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L'industrie au féminin

Le blog de Magali Anderson

To quota or not to quota, that is the question?

Publié le

To quota or not to quota, that is the question?
Business woman hand with Financial charts and laptop on the table
© Jannoon028 / Freepik

Il était certain en démarrant ce blog que viendrait inéluctablement un jour où je devrais me frotter à une question plus polémique que celles abordées jusque-là. Ce jour est arrivé, nous allons aborder le sujet très controversé des quotas ! En effet, bien que je souhaite en parler depuis longtemps, je repousse cet article à plus tard depuis plusieurs semaines pour ne pas m’exposer trop tôt à d’éventuelles virulentes critiques. Seulement, hier,  je suis tombée sur un article de l’excellente Isabella Lenarduzzi portant sur cette question " Les quotas, c'est un médicament pour une société malade ". Signe du destin, je ne peux plus reculer, l’écriture de cet article ne peut être repoussée.
Elle parle de la Belgique, où les lois sont différentes de la France, mais les problèmes sont les mêmes. Isabella évoque la BNB et le faible nombre de femmes dans les instances dirigeantes.

Mais l’intérêt réel de l’article est d’appuyer là où ça fait mal, en posant la question que tout le monde pose quand on aborde les quotas. Comme Isabella le dit très bien et je vais la laisser parler : « ?Ce système de quota, n'a-t-il pas un côté humiliant pour les femmes, nommées parce qu'elles sont femmes et pas spécialement en fonction de leurs compétences ??  Humiliant, non. Stigmatisant, oui. Je sais de quoi je parle : dans nombre de panels, je suis souvent la femme-quota. Sans les quotas, on ne m'inviterait pas. Les quotas, c'est un médicament pour une société malade. Une société malade de l'entre-soi, du mimétisme. »

Suis-je d’accord avec Isabella ? Suis-je en faveur ou non des quotas ? Pour ne pas garder le suspense trop longtemps, je vous l’avoue tout de suite – je suis pour les quotas – complètement, 1000 % pour, tout en rêvant qu’on puisse s’en délester un jour.
Dans mon premier article, je racontais comment j’ai été recrutée par Schlumberger, à une période où ils ne recrutaient pas de femmes. Quelques années plus tard, une politique paritaire fut instaurée. D’ailleurs, l’origine de ce changement est plutôt anecdotique. En effet, la fille du PDG, qui venait d’obtenir son diplôme, se plaignit à son père du sexisme qu’elle rencontrait dans le cadre de sa recherche de travail. Son père, bien sûr, fut en colère face à une telle discrimination. Cependant, en parallèle, il se questionna « mais qu’en est-il de l’entreprise que je dirige ? » Après s’être renseigné, il fut surpris d’apprendre que moins de 1 % de ceux recrutés par sa société sur le terrain était des femmes ! Il décida de changer cela, et comme c’était un homme d’action, il voulut changer les choses rapidement, ainsi il mit des quotas de recrutement en place.

Un premier argument des personnes défavorables aux quotas est : mais du coup ils recrutent des femmes uniquement car ce sont des femmes ? Oui et non. Oui, elles sont recrutées en partie pour cela – la discrimination positive -, mais aussi et surtout parce qu’elles ont les compétences requises. Un recruteur doit faire son métier, c’est-à-dire de recruter le meilleur candidat possible pour le poste, quel que soit son sexe. Un quota ne justifiera pas d’employer une personne sans les qualifications, qui sera plus une source de problèmes qu’autre chose pour son manager. Ce dernier reviendrait alors taper sur les doigts du recruteur. Les jeunes filles fraîchement sorties des bancs de l’école motivées et qualifiées ne manquent pas ! Pourquoi ne se tournerait-il pas vers elles ?

