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L'industrie au féminin

Le blog de Magali Anderson

Mes premiers pas sur une plateforme pétrolière

Publié le

Mes premiers pas sur une plateforme pétrolière

Après l’embauche, mes premiers pas sur une plateforme pétrolière (rig)...

Quand j’atterris au Nigeria, j’ai 22 ans (voir mes articles précédents). Je sors de mon confort dans lequel vous maintient la vie étudiante pour entrer dans celui de la vie d’expatriée. Une autre forme de confort, mais confort dans le sens où, en dehors du travail, nous sommes assistés.

Je partage une chambre dans une maison où sont logés 3 autres ingénieurs. Le midi et le soir, nous prenons un délicieux repas préparé par le cuisinier de l’entreprise. Une femme de ménage, employée par la compagnie, passe régulièrement faire le ménage. Autant dire que je ne vais pas apprendre à devenir une fée du logis au Nigeria, malgré mes gènes qui devraient rendre mon apprentissage plus facile.

A la base, je suis la seule femme, entourée d’ingénieurs. Cela ne me change guère de mon école d’ingénieurs mécanique, où nous n’étions que 5%. Mais le cœur de mon travail, les missions, se passe sur le rig, où je suis en moyenne 20 jours par mois.

L’apprentissage du métier prend environ dix mois. Nous commençons par quatre mois en centre de formation en Italie, suivis de six mois où nous travaillons en duo avec un ingénieur expérimenté. La formation se finit quand nous passons un test grandeur nature afin de vérifier que nous avons atteint l’autonomie nécessaire pour que nous soient confiées les opérations d’un rig.

A chaque voyage, je suis la première femme à poser le pied sur le rig où nous allons et ils n’y sont absolument pas préparés. De mon côté, je suis blasée au troisième rig.

Leurs réactions ? Toujours les mêmes…

Tout d’abord, la surprise. Même si mon nom apparaît sur le manifeste de l’hélicoptère, ils n’ont pas forcement identifié mon prénom comme appartenant au genre féminin - il fallait bien que je case quelque part que nous allons travailler en hélicoptère  – ça vous pose une femme, non ?

Une fois la surprise passée, les questions arrivent. Je n’échappe évidemment pas à l’interrogatoire. Je sais que c’est de la curiosité gentille, mais c’est un peu fatiguant de devoir systématiquement se justifier (pourquoi une femme choisit de faire ce métier.. etc.).
Et enfin, une fois remis de ses émotions, le client prend peur à l’idée que bout de femme puisse perturber sa machine bien huilée. Je n’ai cependant jamais eu le droit à l’excuse du « juju ». Contrairement aux bateaux, il semblerait qu’une femme ne soit pas signe de malchance sur un rig.

Premier souci, où va-t-on la coucher ? Les plateformes n’avaient pas de quartiers féminins de mon temps. Au début, ils veulent absolument me trouver une chambre individuelle - soit l’infirmerie, soit celle des invités VIP - mais je n’aime pas beaucoup cela. On me remarque déjà suffisamment, je n’ai pas besoin de recevoir en sus un traitement de faveur.

Les chambres standards sont composées de 4 lits superposés. Je m’arrange pour m’isoler sur le lit du bas, au moyen de quelques couvertures supplémentaires suspendues. Cette solution, non seulement évite les prises de tête et me « normalise » un peu, mais surtout elle permet de rester avec mon équipe. Donc, dormir n’est pas un problème… Il faut quand même supporter les ronflements des hommes. Mais nous dormons tellement peu, que nous avons tendance à nous écrouler dans nos lits, bercés par le ronronnement permanent des moteurs du rig.

Le problème majeur est la salle de bain. De nouveau pas de salle de bain féminine. Cela ne me dérange pas particulièrement de partager avec des hommes. Le seul petit problème est que, oubliant ma présence, ils ont tendance à sortir de la douche, nus, comme d’habitude… Ce qui pourrait entrainer des moments assez gênants pour tous.

Je découvre vite qu’il existe une salle de bain individuelle, celle du chef. J’arrive à chaque mission à le convaincre de la partager avec moi. Ce qu’il fait de bon cœur, jusqu’au jour où il se retrouve le nez dans mes dentelles (la légende dit qu’il ne s’en est toujours pas remis).

Ce qui m’amène au dernier problème, le lavage des sous-vêtements…  En dehors du fait que j’hésite à les confier à la machine industrielle faite pour laver les bleus de travail, les employés du rig refusent catégoriquement de toucher à ces objets « impies » (!). Je dois donc les laver à la main. Le lavage, ça va, mais quid du séchage ? Mettre mes petites culottes à sécher dans la chambre que je partage avec mon équipe me tente peu – ce sera donc dans la salle de bain !

Pas de leçon de vie aujourd’hui ! Juste des petites anecdotes plutôt cocasses, illustrant certaines petites difficultés auxquelles une femme peut faire face dans un environnement masculin. A raconter, cela semble assez mineur, mais parfois il n’en faut pas beaucoup plus pour dissuader des femmes de venir. Chacun de ces petits dérangements peut donner l’impression que l’on n’y a pas sa place.
Semaine prochaine, quelques indiscrétions de plus sur ma vie sur la plateforme.

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