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L'industrie au féminin

Le blog de Magali Anderson

Mon parcours de femme ingénieure : comment j'ai été embauchée pour travailler sur une plateforme pétrolière

Publié le

Mon parcours de femme ingénieure : comment j'ai été embauchée pour travailler sur une plateforme pétrolière

Bienvenu-es sur mon blog de l’Usine Nouvelle, pour lequel je vous prépare une série d’articles que je pourrais intituler : "Quel est le quotidien d’une femme dans une industrie très masculine ?"
Après tout, mon homologue masculin comprend-il ce à quoi nous faisons face ? Une jeune ingénieure fraîchement sortie des bancs de l’école sait-elle ce qui l’attend réellement ?

L’idée n’est pas de parler statistiques, quotas, lois, salaires etc. mais d’expériences dans un environnement encore peu féminisé. Et surtout de témoigner des difficultés invisibles, des fameux biais inconscients et autres obstacles qui jonchent la carrière d’une femme dans l’industrie. Aussi, je propose pour offrir un début de réponse à tout cela de revenir sur le commencement de mon parcours. Après 30 ans de carrière dans l’industrie pétrolière puis cimentière, mon recrutement me semble désormais plus lointain que je ne le souhaiterais.

Comment suis-je entrée dans l’industrie pétrolière ?

Quand j’étais étudiante ingénieure mécanique, à l’INSA de Lyon, comme beaucoup de jeunes de mon âge, je ne savais pas ce que je voulais faire, mais j’étais sûre d’une chose, je ne voulais pas de routine, pas de travail de bureau. C’est alors que je découvris le métier d’ingénieure terrain et ce fût le coup de foudre, un métier à ma (dé)mesure ! Au forum des métiers, je me dirigeai donc d’un pas décidé vers Schlumberger, compagnie de services pétroliers et demandai au recruteur comment postuler. Il me regarda interdit : "ce n’est pas un poste pour vous", sans me poser la moindre question. Je n’avais pourtant pas à rougir de mon CV : une mission humanitaire au Mali, un stage industriel au Brésil et une présidence du BDE, tout cela au doux âge de 21 ans.

Je lui répondis que je ne bougerais pas tant qu’il ne me donnerait pas une explication plausible et je suis restée là… 1 heure...  2 heures… 3 heures… Face à ma motivation inébranlable (enfin plus probablement pour se débarrasser de moi) il finit par craquer et me donna un questionnaire. S’ensuivit un entretien d’embauche, évidemment ponctué de questions sexistes : Lui : "que pense votre mère de votre choix ?". Moi : "Posez-vous cette question aux hommes ?".  Lui, gêné : "Heuuu… non". Moi, impitoyable : "Donc vous ne voulez pas vraiment que je réponde ?".

Est-ce que j’avais affaire à une compagnie particulièrement sexiste et à un recruteur misogyne ? Non pas du tout. J’avais en face de moi une personne qui n’avait jamais été confrontée au recrutement d’une ingénieure, et qui ne savait juste pas comment le gérer(1).
Des questions aussi ouvertement sexistes, aujourd’hui, on ne les entend plus que rarement. Les processus de recrutement sont formalisés, candidats et candidates reçoivent des traitements similaires Est-ce donc tout ? Problématique résolue ? Article terminé ?
Eh bien oui. 

Signé : Magali Anderson

(1) Schlumberger a ensuite été précurseur sur le sujet en lançant leur programme de Gender Diversity en 1994


J’aurais aimé pouvoir terminer mon article là, sauf que les différences existent encore. Le sexisme auquel j’ai été confrontée était indéniable, indéfendable tellement il était visible. Aujourd’hui il se traduit de manière plus insidieuse, mais maintient le fossé entre les femmes et certaines industries. Par exemple, le sexisme peut se retrouver dans la façon dont est rédigée une offre d’emploi ; Ou dans l’image très masculine qu’une industrie projette, offrant l’impression aux femmes qu’elles n’y ont pas leurs places.

Donc nous voilà maintenant avec deux problématiques. Des sociétés qui ne veulent ou ne savent pas recruter les femmes, lesquelles ne savent pas qu’elles peuvent y accéder.

 

Je vous propose de commencer par la problématique entreprise. Le recruteur est confronté à la crainte d’introduire un élément disruptif qui pourrait changer la dynamique du groupe. Et pas n’importe quel élément, une femme jeune diplômée, qui n’a pas encore fait ses preuves ni acquis de légitimité. Le recruteur doit donc sortir de sa zone de confort.

Alors, pour mettre le plus de chances possibles de son coté, il va recruter des pionnières, à fort caractère, qui pourront gérer cet environnement masculin. C’est bien, mais c’est difficile, et surtout quid de toutes ces femmes très compétentes mais moins "fonceuses" Les pionnières ne vont pas nécessairement faire évoluer la mentalité du groupe, car elles se fondent dedans. Le combat est vraiment gagné le jour où toute femme, indépendamment de sa personnalité, arrive à s’intégrer.

En tant qu’entreprise, comment motiver les recruteurs à tendre vers plus de mixité ? Il n’y a pas des pléthores de méthodes efficaces à court terme : les objectifs chiffrés. Les recruteurs vont devoir trouver le moyen de les attirer. Changer le discours, expliquer en quoi consistent ces métiers, amener des employées raconter pourquoi c’est fantastique de bosser là.  Souvent, il n’en faut pas plus. Et là vous les trouverez, ces candidates motivées qui ne veulent pas d’un travail routinier, qui hésitaient à embrasser une carrière « différente » et qui vont s’épanouir dans des ambiances masculines.


Et les candidates ? Et ma deuxième problématique ?

Elle existe encore trop, la fameuse autocensure qui fait que les femmes ne s’imaginent pas pratiquant certains métiers. Tout simplement parce qu’il n’y a pas assez de rôles modèles visibles. Et bien mesdames, il faut se lancer.
Répondez aux annonces, osez, cassez les codes. Puis, quand vous êtes devant le recruteur, faites comme d’habitude, sauf qu’il va falloir un petit plus, montrer que l’on est tout à fait capable de s’intégrer dans l’industrie. Surtout que si vous sortez d’une école d’ingénieurs, vous l‘avez déjà prouvé pendant 5 ans.

Un combat du passé ? Pourtant j’entends encore aujourd’hui des managers me dire "mais notre industrie n’attire pas de femmes", à moi qui ai démarré sur plateforme pétrolière, en pleine mer, au Nigeria, seule femme au milieu de 80 hommes, il y a 30 ans ? Une industrie qui recrute +25% de femmes ingénieures aujourd’hui ? Sérieusement ?

Cet article est un cri du cœur, s’adressant aux femmes et aux hommes. Ma carrière et celles de beaucoup d’autres, témoignent que la réussite des femmes dans un milieu masculin est tout à fait possible.

Le recrutement n’est que la toute première étape. Elle est pourtant cruciale : si les femmes ne rentrent pas dans les industries à dominance masculine, la mixité n’augmentera pas (Mr de La Palice ne l’aurait pas mieux dit).

Je rêve d’un jour prochain où entrer dans ces secteurs se fera aussi naturellement pour un homme que pour une femme, et ce jour-là les industries dites masculines ou féminines n’existeront plus, il restera des industries. Tout simplement.

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