L’Entreprise Sentimentale

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Le blog de Ludovic Herman

Transformation virale ou pourquoi Li Wenliang, lanceur d’alerte du coronavirus, n’est pas mort en vain

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Transformation virale ou pourquoi Li Wenliang, lanceur d’alerte du coronavirus, n’est pas mort en vain

Li Wenliang, ophtalmologue de 34 ans, marié et bientôt père d’un deuxième enfant, est décédé du coronavirus le 7 février 2020.

Saviez-vous que celui qui nous a mis en garde contre cette épidémie s’est terré dans une chambre d’hôtel pour ne pas contaminer les siens dès qu’il s’est su infecté ? Pouvez-vous imaginer pires derniers souvenirs que de se mettre à distance de ceux qu’on aime quand nos jours sont comptés ? Mesure de précaution qui n’a qu’à moitié fonctionné : sa femme et ses enfants ont été épargnés… mais ses parents sont aujourd’hui contaminés.

Inquiété par les autorités pour avoir alerté le monde entier, Li était doué de sentiments pour le genre humain. Le sentimental se reconnaît à la petite lumière qui s’allume fugacement mais distinctement dans ses yeux. Et dans ses derniers jours confinés, nuits après nuits à chercher un sens à cette existence, les yeux de Li se sont mis à brûler de dire la vérité.

Alors, quand dans un songe d’une nuit agitée j’entends de sa part "Prête-moi ta plume pour écrire un mot", je lui réponds : banco !

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Quand je lançais l’alerte le 30 décembre 2019 sur WeChat, cette dernière devint si virale qu’elle fit le tour de la Terre à la vitesse de la lumière. Et pourtant, juste avant d’appuyer sur ‘Send’, j’hésitais. Non par peur de la police. Je craignais plutôt que les pays, les entreprises, les familles, les hommes, les femmes ­— même les enfants ! — se replient sur eux-mêmes. Je tremblais à l’idée que la défiance supplante à jamais la confiance en son prochain. Et c’est exactement ce qui s’est passé ! Le lendemain, le pire est devenu certain… Le coronavirus a déclenché en un instant une stratégie de défense éternelle : le repli vers l’isolationnisme.

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Effectivement Li, à cause de ce virus à Paris comme ailleurs, l’autre n’est plus un partenaire… c’est un danger qui peut me contaminer ! Se replier sur son identité devient donc une priorité. Ne pas sortir de chez soi, devenir casanier, est alors tout à fait censé. Vivre par procuration devant sa télévision devient la solution. La meilleure protection ? Couper les ponts ! m’ont répondu à l’unisson plusieurs grands patrons.

L’égoïsme, le chacun pour soi, devient la valeur cardinale des vivants et l’altruisme le talon d’Achille des fragiles. Générosité rime alors avec témérité, et l’instinct individuel de survie prend le pas sur tout instinct solidaire grégaire. Porter un masque qui cache le sourire, même des bébés, devient un signe vertueux. Il indique la prévenance car je contamine moins. La prudence car je filtre ce que j’inhale. La croyance car j’ai confiance en l’effet placebo de ce bout de tissu. La puissance car j’ai su m’en procurer. Mais comment va-t-on faire pour s’embrasser ?! se lamentent les romantiques déprimés à l’approche de Valentine’s day.

J’entends sur les médias des amoureux de statistiques qui tentent de relativiser : "C’est bien triste tout cela mais il ne faut pas exagérer : 2 ou 3% de risque mortel ce n’est pas si méchant ! De plus, la Chine n’est pas la porte d’à côté. Alors à quoi bon s’inquiéter ?" Le problème des sentimentaux comme Li et moi, c’est que : lorsqu’on nous dit "3" … nous voyons 3 de nos enfants, 3 de nos amis, 3 de nos collègues. Voilà pourquoi nous sommes tristes à en crever de regarder la télé : la mort d’inconnus n’a pas fini de nous toucher.