Alors, les quotas, qu’est-ce que ça change ? Tout simplement, cela oblige une entreprise pas particulièrement reconnue pour être paritaire à mettre en place une politique pour attirer des femmes. Quand on demande à une petite fille de 8 ans ce qu’elle veut faire plus tard, il y en a peu qui répondent « ingénieure terrain sur plateforme pétrolière ». Donc un recruteur, au lieu d’éconduire les postulantes pour éviter de se tracasser, comme cela fut le cas avec moi en 1989, doit maintenant expliquer à une postulante pourquoi ce métier est fait pour elle. Pour devenir plus attractif, plusieurs méthodes existent. Déjà, exprimer haut et fort, à travers les affiches et autres messages que les femmes sont les bienvenues. Ensuite, inviter des femmes aux écoles, conférences etc. pour témoigner sur le fait que c’est un job fantastique ouvert à tous. Par exemple, avec sa politique d’ouverture, 10 ans plus tard, Schlumberger recrutait environ 15 % de femmes ingénieur terrain, et environ 30 % après 20 ans.

Et quand il s’agit de promouvoir un ou une employé-e ? Même chose. De nouveau, et je le dis souvent, les boîtes ne vont pas nommer des « femmes – pots de fleurs », car il y a toujours une exigence de performance à atteindre et leur seule solution pour le faire est de nommer la meilleure personne pour ce poste indépendamment de son sexe. Les quotas vont tout simplement les forcer à aller chercher les fameuses « Talentueuses – silencieuses » dont je parle fréquemment. Des femmes qui ne sont pas sur le devant de la scène ou qui n’osent pas toujours postuler pour un job qu’elles convoitent, bien qu’elles en aient les compétences. Cela oblige à s’interroger : « Les cinq potentiels remplaçants que j’ai en tête sont tous des hommes, ne serais-je pas passé à côté d’une personne qualifiée ? » Ensuite, le choix final se fait sur la personne la plus qualifiée indépendamment de son sexe, mais au moins, nous nous sommes assurés que toutes candidatures possibles ont été évaluées. Et ainsi éviter ce renouvellement, où des managers hommes, sont remplacés par des profils semblables, masculins aussi, où une femme va avoir du mal à trouver sa place.  

Nous n’avons pas le choix. Si nous voulons briser les codes et si nous voulons réellement que les choses progressent, alors les industries dites « masculines » doivent attirer plus de femmes. Et la seule vraie manière de voir les courbes évoluer est de donner des objectifs chiffrés aux parties prenantes.

Mais les femmes elles-mêmes sont contre les quotas ? Oui, effectivement, j’entends des amies dire : je ne veux pas être une femme quota. Sauf que je n’y crois pas – pour les raisons évoquées plus haut. Et quand une femme le pense, alors c’est que l’entreprise de déstabilisation, menée par certains collègues qui ne voient pas d’un très bon œil la féminisation de leur métier, marche bien.

Et oui, si on me pose la question, bien sûr que j’ai déjà eu des postes du fait d’être une femme. En tout cas, au moins, un, mon poste actuel. Mon chef voulait une femme pour faire d’une pierre deux coups – avoir une experte sur le sujet tout en féminisant sa ligne de management et amenant ainsi un rôle modèle pour accompagner son action de diversité. Est-ce que cela rend mon action moins crédible ? Absolument pas, cela compense pour tous les postes que moi ou d’autres n’ont pas eu du fait de leur genre. 

En conclusion, pour revenir à l’article d’Isabella " Les quotas, c'est un médicament pour une société malade " – et comme tout médicament, c’est un mal nécessaire que l’on voudrait éradiquer. Un médicament que l’industrie doit continuer de prendre jusqu’à ce qu’elle soit rétablie. Le jour où le nombre de femmes recrutées dans les industries sera satisfaisant (je sais, on pourrait rajouter un chapitre sur la définition de « satisfaisant », mais aujourd’hui, je le laisse à votre appréciation) – ce jour-là, tout le monde, et moi la première, sera très content d’arrêter les quotas !

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