite Elon Musk, je rajouterai trois caractéristiques du personnage, que je considère comme a priori négatives, mais que certains peuvent juger positives :

- son despotisme managérial, largement relaté dans la presse,

- sa boulimie en « business », que j’avais critiquée en septembre 2020 dans le billet « Les yeux (d'Elon) plus gros que le ventre (de SpaceX) »,

- et le gigantisme voire la démesure de son projet de l’homme sur Mars, qui lui a fait annoncer en janvier 2020 que son but était d’envoyer sur la planète rouge un million d'humains d'ici 2050. Rien que ça !

Pour ce projet martien, Musk développe l’énorme vaisseau Starship (aux proportions aussi titanesques que « tintin-esques ») avec lequel il donne l’impression de vouloir brûler les étapes.

Les derniers essais du Starship sont un véritable morceau d’anthologie « muskienne » :

- Suite à l’essai en vol du 9 décembre - vol lui-même réussi, mais pas l’atterrissage -, la FAA (Federal Aviation Administration) avait déclaré que SpaceX avait défié les règles de sécurité publique, et demandé une enquête sur l’accident à l’atterissage qui avait conduit à la destruction du vaisseau par explosion.

- Elon, n’appréciant pas ces lenteurs, s’est déchaîné sur Twitter en traitant littéralement de ringarde la division spatiale de la FAA (je cite : « The FAA space division has a fundamentally broken regulatory structure ») et conclu qu’avec de telles règles, l’humanité n’irait jamais sur Mars.

- Coup de théâtre : la FAA se ravise en autorisant le vol de février, les raisons du revirement n’ayant pas été à ma connaissance divulguées. Et ce nouvel essai se déroule comme le précédent : vol réussi, mais atterrissage brutal entraînant l’explosion du vaisseau. Pour la sécurité des futurs vols habités sur Starship, la route semble encore longue.

- Lors de l’essai du 3 mars, Starship réussit non seulement son vol, mais aussi l’atterrissage… enfin, presque : au bout de 8 minutes, le vaisseau, en position légèrement inclinée, explose à nouveau (cette fois, les astronautes auraient peut-être eu le temps de quitter leur poste, en se dépêchant…).

- Enfin, le 29 mars, après un autre vol réussi, explosion du 4° vaisseau au retour.

Mais relativisons : les vaisseaux ne sont que des démonstrateurs pour lesquels SpaceX applique le fameux « Try, fail and learn » et il ne fait aucun doute que les ingénieurs de SpaceX sauront tirer les leçons de tous ces essais. Le communiqué du 29 mars le précise : ces essais font partie d'une "test series to gather data".

Eric Berger, journaliste spatial, vient de publier un ouvrage consacré aux débuts d’Elon Musk: « Liftoff: Elon Musk and the desperate early days that launched SpaceX » où il met en exergue les déboires mais aussi l’acharnement du fondateur de SpaceX et de son équipe, et conlut par ces mots : « Le message clé est que Space X n’existerait pas sans ce petit groupe d’ingénieurs aventuriers fous ». Dans un James Bond de 1967, « On ne vit que deux fois », une fusée (on n’utilisait pas encore le terme de « lanceur ») revient sur Terre à la verticale, exactement comme le fait aujourd’hui le Falcon9 de SpaceX : cette séquence avait fait sourire à l’époque et personne n’aurait imaginé qu’en un demi-siècle, elle serait devenue réalité. Notons que les fabricants de lanceurs, dont beaucoup s’étaient érigés en détracteurs de la récupération des lanceurs, s’évertuent dorénavant à faire de même.

Dans mon billet d’octobre 2020, j’avais écrit que « de (trop) grandes enjambées dans les programmes spatiaux peuvent conduire à des faux pas, et la chute est d'autant plus douloureuse ». C’est vrai, mais quand on regarde le calendrier de Starship dont les premiers essais ont commencé en avril 2019, et qu’on voit le chemin parcouru en moins de deux ans, on ne peut que saluer l’opiniâtreté de Musk. Et malgré ses côtés négatifs et ses sorties parfois incontrôlées en public, je ne peux que m’exclamer « Chapeau bas, Elon ! ». Qui sait si la NASA ne lui a pas involontairement rendu hommage en nommant son dernier rover « Perseverance » ?

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