Mais Li, tu n‘es pas mort pour rien ! Ton regard restera dans nos mémoires. Et compte sur moi pour faire écho à ton alerte WeChat sur LinkedIn. D’ailleurs, tu sais quoi ? Si un jour tes enfants entendent parler de moi, je les aiderai ! Car les enfants d’un père courageux et sentimental comme toi méritent le soutien d’un autre père qui essaye de suivre ce genre de chemin.

Mes chers lecteurs, j’allais en rester là sur cette affaire quand le déclic s’est fait un matin, au soleil levant, à l’heure ou mes ami.es méditent, font du yoga à Paris ou Bangalore. Derrière mon chagrin pour Li et sa famille, j’ai vu un chemin.

"Li, m’autorises-tu de là-haut à utiliser ton histoire ici-bas pour aider à changer le mindset des entreprises ?

- Vas-y Ludo ! Tire le fil, conte-nous comment d’un drame médical tu en fais un espoir managérial ! Mais euh… kesako le mindset ?" me dit-il en chinois.

Le mindset, ce sont nos grilles de lecture enracinées, nos évidences peu questionnées, nos ‘normalement’ ceci et nos ‘évidemment’ cela.

Dans ton cas Li, un changement de mindset des autorités t’aurait peut-être sauvé. Imagine un instant que les autorités t’aient remercié de ton alerte altruiste plutôt que de t’obliger à t’excuser… que de temps gagné ! Imagine encore que de sauver la vie d’un être humain passe avant de sauver la face d’un système… que de sens donné ! C’est exactement ce qui se produit quand un manager, un.e dirigeant.e, vit un mindset shift qui lui fait tout reconsidérer. Après cela, la personne qu’elle est dépasse ses impossibles, soulève des montagnes… et cela arrive plus souvent qu’on ne le croit !

"Tu sais Ludovic, ce que tu écris ressemble aux articles de la Harvard Business Review… mais en plus humain. Fais par contre attention, il est possible que nombre de sceptiques sortent de leur fosse et t’opposent qu’ils ont déjà repeint leur entreprise du sol au plafond, donc qu’il est trop tard pour en changer les fondations. Ils ajoutent souvent qu’ils ont déjà transformé les SI, l’organisation, les process pour des millions de dollars, et tant pis s’ils se Kodakisent !

- C’est vrai Li. Mais d’autres — des antiseptiques ceux-là — te diront comme Obama : Yes we can." 

Alors voilà mon idée pas si folle pour notre monde de fou : changeons nos mentalités, notre mindset, grâce à la viralité. Pour une stratégie virale de transformation, il faut prendre le contre pied intégral de la stratégie médicale :

  • 1. Trouver le bon virus. C’est-à-dire, le mindset que tu désires développer dans ton entreprise. Prends par exemple celui des start-up de Bangalore, riche en frugalité, agilité et courage, qui se transforment en licorne en plus grand nombre que partout ailleurs dans le monde.
  • 2. Trouver les personnes ayant la plus grande contagiosité dans l’entreprise. Ce sont tes influenceurs. Ils ont une aura, un réseau et communiquent avec leurs émotions (on en trouve du shopfloor au Comex !)
  • 3. Faire tomber les masques ! Envoie tes influenceurs au contact des autres départements pour inoculer largement ton ‘virus’. Inclus des services régulièrement exclus. Va aux devants des clients sans attendre leurs réclamations. Sort de ta zone de confort pour rencontrer les points de vue du dehors !

Je te laisse en paix et te remercie Li d’avoir fait ce en quoi tu croyais. Tu as montré, en particulier à mes enfants, que le courage consiste à ne pas attendre que les choses changent… pour les changer.

A vous tous, lectrices et lecteurs de ce post, par plaisir, envie, défi ou par hommage pour Li… si vous repostez ce post vous transformerez ce concept de viralité positive en réalité, et cela surprendra jusqu’aux plus sceptiques de vos amis.

Bonne journée et vive Li Wenliang

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