L'industrie au féminin

Le blog de Magali Anderson

[Féminiser ses équipes] Tip #4 Tolérance zéro

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[Féminiser ses équipes] Tip #4 Tolérance zéro
Dire ce qui ne peut plus être dit

Je répète à longueur d’article à quel point il est important d’appliquer la règle de la tolérance zéro. Mais pourquoi tolérance zéro ? Pourquoi ne pas accepter des petites entorses qui ne font de mal à personne ?

Le grand avantage de la tolérance zéro est que cela évite de se poser des questions, cela élimine toute zone grise. Prenons la consommation d’alcool. En soirée, on se demande, régulièrement : « j’ai bu 3 verres en 5 heures, je fais 60 kilos, suis-je dans la limite ? (Vous avez 1 heure.) » Alors que si l’on prend l’option de ne pas boire du tout, plus de question, et on apprécie la soirée sans prendre de risque (et là, j’ai perdu la moitié des lecteurs).

Pour le sexisme, le principe est le même.

Nous avons tendance à juger de la pertinence d’un commentaire potache ou « limite » à la jauge de notre propre expérience, sauf qu’il est vraiment important de comprendre que le niveau d’acceptation va dépendre très fortement de son interlocuteur, de son passé, de ses potentiels traumatismes antérieurs. Une personne qui a subi un harcèlement sera certainement beaucoup plus sensible aux remarques tendancieuses.  

De la même manière, il ne faut pas non plus penser, parce qu’une blague légèrement tendancieuse semble bien acceptée, que cela ne couvre pas un problème plus profond.

Il est très difficile de différencier une personne qui apprécie une blague, car elle a été dans une école d’ingénieur (par hasard) et est accoutumée à cet humour, de celle qui se taira pour se fondre dans le groupe, tout en se sentant fortement agressée. Alors, me direz-vous, comment faire ? Et bien, en se retenant de faire des blagues potentiellement sexistes, tout simplement. En utilisant la fameuse astuce de « dirais-je cela devant ma sœur/mère/femme » ?

L’accumulation de ces blagues ne fait pas que mettre la majorité de la gent féminine dans une position inconfortable, elle entretient une culture où les femmes ne sont les bienvenues que si elles s’adaptent au groupe.

En effet, si la seule manière de se faire accepter par un groupe est de se conformer à l'humour sexiste ambiant, on prend le risque de ne pas apporter la vraie diversité de pensées qui est si importante pour l’équipe et pour laquelle justement les femmes ont été recrutées.

"On ne peut plus rien dire" ?

Et je vais faire une pause de quelques secondes pour vous laisser le temps de m’asséner l’argument massue : « On ne peut plus rien dire ! »

On peut penser, à raison, que cela amène un bon esprit de faire des blagues dans une équipe, et je suis la première à le faire, mais cela ne devrait pas être aux dépens d’une catégorie de personnes, particulièrement si cette catégorie est sous représentée dans un groupe. Donc je ne suggère certainement pas d’arrêter l’humour au bureau, mais d’éviter les sujets qui peuvent heurter.

C’est le rôle de chacun et chacune d’entre nous de faire cesser ces pratiques.

Les managers ont un rôle crucial à jouer. Le minimum bien sûr, c’est de montrer l’exemple, mais en plus de cela, il va falloir s’assurer que tout le monde est aligné sur le principe de Tolérance Zéro.

Il y a une quinzaine d'années, j’étais la directrice Angola de mon entreprise. Très vite, j'avais fait passer le message que je voulais être informée immédiatement de tout incident ayant à voir avec l’éthique, même mineur, sur toute personne de l’équipe, quelle que soit sa position.

On me dit un jour qu’une des jeunes ingénieures avait littéralement craqué sur la plate-forme pétrolière où elle était affectée. Elle était la victime de blagues régulières, par exemple une fois, elle avait retrouvé ses bottes de sécurité peintes en rose... Être une femme sur une plate-forme de forage demande une grande force de caractère. Je pouvais tout à fait comprendre comment elle pouvait être perturbée et la sensation qu’elle pouvait avoir à ne pas être « à la hauteur », pourquoi elle s’était effondrée. Chaque blague prise de manière individuelle peut être éventuellement acceptée, mais le cumul ajouté à la circonstance particulière d’être la seule femme, en pleine mer, au milieu de 80 bonshommes rendait la chose bien plus compliquée.

 

Quand elle est venue dans mon bureau, non seulement, je l’ai crue, la rassurant sur le fait que sa réaction était tout à fait légitime, mais j’ai surtout agi. J’ai appelé le directeur de la société de forage, qui a immédiatement décidé d’intervenir de son côté.

Dans un autre cas similaire, ne sachant pas comment contacter le directeur de l’entreprise concernée par la plainte, je suis tout simplement allée à son bureau, non annoncée pour lui faire part de l’incident. Une fois la surprise passée, il a également agi. Ces incidents ont permis de passer un message très fort auprès des équipes, non seulement que ces comportements étaient inacceptables dans notre entreprise, mais également que les victimes seraient écoutées si elles rencontraient un problème.

Je réalise que ce sont des cas assez extrêmes et j’imagine que la majorité des lecteurs n’ont jamais vu une plate-forme ou ne sont pas dans une position de management similaire, mais le principe reste le même, quel que soit l’environnement. Tout incident doit être traité avec le niveau de sévérité approprié, même s’il semble mineur, et au bon niveau de la hiérarchie.

 

Alors je vous propose de prendre un moment pour observer ce qui se passe dans votre service, toutes antennes sorties, à l'écoute des comportements non-inclusifs, pour non seulement corriger les vôtres mais également expliquer à vos collègues en quoi ce qu’ils (et parfois elles d’ailleurs) disent peuvent heurter. L’ambiance générale de l’équipe s’en portera bien mieux.

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