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L'industrie au féminin

Le blog de Magali Anderson

Les reines des abeilles existent-elles ?

Publié le

Les reines des abeilles existent-elles ?

Lorsque j’ai été nommée directrice Europe pour Schlumberger, l’annonce a été faite par les canaux de communication habituels de l’entreprise. Etaient nommées à la tête d’une région ou d’un pays deux autres femmes, en même temps que moi

Un de mes collègues vint alors me voir pour me congratuler. Et il ajouta "Maintenant qu’il y a plusieurs femmes exécutives, il va y avoir de la baston" (dans le texte).

J’étais plutôt surprise par cette remarque et surtout, je ne la comprenais pas. Il faut dire que personne ne m’avait parlé du Syndrome de la "Reine des abeilles". Je ne savais pas qu’une telle chose existait. Au contraire, ayant passé la majorité de ma carrière seule, j’étais enchantée à l’idée d’avoir enfin des partenaires féminines avec qui partager la scène.

Qu’est-ce que le syndrome de la reine des abeilles ? Eve Programme a écrit un excellent article sur le sujet ici.

En deux mots ? C’est simple, cette expression renvoie à l’idée que quand une femme atteint un poste de dirigeante, elle empêche les autres femmes de progresser, par peur de perdre son statut particulier.

Il y a eu plusieurs études soutenant cette thèse. La plus récente, de 2015, de l’Université de Maryland conclut que la probabilité pour une femme d’être promue chute de 50 % dans le cas où le manager est une femme. Cependant, a contrario, une étude de la Columbia Business School démontre que cette thèse de la reine est un mythe (ici et ici). En effet, les chiffres peuvent être interprétés différemment. Dans le cas de l’étude de l’université de Maryland par exemple, en  admettant que les résultats soient vrais, avant de conclure que les femmes sont les meilleures ennemies de leurs paires, il serait intéressant de regarder les autres hypothèses. Dans beaucoup de sociétés, majoritairement masculines, une fois qu’une femme a été promue à un poste exécutif, le management considère que le travail de diversité est fait… Donc pas besoin d’en promouvoir d’autres. Au contraire, lorsqu’une femme devient directrice générale, le nombre d’employées augmente.

Mais arrêtons de parler chiffres et études, et demandons-nous pourquoi cette métaphore pose problème. Serait-ce une manière bien pratique de contrer l’ascension des femmes ? Jolie image que celle des "mégères" qui se crêpent le chignon dès qu’elles en ont le pouvoir ? Et qui dit mégère, dit femme avec peu de crédibilité pour superviser un service, si elle s’abaisse à de telles pratiques. Encore une image bien ancrée dans l’esprit collectif, sur laquelle repose des théories telles que celle de la "reine des abeilles". Après tout, dans la vie de tous les jours, vous en avez rencontré beaucoup ?

Cependant, il est certain que sans parler de "reine des abeilles", un travail doit être fait pour améliorer la solidarité entre collègues féminines.

Par exemple, il y a plusieurs années de cela, un manager des Ressources Humaines m’avait dit : "Vous, les pionnières, vous ne soutenez pas les autres femmes. Comme personne ne vous a aidée, vous ne comprenez pas pourquoi il faudrait soutenir les autres. Votre leitmotiv favori est : ‘J’y suis bien arrivée toute seule, moi ! Pourquoi pas elle ?’"

Après réflexion, je me suis rendue compte qu’il avait raison. En effet, j’avais moi aussi tendance à regarder de haut les femmes qui se tournaient vers moi lorsqu’elles étaient confrontées à un obstacle au travail. Après tout, j’avais bien réussi à y faire face seule, elles n’avaient qu’à faire de même.

Aussi faisais-je aussi partie du problème.

Lorsque j’ai démarré dans l’industrie pétrolière, il y a 30 ans, il fallait avoir un caractère bien trempé pour faire face au sexisme quotidien. Cependant, cela ne doit-il pas changer ? Notre combat ne devrait-il pas être de donner à toute personne, si elle ou il a les compétences et le talent requis, une chance de mener la carrière qu’elle ou qu’il mérite, et ce, dans un environnement qui lui soit favorable?

Au cours de ma carrière, j’ai observé deux types de comportements chez les femmes de l’industrie que j’ai pu rencontrer.

Il y a celles qui pensent que leur rôle est de soutenir leurs collègues féminines. Elles vont tout faire pour promouvoir des femmes autour d’elles. Il ne s’agit pas de faire de la discrimination positive, mais tout simplement d’aller débusquer les fameuses "Talentueuses, Silencieuses". En d’autres termes, elles vont à l’encontre de leurs biais cognitifs qui les poussent à proposer des postes managériaux principalement aux hommes.

Et  il y a celles qui ne vont rien faire, juste rester neutres. Elles ne vont pas intervenir en la faveur d’autres employées, mais elles ne chercheront pas non plus à freiner leurs progressions.
Par contre, je n’ai jamais rencontré de femme qui usait de son pouvoir pour nuire aux autres. Elles existent certainement, mais arrêtons de prétendre qu’elles représentent la majorité !

A noter, que bien que faisant clairement partie de la première catégorie, je ne ménage pas pour autant les femmes qui travaillent pour moi et j’ai toujours pris la décision qui s’impose quand l’une d’elles ne convenait pas au poste.

Ainsi, la question que je me pose est la suivante : Est-ce que finalement, elles sont si courantes que cela ces reines des abeilles ? Plus que chez les hommes ? Ou est-ce que quand une femme est dure, ou "bossy", on lui donne ce qualificatif, pour la ramener au statut stéréotypé de la mégère jalouse et décrédibiliser ainsi son autorité.

Ainsi est-il temps de lutter contre ces lieux communs, selon lesquels les relations féminines se basent sur la mesquinerie et la jalousie. Et à la place, prouvons que c’est par un élan de solidarité et de sororité que nous atteindrons une société égalitaire. Le mythe de la reine des abeilles doit disparaître avec tous les autres concepts suggérant que les relations féminines sont animées uniquement par la rivalité.

Mesdames, avec moins de 10 % de femmes en moyenne dans les postes exécutifs, nous avons beaucoup de terrain à conquérir, et nous serons plus fortes si nous le faisons ENSEMBLES !

 

 

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