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L'industrie au féminin

Le blog de Magali Anderson

Et les couples en entreprise?

Publié le

Et les couples en entreprise?
© Sergeycauselove / Freepik

La semaine dernière, je célébrais mon dixième billet pour mon blog de L’Usine Nouvelle. Dix billets sans parler une seule fois de mon mari, un exploit pour moi !

Aussi souhaitais-je aujourd’hui aborder avec vous la question  du couple en entreprise.

J’ai rencontré David, mon mari, sur plateforme pétrolière au Nigeria. Autant dire dans une ambiance romantique à souhait. Coiffée de mon casque de travail et mes bottes de sécurité aux pieds, j’avais mis toutes les chances de mon côté. Ceci dit, étant la seule femme sur cette structure posée au milieu de la mer, uniquement accessible par bateau ou hélicoptère, la compétition n’était pas rude.
Quand notre entreprise a découvert qu’elle avait un couple en son sein, les réactions ont été plutôt mitigées. Déjà qu’ils ne savaient pas quoi faire d’une femme, ils devaient maintenant gérer un couple. Pourtant, nous n’étions pas du même service, donc nous n’étions pas en contact dans le cadre de notre mission.  Nous étions bien trop bas dans l’échelle hiérarchique pour qu’ils aient à craindre un éventuel abus de pouvoir.

La réaction fut simple. Ils décidèrent de me transférer, quelque part, loin de Warri. C’était la manière la plus efficace et la plus radicale de régler le problème. Autant dire, qu’avec les vies que nous menions, le temps que nous passions sur la plateforme et le peu de vacance que nous avions, cela était l’équivalent de nous demander de rompre. Une relation à distances, à une époque où les moyens de communication étaient très limités, n’était pas envisageable. Pour vous donner une petite idée de la situation, en 1990, au Nigeria, j’envoyais les messages urgents par télex !

Le directeur RH de la zone Afrique qui était de passage, demande à me voir et me met devant cet ultimatum. Mais réponse fut laconique : "J’ai mis trois mois à trouver un job, 24 ans à trouver un mari… D’après toi, qui vais-je choisir ?"
Et c’est ainsi que je me suis retrouvée sans emploi. Au début, j’ai beaucoup apprécié ce temps libre, après avoir passé les 3 années précédentes à travailler 6.5 jours par semaine, avec des horaires de dingue. Mais bien vite, je m’ennuie et je repars, avec mon CV, faire du porte à porte, à la recherche d’un nouvel emploi.

C’était il y a 26 ans. Il y a 26 ans, quand un couple se formait dans une entreprise, un des deux devait partir. Dans ce cas, ce fut moi. Le choix n’avait rien à voir avec le fait que je sois une femme, mais parce que c’est moi qui étais mise au pied du mur.

Et aujourd’hui, où en sommes-nous des doubles carrières en entreprise?

Côté Schlumberger, une fois que leur programme de mixité a commencé à donner des résultats, le problème de double carrière, dont j’étais, encore une fois une pionnière, est devenu un vrai challenge à adresser. Et cela a été fait. On demande au couple de choisir, celui ou celle qui serait le lead de carrière. La priorité est alors de trouver un poste pour le lead, puis ensuite, essayer de trouver un poste aussi proche que possible des aspirations du ou de la conjoint-e, et si possible au même endroit, en même temps. Cela a marché pour nous pendant 15 ans. Ce n’était pas toujours simple, et il y avait des compromis à faire des deux côtés, mais globalement, nous avons réussi.

Pour une entreprise internationale, il peut y avoir beaucoup d’avantages à avoir des couples. Par exemple, en Angola, la logistique des familles d’expatriées était très compliquée. Tout d’abord, les infrastructures locales, après 22 ans de guerre civile, étaient en pleine reconstruction. Il y avait donc un manque énorme de maisons, de place en école... Etc. De plus, il n’y avait guère d’activités pour le ou la conjoint-e, qui souvent, après une année, demandait à repartir… Dans ce cas, double carrière est équivalent à moitié moins de logistique, et un-e conjoint-e occupé-e. Un vrai win-win !

Sachant que 30 % des couples se sont rencontrés au travail, où en sommes-nous aujourd’hui?

Que dit la loi ? Les lois Auroux de 1982 stipulent que "la vie de couple ne relève pas de l'entreprise". Donc on ne peut pas être licencié ou muté pour cause de bagatelle au travail, par contre il ne faut pas créer de « trouble ».

Si la loi prévoit le cas, la réalité de l’entreprise peut être plus complexe, et beaucoup restent frileuses à l’idée d’avoir un couple dans un service. Cela est en général motivé par peur de déranger l’équipe (problèmes potentiels de jalousie à gérer), ou de comportements non adaptés, ou d’avoir 2 personnes qui font front contre le management, ou des problèmes si on a un conflit avec l’un pour non-performance. Je ne vais pas m’étendre sur la liste des craintes, mais plutôt sur les effets. Tout en respectant la loi, on peut rendre la vie d’un couple difficile, jusqu’à ce que l’un décide de partir. Parfois volontairement, par exemple, en bougeant l’un de service, ou parfois plus inconsciemment, par exemple, en retardant une promotion. De même, si l’un-e songe à démissionner, la position de l’autre peut devenir très inconfortable.

Pour que cela se passe le mieux possible, il y a quelques règles de bases à respecter – aucune possibilité de confit d’intérêt, aucun lien hiérarchique, pas de projet commun. Il ne faut jamais oublier qu’on gère 2 individuels et non pas un couple : on ne parle pas à l’un des options de carrière de l’autre… Etc.

Il est vrai qu’on peut faire face à des situations surprenantes, comme la fois où, alors que je travaillais sur le transfert d’un couple, le mari est venu me dire de ne pas trop chercher pour sa femme, car - elle ne le savait pas encore - il allait la quitter… !
Du côté du couple, il faut également accepter certains compromis. Certains peuvent avoir peur de manquer d’air, de ne plus avoir grand-chose à se raconter le soir, de ne pas supporter d’être témoin de jeux de flirt qui peuvent arriver dans un service… Dans notre cas, nous étions dans la même entreprise, mais jamais dans le même service, donc nous n’étions pas tentés le soir de discuter des dossiers. Cependant, d’être dans la même entreprise nous permettait de mieux nous épauler, de mieux comprendre ce que l’autre vivait au quotidien.

Alors, quand je lis qu’il y a risque de mauvaise ambiance dans un service pour cause de jalousie éventuelle, je me dis que ce couple a d’autres problèmes plus sérieux à régler !

En conclusion, j’ai eu à manager beaucoup de double carrière, y compris la mienne, et si je devais peser les pour et les contre, la balance pencherai de loin côté pour – il faut juste appliquer les règles de bon sens, et il n’y a pas de raison que cela se passe mal. Les avantages pour l’entreprise compensent largement les problèmes possibles.

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